« Être honnête avec soi-même pour pouvoir avancer » : les contre-utopies futuristes de Loodz

Par Michel Fily, 14 juin 2019

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Loodz est né en 1978 en Haute-Savoie, mais c’est de l’autre côté du Léman qu’il a grandi, en Suisse. Son art mural et ses toiles rappellent les dessins du Maitre Philippe Druillet et les toiles du grand Vassily Kandinsky. Depuis septembre 2017, Loodz est représenté par Superposition à Lyon. L’artiste participe à la 5ème édition de l’Urban Art Jungle, qui s’ouvre aujourd’hui et a lieu à la friche l’Autre Soie, à Villeurbanne, jusqu’au 16 juin 2019. Urban Street Art Urbain l’a rencontré à cette occasion.

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Bonjour Loodz, peux-tu te présenter aux lecteurs ?

Je m’appelle Loodz, j’ai 41 ans, je fais du graffiti depuis une vingtaine d’années. Je suis originaire du pays de Gex, près de Genève, où il y a une scène de dingue et où le style et la qualité sont beaucoup mis en avant. C’est une autre mentalité qu’en France, plus proche de la mentalité allemande… Je n’ai jamais fait d’études d’art, je suis complètement autodidacte. Je n’étais pas du tout fait pour l’école. J’ai appris seul à utiliser les différentes techniques et logiciels comme Photoshop et certains collègues qui ont étudié s’étonnent de ma maitrise et des « process » que j’utilise. Le graffiti, pour moi, plus qu’un mode de contestation, a été un moyen d’expression. J’ai commencé par le tag. Au début, on faisait ça dans les garages, on se cachait des aînés, parce qu’on avait honte de ne pas être assez bons, puis petit à petit on a commencé à maitriser les bombes et nos styles, on a pris de l’assurance et on a commencé à sortir. On taguait sur des autoroutes et sur des spots. Ensuite, j’ai eu envie d’aller plus loin. Faire de la rue, c’est bien, mais tu es limité en termes de temps et tu ne peux pas faire d’énormes murs, ce que j’ai commencé à faire relativement tardivement, dans des friches et des usines désaffectées. J’ai entamé une démarche d’atelier en 2006, à Villeurbanne. J’ai commencé par y peindre surtout des portraits, parce que je voulais explorer cette technique. Ensuite j’ai progressivement pu synthétiser mes influences. J’ai exposé à Lyon, à Genève, à Hambourg, à Dubaï, et je vais bientôt exposer à Paris.

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Quels sont tes techniques et supports ?

Je peins sur murs à la bombe et sur toiles à l’acrylique. J’ai peint quelques modules en bois. Je vis de ma peinture aujourd’hui, mais je ne gagne pas énormément d’argent, alors le graffiti est devenu plus rare. J’essaie d’en faire autant que possible, mais mon travail à l’atelier me coûte beaucoup d’argent… Et puis, Lyon est une ville où le Street Art est peu pérenne. La plupart des murs sont en rotations constantes et les œuvres n’y restent que quelques mois, alors qu’en Espagne, par exemple, une œuvre sur mur peut durer 5 ou 10 ans. C’est assez démotivant pour les artistes qui ont moins envie de s’investir. J’aime la toile pour son aspect qualitatif et l’acrylique pour la même raison. Le spray a ses limites. Ce que je fais sur mur ne sera jamais aussi propre que ce que je peins à l’atelier. C’est pour cela que je fais souvent mes contours de fresques au pinceau. Mais globalement, je n’ai pas d’apriori sur les supports. Mon style est un peu différent en studio, comparé à mon travail mural. Je fais plus de persos sur mes toiles. A la base il y a toujours du lettrage. Moi, je fais des vaisseaux en lettrage. Mon univers est très inspiré de la BD et de la science-fiction. Il est assez manichéiste, « les méchants contre les gentils », c’est ma façon de simplifier la réalité, une sorte de contre-utopie futuriste où on serait déjà passé par le chaos. Parce que quand je regarde la réalité je ne sais vraiment pas où on va… Sur toile, j’essaie d’avoir un discours plus abstrait, plus spirituel, inspiré par mes lectures et mes réflexions. L’école de graffiti à laquelle j’appartiens est une discipline qui exige beaucoup de temps, de travail et d’énergie. Elle t’enjoint à chercher des choses en toi que tu ne trouves pas tout de suite, mais que tu dois construire avec le temps. Pour moi, la toile correspond à cet aboutissement. Lorsque j’ai commencé à exposer en 2006, j’avais pris la décision de faire des portraits. Parce qu’ils sont très « digestes ». Les gens aiment tout de suite et j’ai donc tout de suite vendu. Mais cela a été la source d’une grosse remise en question pour moi. Je connaissais des artistes de grand talent, qui avaient une pure démarche, et qui ne vendaient pas. Ça m’a donné l’impression d’être « fake ». Mon travail aujourd’hui reste très technique, mais il correspond à ma recherche personnelle et me satisfait beaucoup plus, même si je vends moins. Malheureusement, trop souvent quand je fais un mur, les gens disent « Ah il est cool, le perso », mais ne regardent pas le reste. Il y a encore du travail d’éducation à faire… Sur tous supports, j’aime la couleur et les contrastes, parce qu’ils représentent la vie. J’utilise en moyenne une trentaine de couleurs différentes, sur toiles comme sur murs. Il peut m’arriver d’utiliser des teintes primaires, mais en général je fais moi-même mes mélanges.

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Quelles sont tes inspirations ?

Celui qui m’a appris toutes les techniques de l’acrylique et dont je dirais qu’il m’a vraiment appris à peindre, c’est Pro176, un ancien graffeur français, l’un de ceux qui ont fait monter le niveau du Street Art très haut. J’ai eu la chance de le rencontrer et d’être invité dans son atelier. Il m’a formé, m’a transmis tous les « tricks » pour que je développe mon travail à l’acrylique. Ça a été une opportunité extraordinaire. Parmi mes nouvelles influences, après que le graffiti et la BD ont été synthétisés, il y a la littérature. En ce moment, je lis René Guénon, Victor Hugo, des classiques de la littérature française. J’ai commencé à lire ces livres seulement après avoir quitté l’école ! Aujourd’hui, j’aimerais synthétiser toutes mes lectures dans mon art. Une autre de mes influences importantes est la musique. Des groupes de Rap, comme Assassin, ont été super formateurs. C’est eux qui ont fait office d’école pour moi, qui m’ont poussé à lire et à comprendre qui étaient les Black-Panthers, comment certains pouvoirs manipulent les masses, qu’est-ce que l’exploitation de l’Afrique par l’Occident… C’est eux qui m’ont donné envie de comprendre le monde dans lequel je vis. Enfin, pour mes inspirations graffiti, je citerais les trois Crews dont je fais partie : ID (dont sont membres Somey en Belgique et Pro176 à Madrid), PB et enfin Zed Elements, un petit groupe d’amis avec qui j’ai débuté le graff.

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Parle-nous de ta rencontre avec Superposition ?

Elle a eu lieu grâce à un ami qui a montré mon travail à Orbiane Wolff, co-fondatrice de Superposition. Elle m’a contacté et invité à les rencontrer. A cette époque, j’étais très investi dans ma démarche d’atelier, je n’en sortais pas beaucoup et n’allais pas à la rencontre des galeries. Je me disais : « Un jour, ce que tu fais sera assez bien et quelqu’un te contactera ». J’ai vite compris que je pourrais attendre indéfiniment (rires). Alors, je me suis décidé à les rencontrer et le courant est très vite passé. J’ai participé à un premier Urban Art Jungle, il y a deux ans, j’ai ensuite fait mon expo solo « Kairos », à SITIO, en 2018, et je continue à travailler avec eux aujourd’hui. J’ai participé à Collisions Urbaines en mai dernier et je participe à l’Urban Art Jungle #5. Superposition est une jeune association dont j’admire le dynamisme. A leurs âges, j’étais beaucoup plus passif, je trouve leur travail admirable et je suis très heureux de collaborer avec eux.

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Que penses-tu de l’évolution du Street Art aujourd’hui ?

Je ne me considère pas comme un artiste urbain pour la simple et bonne raison que je n’ai pas grandi dans un milieu urbain. Je viens du pied de la montagne, ce n’est même pas la campagne, c’est une zone-dortoir, sans activité culturelle. Tout se passe en Suisse et comme le coût de la vie est énorme, tu es obligé de fuir pour pouvoir te loger… Donc, j’aime peindre dans des endroits où je me sens bien et pour cela j’ai besoin d’un peu de nature. C’est la raison pour laquelle j’ai un peu de mal à m’habituer au caractère très urbain de Lyon. Mais en même temps, c’est génial, parce qu’il y a une grande convergence d’énergies dans cette ville. En ce qui concerne mon appréciation de l’évolution de l’art urbain, j’ai un peu le sentiment que le Street Art a « tué » le graffiti. C’est peut-être un passage obligé, une nécessité. Mais elle a engendré une forme de consensualité que je trouve nauséabonde. Le graffiti a par essence un caractère sauvage, en lien avec l’outil et les lieux où l’on graffe. Avant, on se cachait, on ne disait jamais son blaze. Aujourd’hui, tu fais un « chrome », tu te prends en photo devant et tu l’envoies sur Instagram… C’est surement une bonne chose que ce soit comme ça, que ce soit devenu « gentil ». Et quand je vois des gamins qui maitrisent tout de suite la technique, parce que les outils sont au point aujourd’hui, je trouve ça cool. J’ai juste encore un peu de mal à m’y faire. Il y a des artistes qui viennent du graffiti et qui méritent leur place. Il y en a d’autres qui ne font que du pochoir depuis des années et c’est autre chose pour moi. Le Street Art, c’est quoi, en fin de compte ? Une étiquette compliquée. Moi, j’ai l’impression d’être un graffeur qui fait des toiles, de temps en temps. Ou peut-être plutôt l’inverse (rires)…

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Où en es-tu de ton art et quels sont tes projets à venir ?

Je suis heureux parce que je progresse, mais j’ai dû faire le choix de me concentrer sur mon travail à l’acrylique sur toiles, qui me revient très cher. C’est plus rare aujourd’hui, pour moi, de faire des murs, parce que je ne peux pas financer entièrement les deux démarches. Mais mon style et mon discours artistiques évoluent et c’est une bonne chose. Les propositions et les opportunités augmentent aussi et c’est très positif. Pour ce qui concerne les projets, je prépare une exposition avec la galerie Guy Pensa, près du Luxembourg. Je travaille aussi avec la plateforme We Need Art. Et je vais participer à la prochaine « From Gotham » qui va débuter à Paris…

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Si j’étais le génie de la lampe d’Aladin et que tu pouvais exhausser un vœu, lequel serait-il ?

Ce serait de pouvoir faire une peinture avec tous mes potes et membres de mon Crew. Un grand mur de plusieurs jours, en Combo, tous ensembles…

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Y a-t-il une question que je n’ai pas posée et à laquelle tu aimerais répondre ?

Je voudrais dire que c’est un travail de longue haleine. Et que chacun a son propre chemin. Il n’y a qu’avec le travail qu’on peut progresser sur la bonne voie. Mais il faut être honnête avec soi-même et avec sa démarche pour pouvoir avancer.

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http://loodz.ultra-book.com

https://www.facebook.com/pg/loodz78/

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Urban Art Jungle Festival #5, 3 jours, 17 artistes locaux, nationaux et internationaux. Du 14 au 16 juin 2019, à la Friche l’Autre Soie, 24 rue Alfred de Musser, 69100 Villeurbanne (Métro arrêt Vaulx-en-Velin La Soie).

Préventes : http://bit.ly/billetterieUAJ5  

https://www.facebook.com/superposition.urban.art.value/

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« Ne renoncez pas à vos rêves ! » : la mythologie urbaine d’Etus

Par Michel Fily, 11 juin 2019

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Lorsqu’on regarde son travail, on pense à Picasso, à Keith Haring, à Joan Miró… La jeune œuvre d’Etus, au style narratif et accumulateur déjà très marqué, foisonne de nature et de personnages fantastiques, entre créatures mythologiques et figures naïves à la Jean-Michel Folon. Urban Street Art Urbain a rencontré l’artiste à Collision Urbaine, le « warm up » de la 5ème édition de l’Urban Art Jungle,  organisée par Superposition, qui aura lieu du 14 au 16 juin 2019. Etus a été choisi pour dessiner les affiches des deux évènements et il fait partie des artistes invités à l’UAJ#5 .

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Bonjour Etus, peux-tu te présenter aux lecteurs ?

Je m’appelle Etus, j’ai 26 ans, je suis né et je vis à Lyon. J’ai grandi à Miribel, dans l’Ain et je suis venu habiter dans mon propre appartement à Lyon il y a 7, 8 ans. Mon seul diplôme est un CAP Signalétique, enseigne et décor. Je suis autodidacte, je n’ai pas de qualification particulière pour l’art, mais j’ai toujours aimé dessiner, depuis mon enfance. Il n’y a pas longtemps que je fais du mur. Je peignais essentiellement sur toile et sur médium. J’ai officiellement intégré l’atelier de la Galerie Alcôve il y a deux ans. Avant cela, je travaillais chez moi.

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Qu’est-ce qui a déclenché ta carrière artistique ?

Ma rencontre avec les responsables et les artistes d’Alcôve a été décisive. À cette époque, j’exposai au Café des Artistes. Deux jeunes femmes qui travaillaient en binôme dans la galerie ont vu mon exposition et m’ont contacté en me disant que ce que je faisais pourrait intéresser Alcôve. C’est comme cela que j’ai commencé à travailler avec eux. J’ai d’abord pris part à un premier projet, en résonnance avec la Biennale d’Art Contemporain de Lyon, c’était il y a deux ans. Un ou deux mois après, j’ai reçu un message m’apprenant qu’une place se libérait à l’atelier et me demandant si j’étais intéressé. Nous sommes sept artistes à œuvrer en résidence à Alcôve. Une peintre, une artiste coréenne qui fait de la laque, une artiste chinoise qui travaille l’encre, une sérigraphiste, une illustratrice qui dessine au stylo et au feutre… Et Tang, qui est peintre depuis 25 ans et avec qui je développe pas mal de projets en binôme.

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Quels sont tes techniques et supports ?

Je peins sur murs, sur toiles, sur médium, sur skate-boards, sur vases, sur des pochettes de disques… sur tous supports. Là où je peux dessiner, je dessine. En ce moment, surtout en noir et blanc, à l’acrylique et au Posca, au marqueur et au feutre. Avant, mes pièces étaient beaucoup plus colorées, comme les affiches que j’ai réalisées pour Superposition. Aujourd’hui, je reviens vers le noir et blanc par lequel j’ai commencé, avec l’envie d’expérimenter les nuances de gris, de voir comment ça marche pour ensuite peut-être revenir vers la couleur. Je pense que je dois repasser par cette étape pour mieux l’assimiler et comprendre où mettre le gris, le foncé, le clair… Reprendre un peu les bases, en quelque sorte. Rechercher la lumière, approfondir le regard, pour enrichir la narration. Mon art est très spontané. Je sais mal décrire ce que je fais. Tout ce que je sais, c’est que cela vient de mon inconscient. Je ne planifie jamais mes œuvres. Je commence et je regarde où ça m’emmène. Parfois ça marche bien et parfois ça m’emmène trop loin, alors j’efface tout et je recommence (rires). Sur certaines de mes toiles, il y a une quinzaine de couches de tentatives avant le tableau final et sur la dernière phase, il reste seulement un petit trait en relief de la toute première peinture. Je trouve ça cool, c’est la petite histoire derrière l’histoire de mon tableau…

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Quelles sont tes inspirations ?

Tout ce qui m’entoure m’inspire. Tout ce qui me donne de l’émotion et en particulier la musique, que j’écoute constamment et sans laquelle  je ne peux pas travailler. J’écoute sans discrimination toutes sortes de musiques, du Rap à la Disco japonaise en passant par le Rock. La musique éveille des souvenirs et me transporte dans l’état émotionnel que je recherche pour créer. Parmi mes autres sources d’inspiration, il y a Tang qui m’influence beaucoup. Il représente un peu ce que j’aimerai être plus tard. Il vit entièrement de son art aujourd’hui. Je ne cherche pas à gagner des millions, je veux juste pouvoir payer mon loyer, mes repas et ma vie quotidienne, sans avoir besoin de faire autre chose que de créer.

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Quelle réaction attends-tu des personnes qui rencontrent tes œuvres ?

Ce qui m’intéresse, c’est d’observer les émotions qu’elles leur procurent et qui ne sont pas forcément les mêmes que les miennes au moment de la création. À une certaine période, mon art était plus sombre, en lien avec des angoisses que je gérais, des questionnements sur ma vie et sur mon futur en tant qu’artiste. Une jeune femme qui était passée à la galerie s’était arrêtée longtemps devant une de ces toiles et m’avait dit : « C’est flippant, parce que j’ai eu l’impression que tu avais dessiné un de mes cauchemars ». J’ai été bouleversé par cette connexion. Ce sont vraiment les réactions émotionnelles qui me touchent, plus que les commentaires ou les éloges. Il y a quelques années, j’avais peint une série de personnages inspirés de la mythologie et parmi eux une sorte de Bacchus tenant un verre de vin, qui est resté plusieurs mois sans être vendu. Je n’avais pas titré cette toile. Un jour, j’ai reçu un message sur Instagram d’un acheteur qui me disait qu’il aimait vraiment ce tableau, mais qu’il était un peu cher pour ses moyens, qu’il regrettait de ne pas pouvoir l’acheter et qu’il voulait que je sache combien il l’avait touché. En relisant son message, j’ai vu que le client s’appelait Bacchus… Je l’ai recontacté et lui ai cédé la peinture à son budget, parce que j’avais compris que ma toile avait trouvé la bonne personne.

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Peux-tu nous parler de ta rencontre avec Superposition ?

Je les ai rencontrés à l’occasion d’un concours qu’ils ont lancé l’année dernière pour l’illustration de l’affiche de la cinquième édition de l’Urban Art Jungle et auquel j’ai décidé de participer. J’ai gagné ce concours et Superposition m’a demandé de créer aussi l’affiche de Collision Urbaine et de prendre part aux deux évènements, pour réaliser des murs. Les dernières fresques que j’avais faites dataient de 2016. Je les avais peintes en vandale, seul, dans des lieux abandonnés. Cette participation m’a fait reprendre goût au travail mural et je suis très heureux de prendre part à l’UAJ#5. Au début, j’étais assez stressé parce c’est un gros évènement. Ils m’ont demandé de faire une bombe, un skate et une toile pour l’occasion. Ça m’a beaucoup motivé. J’ai aussi rencontré d’autres Street Artistes à Collision Urbaine et je me suis rendu compte que cette émulation avec plein d’univers différents me manquait. On a tous nos blocages. Ces rencontres m’aident à faire un travail sur moi-même de lâcher-prise…

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Est-ce que tu te considères comme un Street Artiste ?

Je ne me donne pas le droit de revendiquer cela, même si je fais du mur. Le Street Art a eu un impact énorme sur moi, qui venait de la campagne. Les premiers graffeurs que j’ai accompagnés la nuit pour faire du vandale ont libéré l’artiste en moi. J’ai trop d’estime pour cette discipline pour me prétendre Street Artiste… C’est pour cette raison que j’avais peur de participer aux évènements de  Superposition, au départ. Je me disais : « Tu n’es pas légitime ». Mais les organisateurs et les autres artistes n’ont fait preuve d’aucun préjugé et m’ont donné une leçon d’ouverture d’esprit.

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Est-ce que c’est plus facile d’être peintre que d’être Street Artiste ?

Je ne sais pas trop. À mes yeux, le Street Art vit beaucoup avec les réseaux sociaux. J’ai été un peu happé par ce phénomène et puis j’ai décidé de m’en détacher pour me lancer dans ma collaboration avec la Galerie Alcôve. J’ai tout quitté pour ça. J’ai fait toutes sortes de métier avant de me décider à ne faire que de l’art. J’ai été plaquiste, j’ai été vitrier, j’ai travaillé dans le bâtiment… Mais j’avais tout le temps des crises d’angoisses et je ne savais pas pourquoi. Jusqu’au jour où j’ai commencé à creuser et où je me suis dit : « En fait, je ne suis pas heureux ». Aujourd’hui, je galère pas mal et je me dis que la route va être longue. Mais j’ai toute la vie devant moi et je sais que je n’aurais pas de regrets plus tard…

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Quels sont tes futurs projets et où en es-tu de tes rêves ?

J’ai été sélectionné pour exposer au Marché de la Création à Lyon, cet été. Avec Tang, on a présenté une exposition à deux, au mois de mai, et on travaille sur un projet de fresque monumentale. Je crois sincèrement que je suis en train de réaliser mes rêves, aujourd’hui. Je me souviens que lorsque j’étais encore en études, je disais : «  Un jour, je vivrais de ma peinture ». C’est ça, mon rêve. Et je travaille dur pour le réaliser.

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Si j’étais le génie de la lampe d’Aladin et que tu pouvais exhausser trois vœux, lesquels seraient-ils ?

Je voudrais avoir un atelier à moi. Un grand lieu, comme un hangar, où je pourrais me déplacer en skate-board ou en trottinette et mettre de la peinture partout. Mes deux autres vœux, je les offre à qui les veut.

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Y a-t-il une question que je n’ai pas posée et à laquelle tu aimerais répondre ?

Je voudrais juste dire aux gens de faire ce qu’ils veulent vraiment de leurs vies. Je ne suis qu’au début du chemin, mais je peux voir clairement que j’ai fait le bon choix. Quand je travaillais en usine, il y avait des gens autour moi qui étaient là depuis 15 ans et ils n’étaient pas heureux. À quel moment avaient-ils abandonné leurs rêves d’enfants ? Les enfants n’ont pas de barrières. Il n’y a pas de limites dans leur monde. C’est en grandissant que les gens renoncent à leurs rêves. Alors, je leur dis : « Ne renoncez pas ».

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https://www.facebook.com/etusart/

http://www.alcove-lyon.com/etus/

https://www.instagram.com/etusart/

Urban Art Jungle Festival #5, 3 jours, 17 artistes locaux, nationaux et internationaux. Du 14 au 16 juin 2019, à la Friche l’Autre Soie, 24 rue Alfred de Musser, 69100 Villeurbanne (Métro arrêt Vaulx-en-Velin La Soie).

Préventes : http://bit.ly/billetterieUAJ5  

https://www.facebook.com/superposition.urban.art.value/

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«Que mon travail demeure comme l’empreinte d’une époque et d’une vérité » : MissMe, Guerrillera urbaine

Par Michel Fily, 7 juin 2019

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Elle est l’une des vandales les plus reconnues en Amérique du Nord et la renommée de ses autoportraits féministes et militants n’est plus à faire en Europe, ni nulle part ailleurs dans le monde. Les œuvres insolentes de MissMe attirent intensément l’attention. Elles traduisent les luttes de l’artiste contre les inégalités de race, de genres et de classes, tout en glorifiant les icônes du passé. MissMe était l’une des invitées majeures du festival Peinture Fraiche et avec l’accord de la Métropole de Lyon, c’était la première fois qu’on la laissait poser légalement un très grand collage, en extérieur. La partie initiale des propos de cette interview a été recueillie lors d’une conférence que l’artiste a accepté de donner, dans le cadre de Peinture Fraiche, présentée par Nadja Pobel (Le Petit Bulletin). La seconde partie est le fruit de l’entretien que MissMe a accordé à Urban Street Art Urbain.

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Bonjour MissMe, pourquoi caches-tu ton visage ?

La première raison pour laquelle je cache mon visage est la même raison pour laquelle beaucoup de Street Artistes le font, simplement parce que notre travail reste considéré comme illégal, quasiment partout dans le monde, encore aujourd’hui. Suivant où on se trouve, cela peut avoir des conséquences plus ou moins compliquées. Donc, l’idée de poser à cote de son art avec un gros smille est moyennement intelligente… C’est impossible pour moi de tomber dans le tourbillon infernal du Selfie et de l’existence par la 2D. J’ai réalisé progressivement que le masque permettait à beaucoup de gens de s’identifier plus facilement avec mon travail, parce que c’est un cartoon. En réalité, très honnêtement, ça ne m’intéresse pas tellement de parler de moi. Ce qui m’intéresse, c’est mon travail. Je ne veux pas que les gens aient à discuter de qui je suis, mais plutôt de ce j’ai à raconter. Et puis, parce que je suis femme, c’était important d’oblitérer mon visage, à cause de la fascination sociale pour les femmes, parce qu’on a toujours envie de savoir si la personne est belle. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, après des millénaires,  il y a encore des documentaires sur Cléopâtre où les intervenants débattent, non pas pour définir l’étendue de son pouvoir politique, mais pour prouver qu’elle était belle, ou le contraire. Personne, en revanche, ne s’est posé la question de savoir si César était beau gosse…

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Comment as-tu commencé à coller tes autoportraits masqués ?

Ce portrait, qui est une pièce centrale de mon art, existe depuis plusieurs années et n’a cessé d’évoluer avec le temps. Il en existe des dizaines de versions, toutes différentes. Il est en réalité né d’une censure d’Instagram. J’étais un peu insomniaque à l’époque et, pour me calmer les méninges, je peignais sur mon corps et en prenais des photos. J’ai toujours eu besoin d’utiliser mon corps pour m’exprimer artistiquement, c’est très particulier à ma pratique, cela me permet faire ressortir toutes sortes d’émotions. Cette nudité est étrange et un peu agressive, mais pas du tout sexuelle. Les gens n’ont pas l’habitude de voir le corps de la femme exploité par elle-même et en plus d’une manière non-séductrice. La toute première photographie, je l’avais mise toute petite au centre d’un grand carré blanc. Et avant de la publier sur Instagram je l’avais floutée, de telle sorte que l’on ne voyait que l’ombre d’un de mes tétons à l’image. Et j’ai été pour la première fois censurée. Avec un message d’explication qui sous-entendait que je mettais Internet en danger. C’est très violent, ce qui se passe aujourd’hui sur les réseaux sociaux, qui suppriment des voix et des existences, parce que quelque chose a été mal compris ou parce que des gens on décidé de les faire taire. Tout est automatisé et il n’y a pas de place pour dire « je ne suis pas d’accord ». J’ai vraiment très mal pris cette censure. Je me suis sentie terriblement insultée, parce qu’il n’y avait aucune intention violente ni sexuelle derrière cette photographie. Il y avait à peine mon corps. Alors, j’ai imprimé en grand exactement cette photo et j’en ai tapissé toute la ville de Montréal (rires). Ensuite, j’ai commencé de la faire évoluer. Bien avant les têtes de requins, j’avais mis des petites licornes à la place des seins, pour la blague et aussi parce que ce sont des éléments naïfs et magiques. Et puis, ça a pris des formes plus complexes, parce que le sein est « l’endroit » de la femme qui a été le plus sexualisé et qui reste encore aujourd’hui un terrain de discorde. Donc, un terrain parfait pour mon art.

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Est-ce que tu as tout de suite eu conscience de la portée politique de ton travail ?

Non, ce n’étais pas réfléchi à la base. Il n’y avait pas de pensée politique. Pourtant, j’avais bien commencé à faire ce travail parce que je n’arrivais plus à me retrouver dans ma société. Il y avait un tel décalage entre la société dans laquelle je vivais et ce que je considérais être mes valeurs que je ressentais un urgent besoin de « réparation ». C’est en collant l’intérieur de ma personne sur les murs extérieurs que j’ai tenté de me reconnecter au monde. Ces morceaux de moi ont porté naturellement beaucoup de mes malaises. Je les pensais comme des oeuvres très personnelles. Mais, en discutant avec les gens, j’ai réalisé qu’ils résonnaient en eux, révélant une réflexion sociale plus profonde que mon intention originelle. J’ai réalisé qu’ils ne m’appartenaient déjà plus, qu’ils appartenaient désormais à tout un genre et à tout un milieu social. C’est comme cela que j’ai compris que mon art était devenu politique. Et aussi à cause du rapport au pouvoir, à travers la honte et la bienséance. Je ne cherche pas à choquer. Choquer pour choquer, ça ne sert à rien. Je veux initier l’interaction et provoquer les discussions.

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Ton concept continue d’évoluer et tu l’as emmené un peu partout dans le monde…

Oui, j’ai collé mes autoportraits masqués en Amérique du nord, en Amérique centrale, en Amérique du sud, à Cuba, en Argentine, en Italie, à Hong-Kong, en Suisse, en Allemagne, en Espagne, au Portugal, au Moyen-Orient… Je pense que ça continuera encore partout et longtemps, parce que ces œuvres parlent de problèmes qui ne sont pas réglés. Elles ne sont pas juste le corps d’une femme nue face aux regards. Elles dérangent, d’abord parce que ce corps de femme n’a pas été photographié par un photographe de mode pour un magazine. Parce qu’il n’a pas été photographié dans un objectif de publicité ni d’esthétique. Parce qu’il n’a pas été photographié par un homme. Parce qu’il n’y a pas de justification sexuelle. Parce qu’il n’a pas été exploité par autrui. C’est juste une nana qui montre son corps à elle, nu, sans aucune volonté de séduction. C’est donc suspect et déstabilisant. Et en plus il y a la colère, une émotion rarement exprimée parce que rarement autorisée, encore moins aux femmes. J’ai été plus d’une fois censurée aux États-Unis. J’avais fait une rue entière à New York et quelqu’un est passé dernière moi quelques jours plus tard. Il a dessiné des culottes sur tous mes collages et écrit sur chacune d’elles « respect yourself ». C’était tristement drôle… J’ai eu aussi droit à de la récupération commerciale sans mon accord. Quelqu’un a vendu une de mes images à une compagnie, qui a imprimé des t-shirts avec, pour la vente. A Montréal, certaines personnes recouvraient les parties sexuelles de mes collages en noir, d’autres m’arrachaient le visage, les yeux, d’autres encore y ont écrit toutes sortes d’insultes. C’est très violent lorsque les gens réagissent ainsi… Heureusement, les réactions des femmes sont radicalement différentes. Certaines me prennent dans leurs bras. C’est étrange de réaliser que je suis devenue une sorte de symbole pour ces femmes…

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T’arrive-t-il de douter de ta démarche artistique ?

Oui, bien sur que je doute. C’est bizarre ce que je fais, quand on y pense. La normalité de la société me rattrape dès que je suis un peu fragile. Je suis quelqu’un d’assez anxieux. Le bon moral est comme un système immunitaire pour moi. Quand je suis un peu fatiguée, toute la sacrosainte moralité revient résonner à mes oreilles : « Ton travail n’est pas stable, tu ne sais pas de quoi demain sera fait, tu devrais te marier, avoir des enfants… ». Je travaille seule, je n’ai pas d’agent, pas d’équipe et je ne suis représentée que par une seule galerie, parce que j’ai du mal à faire confiance… Aujourd’hui, j’apprends à m’ouvrir et je trouve que c’est une bonne chose, même si ce n’est pas toujours évident…

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Tes collages sont en général noir et blanc, quelles sont tes techniques ?

Je dessine sur Photoshop, avec ajout de calques. Ça n’a pas toujours été le cas. Auparavant, je peignais sur mes portraits à la main, mais le résultat ne me plaisait pas. La raison pour laquelle j’ai commencé à faire du collage est simplement le fait que je ne savais pas graffer. J’avais besoin de m’exprimer et j’ai choisi de le faire à ma manière, sans fausse prétention. En outre, les dessins que je fais sont très complexes et comme je pose mes collages dans des endroits très passants je dois aller assez vite. C’est plus pratique de les préparer à l’avance.

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Comment ton art est-il accepté dans le milieu du Street Art ?

Je ne peux pas trop parler du milieu, parce que je suis un électron libre. Je travaille seule, je vais rarement dans les festivals, je connais donc assez peu les autres artistes. C’est vrai qu’il y a moins de femmes que d’hommes. Ça commence à changer, mais ce que moi je fais, c’est assez particulier et c’est l’une des raisons pour lesquelles on m’invite rarement dans les festivals. Parce que si on aime bien l’idée que j’existe, c’est plus compliqué d’assumer le fait de montrer ce que je fais dans un cadre légal. C’est le cas pour tous la plupart des Street Artistes qui sont très engagés. Ce genre de milieux préfèrent que je leur propose des oeuvres moins dérangeantes…

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Comme la série « Aspire to inspire » ?

Je l’ai commencée avant le mouvement « Me Too », j’écrivais souvent sur mes collages la phrase « It’s not me, it’s you ». Tout le monde me demandait ce que cela voulait dire. Aujourd’hui, plus personne ne pose la question. Tout le monde comprend ce que je veux dire : « Si tu trouves que ce corps est sexuel, ça t’appartient. Ça ne m’appartient pas. Ne me fais pas porter le poids de tes jugements ». Il s’agit donc d’une série de portraits de femmes : Maya Angelou, Frida Kahlo, Malala Yousafzai, Simone de Beauvoir, Helen Keller… J’ai aussi réalisé ces portraits en réaction au phénomène des influenceuses sur Instagram, cette sorte de raccourci qui semble être aujourd’hui, pour de nombreuses jeunes femmes, le seul moyen de réussir. Pour leur montrer, par l’exemple de « Role Models », que leur corps n’est pas ce qui fera leur valeur.

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Tu as intitulé une autre de tes séries « Fuck Politics »…

Oui, j’ai eu aussi pas mal de problèmes avec cette série là (rires). Ce sont des Statues de la Liberté que j’ai coiffées de plumes indiennes. Je les ai créées pour la première fois dans le cadre d’un festival à Québec, puis je les ai collées partout à New York, avec la phrase « I don’t know why », qui est le nom d’un mouvement des premières nations américaines , qui lutte pour la préservation de leurs cultures et de la nature. Mon intention n’a jamais été celle de critiquer la Statue de la Liberté, qui est une belle statue et un symbole important. Je comprends que chaque pays ait sa propre propagande, mais les États-Unis ont du mal avec leur histoire et il fallait démonter le mythe. Je fait confiance aux gens, ils sont capables de faire la distinction entre l’importance du symbole et les choses qui ne sont pas réglées. Ce qui se passe avec les premières nations, c’est un double assassinat, parce non seulement l’Amérique nie le fait qu’elle les a massacrées, mais en plus elle nie l’existence même de ceux qui sont encore là. Il faut être capable d’en parler et le fait de faire l’autruche ne résoudra rien.

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Qu’en est-il de ta série intitulée « Buy More !! » ?

J’ai réalisé ces affiches à la suite de l’effondrement du Rana Plaza, au Bangladesh en 2013. Le bâtiment abritait plusieurs ateliers de confection, travaillant pour diverses marques internationales. Il s’est effondré le matin, peu après l’heure de début du travail. Des consignes d’évacuation données la veille, après l’apparition de fissures, avaient été ignorées par les responsables des ateliers. 1135 personnes ont trouvé la mort dans l’incident, qui est devenu l’un des symboles des abus de la « Fast Fashion » et de la mondialisation sauvage. Cette catastrophe m’avait bouleversée. J’ai utilisé un passepartout pour ouvrir les vitrines des panneaux d’affichage et les remplacer par mes affiches. Les marques que je présente dans cette série sont des marques internationales pour lesquelles travaillaient les ateliers du Rana Plaza. J’ai utilisé de gros titres publicitaires pour les slogans, très visuels, mais lorsqu’on regarde derrière ces slogans, on voit des enfants soldats de la guerre en RDC, qui a déjà fait plus de 5 millions de morts et dont on ne parle presque pas. La violence, la surconsommation, l’obsolescence programmée, l’esclavagisme et l’indifférence, voilà ce que cette série dénonce.

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Tu as créé une œuvre pour un refuge pour femmes battues. Comment ça s’est passé ?

La maison Flora Tristan est une maison extraordinaire, tenue par des femmes incroyables. Un refuge qui prend en charge non seulement les femmes, mais leurs familles également, ce qui est rare. J’ai été approchée par une marque montréalaise, une créatrice qui dessine des costumes sur mesure pour hommes, dont les doublures intérieures sont illustrées par des artistes. Une partie du bénéfice de ses ventes est régulièrement reversée à des associations. Pour le projet de la maison Flora Tristan, l’intégralité des ventes est allée à l’association. J’ai accepté avec enthousiasme d’y participer et j’ai aussi souhaité rencontrer ces femmes. J’ai été très impressionnée et vraiment inspirée par leur travail. Elles avaient très peu de moyens et le refuge n’était pas très décoré. J’ai proposé de leur faire des fresques. Elles avaient nommé les chambres avec des noms de femmes fortes et cela m’a rappelé ma propre démarche. J’ai illustré plusieurs murs avec les portraits d’une dizaine de figures féminines. Elles m’ont dit que cela ferait une réelle différence, parce que les femmes arrivaient au refuge souvent au beau milieu de la nuit, après avoir eu le courage de partir avec leurs enfants, et que les cinq premières minutes étaient cruciales. La chaleur des couleurs et le caractère exemplaire des personnages de mes collages les aideraient à se sentir en sécurité et à rester. Je suis toujours en contact avec elles aujourd’hui et j’y anime des ateliers.

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Quelles sont tes influences ?

Je trouve mon inspiration principalement dans des exemples de courage face à des choses qui peuvent paraitre insurmontables. Ces exemples ne viennent pas forcément du monde artistique. Ce sont souvent des femmes que je dessine : Helen Keller, Joséphine Baker… Ce qu’elles ont réussi à faire, à travers l’amour et le courage, me fascine. Frida Kahlo a fait preuve d’un courage créatif extraordinaire, par exemple. Elle a peint ses propres fausses-couches, des bébés morts-nés qui lui sortaient du vagin. Aujourd’hui, si une artiste faisait cela, on dirait que c’est dégueulasse et on l’enverrait consulter. C’était une précurseuse…

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Que penses-tu de l’évolution du Street Art ?

Comme je l’ai expliqué, je regarde les choses d’assez loin, vu mon isolement volontaire. J’observe des choses extraordinaires, avec une vraie recherche artistique du beau, des choses surprenantes. Les gens ont pris conscience du mouvement qui s’est progressivement démocratisé. Mais, je vois aussi des choses moins bonnes, parce que les artistes veulent plaire au public et correspondre à cette nouvelle mode. Ils finissent par imiter des esthétiques, pour avoir l’air cool et vendre en galeries. Au Canada c’est encore assez récent, je suis l’une des premières. C’est paradoxal, parce que c’est illégal, mais la Ville de Montréal et son Office du Tourisme publient mes œuvres sur leurs réseaux sociaux…

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Si j’étais le génie de la lampe d’Aladin et que tu pouvais exhausser trois vœux, lesquels seraient-ils ?

Quand j’étais petite et qu’on me racontait cette histoire, je disais toujours que trois vœux n’étaient pas assez. Et que, donc, mon premier vœu serait d’avoir une quantité infinie de vœux (rires). Sérieusement, mon premier souhait serait de pouvoir vivre ma vie dans mon identité la plus pleine possible, sans peur. Sans le handicap de la peur. Mon second vœu serait de pouvoir voyager dans le temps, parce que j’aimerais découvrir la Grèce, l’Egypte et la Rome antique. Et surtout, j’aimerais rencontrer Jésus, Moïse et Mahomet. Pour savoir ce qui les faisait marrer. S’ils riaient à des blagues intellectuelles ou, au contraire, à de l’humour populaire. S’ils étaient réellement humbles, ou bien imbus d’eux-mêmes, comme le sont les leaders d’aujourd’hui… Mon troisième souhait, finalement, serait d’avoir vécu de manière véritable, honnête et ouverte, pour que mon travail et mon identité puissent demeurer comme les empreintes d’une vérité. Que mon travail soit présenté dans les musées ou pas n’est pas important. Mais je souhaite que l’on puisse voir ce que j’ai fait et entendre ce que j’ai dit, que cela soit le reflet d’une époque, et qu’ainsi l’on puisse me faire revivre, à travers les émotions et le désir de rencontre que j’aurais transmis.

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