« Wild Washing » : une exposition engagée du graffeur Kalouf

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Par Michel Fily, le 11 septembre  2018

Né en 1978 au Gabon, Pascal Lambert Alias « Kalouf » réside et travaille actuellement à Lyon, au sein du collectif BLAST (Romain Lardanchet pour les volumes et la 3D, Kalouf au dessin et au graff, et Julien Menzel (MRZL) pour la lumière et la  scénographie). De projets collaboratifs (ACC, LES 3 BARONS, BLAST) aux œuvres en solo, en passant par le Street Art 2.0 (anamorphoses, maping vidéo…), Kalouf a réalisé de nombreuses fresques de très grandes dimensions, très connues comme ses poissons combattants japonais, sur les murs des villes de France, mais aussi à l’étranger… De ses jeunes années gabonaises, il a gardé une sensibilité exacerbée à l’égard des arts africains et de la nature. Ce sujet récurrent donne une dimension engagée à son travail et qui sous-tend un discours sur les égarements néfastes et irresponsables de nos contemporains. La culture Hip-Hop et l’univers des comics américains font également partie de ses sources d’inspiration. Ses différentes compositions tantôt fantastiques, tantôt hyperréalistes conduisent aujourd’hui l’artiste à mêler dans son travail ce scrupuleux souci du détail couplé au côté plus brut et graphique du graffiti. D’un naturel plutôt discret qui contraste avec ses œuvres souvent poignantes, l’artiste aime travailler en extérieur pour interagir avec son public.

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Comment est née l’exposition « Wild Washing » ?

Mes convictions personnelles et mon attachement pour les animaux sont à l’origine de ce projet. J’ai grandi en Afrique. Mon père était zoologue, il récupérait toutes sortes d’animaux blessés que les gens lui apportaient pour les soigner. Quand nous sommes rentrés en France, il a continué à travailler dans le domaine des forêts. J’ai donc reçu une éducation très marquée par l’amour de la nature. Je dessine depuis l’enfance. Lorsque j’ai commencé à graffer, je peignais surtout des personnages, mais depuis quelques années je travaille de plus sur le thème animalier. Et lorsque le centre d’art urbain SUPERPOSITION m’a proposé une exposition Solo à la galerie d’art urbain SITIO, je me suis dit que c’était l’occasion de traiter de ce sujet.

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L’association SUPERPOSITION transforme l’espace urbain en véritable scène artistique. Ce collectif met un point d’honneur à promouvoir les artistes émergents, revaloriser l’espace urbain, afin de fédérer la population locale et lui permettre de se réapproprier son environnement. Superposition a récemment élargi le prisme de ses activités avec la création de SITIO, un nouvel espace transdisciplinaire de 200m² dédié aux cultures urbaines ! SUPERPOSITION est heureuse de débuter sa saison culturelle 2018/2019 avec le solo-show «Wild Washing» du Street Artiste KaloufÀ travers son exposition «Wild Washing», Kalouf dénonce les pratiques d’« écoblanchiment » menées par les grandes compagnies et leurs impacts sur la faune et la flore. Au programme : une série d’oeuvres inédites sur bois recyclé, une oeuvre augmentée, une édition textile aux couleurs de l’artiste et des surprises !   

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Quel message veux-tu faire passer à travers cette exposition ?

Je veux amener le public à réfléchir à la façon dont l’homme vit aujourd’hui, dont il consomme et à l’impact de cette consommation sur la planète. Je constate que les gens vivent avec cette situation sans trop y penser et ça m’attriste. C’est un message de colère et d’alerte, parce que je pense aux générations futures…

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Extrait du texte écrit par Kalouf pour illustrer l’exposition :« À l’heure actuelle, les ressources de notre planète s’amenuisent, l’humanité vit à crédit, « l’âme » originelle des plus anciennes forêts du monde disparaît, broyée par une société de consommation abrutie et sans aucun avenir… Les pressions et agissements des multinationales sont les causes de disparitions de nombreux écosystèmes. “Wild Washing” dénonce ce véritable massacre environnemental… Sommes-nous capables de remettre en cause nos modes de consommation? Comment faire de cet enjeu, qui conditionne tous les autres, un enjeu prioritaire ?… Comment préserver chaque insecte, chaque être vivant avec son utilité pour sauvegarder notre environnement naturel qui est indispensable à notre survie… voilà le défi le plus important de l’humanité. »

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Peux-tu me parler des techniques que tu as utilisées ?

Je peins traditionnellement sur les murs et j’affectionne donc principalement les bombes aérosol. Pour les formats, plus petits, destinés à cette exposition, j’ai conservé une base de peinture à la bombe, puis affiné à l’aérographe. Et pour certains tableaux, j’ai utilisé aussi de l’acrylique, du feutre, des marqueurs, du stylo et des crayons de papier. Un mélange de nombreuses techniques avec en priorité de l’aérosol et de l’aérographe.

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Qu’en est-il des matériaux ?

Je revendique, bien sûr, le choix de nombreux matériaux de récupération, comme un parti-pris, pour montrer qu’on peut aussi créer en recyclant. En réduisant nos déchets et en redonnant une vie aux matériaux usagés. J’avais déjà peint sur du bois, c’est une matière que j’aime bien et après ma précédente exposition, j’ai commencé à récupérer pas mal de palettes et de planches en bois. J’ai aussi compilé régulièrement des pièces en métal comme des vieux panneaux de signalisation ou des enseignes de stations-service. Il y a aussi des supports en carton, recyclé à partir des cartons de mes bombes de peinture, comme dans une de mes anciennes expos intitulée « TONCAR ». Il y a aussi un peu de béton – matériau atypique – parce que c’est le support naturel des graffeurs…

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Cette exposition a plusieurs marqueurs communs…

 Il y a, d’abord, les petits chapeaux en lévitation, qui sont un peu une deuxième signature et dont j’ai pris l’habitude depuis quelque temps d’affubler mes personnages et mes animaux. C’est ma façon à moi de les humaniser, de les dynamiser et aussi de me les approprier. Ensuite, il y a les codes-barres, parce ces animaux sont des produits de consommation. Le braconnage fait d’eux des produits et leur environnement, leurs cadres de vie sont aussi des produits, comme les forêts tropicales détruites massivement par l’homme. Les codes-barres qui sont graffés sous les orangs-outans portent le nombre « 19991000002015 », parce qu’entre 1999 et 2015, 100 000 orangs-outans ont été décimés dans le monde. Enfin, il y a le symbole de chargement « LOADING » qui, tout en faisant référence à nos sociétés hyperconnectées, représente un compte à rebours avant la catastrophe inévitable, avec par exemple ce chalutier, qui progressivement épuise toutes les ressources de la mer, ou bien sur cet autre tableau un tracteur qui répand des pesticides sur les sols cultivés…Ces symboles proposent au public plusieurs niveaux de lecture de mon travail, tous mis en commun pour renforcer le message que je veux défendre.

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Il y a cependant, dans « Wild Washing », quelques œuvres très atypiques. Des œuvres « rétrospectives » et des œuvres « régressives »…

Oui, il y a, dans cette exposition, quelques travaux issus de séries plus anciennes, comme cette araignée sur béton qui fait partie d’une série sur les insectes que j’ai peinte il y a quelques années. Et il y a aussi un tag du mot « WILD » («  sauvage » en français), où on retrouve le lettrage, qui est la base du travail de tous les graffeurs. J’ai choisi le mot « SAUVAGE » pour sa double signification : la nature sauvage face à l’homme sauvage, au sens négatif du terme. Et aussi parce qu’il désigne ce type particulier de lettrage, qu’on appelle le « Wild Style ». Je ne suis pas un grand spécialiste du lettrage, mais j’avais envie qu’il y en ait un dans l’exposition, pour rappeler aussi que je peins toujours dans la rue…

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Peux-tu nous parler du « maping vidéo » qui est présenté au sous-sol de l’exposition ?

 « L’ENDORMI » est une création de mon collectif, BLAST, que nous avons présenté en 2017 au festival de Street Art ONO’U, à Papeete. Il s’agissait d’un caméléon, que j’ai peint sur un mur et sur lequel un clip vidéo était projeté chaque soir une fois la nuit tombée, pour donner vie à l’animal. Les gens qui n’étaient pas sur place au festival ONO’U n’ont pu voir, jusqu’à présent, que quelques extraits du clip sur Internet. Je voulais le leur montrer en intégralité. Je voulais aussi que cette exposition comprenne une œuvre créée en commun avec mon collectif BLAST. Et aussi, ce caméléon qui porte une ville sur son dos et souffre des changements climatiques colle parfaitement au thème de l’exposition.

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Où en es-tu de ton art? Que penses-tu du Street Art aujourd’hui ?

Je peins de plus en plus d’animaux. C’est une source d’inspiration infinie. Et ce que je cherche aujourd’hui, c’est à donner plus de sens à ce que je fais. Dans la grande famille du Street Art, je fais partie de la branche « graffiti », qui est une branche collective. Je suis naturellement très attaché à cette notion. Mes parents étaient parents d’accueil, je les ai partagés avec d’autres enfants. J’ai toujours fait du collectif et je défends cette famille-là. Et je suis heureux de voir son évolution vers quelque chose de mieux compris … Mais même si j’apprécie beaucoup le fait d’être exposé, ce que je préfère ce sont les murs et c’est peindre dans la rue.

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Quels sont les projets en préparation ?

On est en train de bosser sur un nouveau projet de maping vidéo, une création pour une société privée. Nous sommes également partis en Guyane pour expérimenter de la création virtuelle, à l’aide d’un nouveau logiciel en réalité virtuelle intitulé « KINGSPRAY », en essayant de voir comment cet outil peut être utile à la jeune génération de graffeurs, qui n’ont pas de gros moyens pour acheter du matériel, à s’entrainer virtuellement. Je prépare aussi une exposition près de Tours, pour le mois d’octobre, en commun avec un ami chorégraphe de Hip Hop qui s’appelle Olivier Lefrançois. Il organise des conférences dansées et j’ai fait plusieurs ateliers « graff et danse » avec lui. Je prépare aussi un « live painting » à la fin du mois de septembre à l’hôtel IBIS de la Part Dieu. Enfin, mon collectif, BLAST, va déménager pour installer notre nouvel atelier dans les murs du collège Truffaut, sur les pentes de la Croix Rousse. Nous projetons d’y organiser quelques évènements, dont une prochaine exposition de grands formats…

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