« Ce n’est pas le message qui m’intéresse, c’est le langage » : les peintures-sculptures de Don Mateo

Par Michel Fily, 17 mai 2019

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Street Artiste érudit et diligent, Don Mateo impressionne autant par l’incisivité de ses portraits découpés que par la profondeur de ses réflexions. Après avoir longtemps peint ses célèbres visages de femmes sur les murs, il crée aujourd’hui des négatifs de pochoirs qu’il sculpte et met en abime ou en lumière. Urban Street Art Urbain l’a rencontré à l’occasion de son exposition « Portrhands » à l’Epicerie Moderne, inaugurée en partenariat avec le festival Peinture Fraiche. Portrait d’un acteur-penseur de l’art urbain.  

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Bonjour Don Mateo, peux-tu te présenter aux lecteurs ?

Je suis originaire du Jura. J’ai fait mes études aux Beaux Arts, jusqu’en 2003. Après ma formation académique, je suis parti vivre à l’étranger, en Espagne, en Suède, à Copenhague, au Danemark. Je ne suis venu à Lyon pour y créer qu’en 2010. J’ai commencé par peindre sur toiles et accumuler les tableaux. J’avais des peintures partout dans ma maison. Mais je me suis rendu compte que l’échange avec le public me manquait. C’est pour cette raison que j’ai commencé à peindre au-dehors. Au début, je collais de petites choses, des portraits à droite à gauche. Puis un peu plus, un peu plus haut, un peu plus grand… La pratique urbaine a été une véritable découverte au début des années 2010, un boulevard à explorer…

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J’ai, dès le départ, orienté ma recherche autour de la représentation de la figure associée à l’espace urbain, à la fois sur toiles et sur murs, de manière cyclique. L’un nourrissant l’autre. Ce que j’aime c’est peindre ; sur toile, sur bois, sur mur, je suis très libre avec cette envie. Il y a eu des périodes où je ne voulais faire que de la rue. Puis d’autres où je voulais travailler sur supports. Je ne me contrains pas. Mon atelier est situé sur les pentes de la Croix-Rousse. Je l’ai intégré il y a cinq ans.

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Quel a été le principal déclencheur de ton envie de créer dans la rue ?

Elle répondait essentiellement à mon besoin de liberté et au désir d’être totalement indépendant. Cela peut sembler contradictoire avec le caractère illégal du Street Art, mais la rue m’a bel et bien offert une forme de liberté, dans la mesure où avec elle je n’étais plus obligé de passer par une galerie ni par une salle d’exposition – avec toutes les contraintes que cela implique – pour mener à bien mes projets. J’ai pu ainsi partager mon travail de manière immédiate et directe avec le public, sans intermédiaires ni sans rien devoir à personne. Avant le Street Art, lorsqu’un artiste avait une idée, il fallait la présenter aux galeristes, aux lieux d’exposition, et il fallait les séduire, vendre son projet. C’est quelque chose que je ne sais pas faire et que je n’aime pas faire. Je me suis affranchi de cela grâce à la rue. Une des principales composantes du Street Art, selon moi, c’est avant tout la liberté. Ensuite, c’est un espace de création infini. Je joue avec les murs, avec leurs grains, avec les couleurs des revêtements… Enfin, il y a un aspect ludique, dans cette forme d’art, lié selon moi à l’enfance. Nous avons tous tapissé nos chambres de dessins, de posters, lorsque nous étions plus jeunes. Le Street Art, c’est la même chose à plus grande échelle. Tu commences par ton quartier, puis, progressivement, ta ville devient ton espace de jeu… J’ai aussi peint à Paris, en Amérique latine, en Jordanie…

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Comment ta technique a-t-elle évolué ?

J’ai toujours travaillé le portrait, mais je suis passé du pochoir au papier découpé puis peint. C’est une sorte de pochoir à l’envers. Et en relief. Cette évolution est advenue parce que j’étais arrivé au bout de ma technique et qu’il me manquait quelque chose. Il me manquait du geste et de l’âme. Le pochoir gomme l’imperfection et empêche l’accident. Il permet, certes, de pouvoir peindre rapidement quelque chose d’efficace, mais pour moi qui viens du dessin, il lui manque l’aspect « instinctif ». Mon premier portrait en papier découpé date d’il y a quatre ou cinq ans. Le postulat est celui de « contredire » le pochoir. D’y faire ressurgir le mouvement, le dessin, l’accident, de conserver aussi ce que l’on jette habituellement. Et puis, jouer avec la lumière, avec les pleins et avec les vides. Je distancie légèrement les découpes de leurs supports, pour créer un effet d’ombre et de profondeur. L’acte de création interagit avec le découpage. C’est un peu comme un deuxième dessin, au scalpel. Et puis ce sont des pièces uniques, contrairement aux oeuvres faites au pochoir.

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Tu peins principalement des femmes…

Ce qui centralise mon travail, c’est le portrait, la figure. Principalement la figure féminine. Chaque pièce est différente et chacune possède une émotion qui lui est propre. C’est un langage, une recherche perpétuelle. On pourrait croire à un aspect systématique, mais ce n’est pas du tout le cas. Je travaille les émotions, les regards. En ce moment j’utilise des mains pour travailler le mouvement et la ligne. Le portrait, c’est un prétexte, en fait. Ce qui m’intéresse c’est la courbe, la couleur… Je trouve dans le motif féminin beaucoup plus d’informations intéressantes que dans le motif masculin. Mais cela reste un motif. Cézanne disait qu’il peignait un modèle comme il peignait une pomme. Pour moi, c’est un peu la même chose. Je trouve plus d’informations dans les motifs féminins, entre autres, parce qu’elles ont des cheveux, et que le cheveu me permet de travailler la ligne.

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Tes œuvres portent du blanc, du noir, du rouge. Un petit nombre de couleurs, mais très contrastées…

C’est pour aller a l’encontre de ce que l’on trouve ailleurs. Le graffiti est souvent saturé en couleurs. J’avais l’envie de faire l’inverse, d’épurer et de laisser respirer l’œuvre. Le vide est très important dans mon travail. Mais ce n’est pas du vide, c’est une respiration, pour que l’œil circule… Je peins principalement avec des couleurs primaires, qui sont souvent là pour apporter de l’âme aux personnages. Ces couleurs posées sur la toile ou sur le mur me permettent de « contredire » un peu le papier découpé, de créer du relief. La ligne est posée de manière hyper instinctive, pour qu’elle devienne une sorte d’ADN de mon personnage. Comme une empreinte, comme l’âme, qui sont uniques…

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Quel message souhaites-tu transmettre aux personnes qui découvrent tes œuvres ?

Ce n’est pas le message qui m’intéresse. Je ne dis pas que je ne veux rien transmettre au public. Mais je ne veux pas le contrôler. Après de nombreuses recherches, j’ai réalisé que ce qui m’intéresse, ce n’est pas le message, mais le langage. C’est fondamentalement différent. J’ai compris il y a peu que c’est une erreur de se focaliser sur le message. Les messages, il n’y en a pas cent cinquante milles. L’art, ça parle d’amour, de la vie, de la mort, de religion, de sexe… Prenons l’histoire de l’art : ce que l’on retient principalement aujourd’hui d’un peintre comme Picasso, ce ne sont pas ses messages, c’est son langage. Quel est le message des « Demoiselles d’Avignon » ? La prostitution ? Non, il n’y a pas de message. Ce qui est important dans ce tableau, c’est le cubisme !

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Et s’il y a message, il doit servir le langage ?

Absolument. Sinon c’est de l’illustration. L’œuvre n’est là que pour illustrer un propos. Faire de l’art, c’est créer quelque chose qui nous échappe. Léo Ferré disait : « moi quand j’écris je ne sais pas d’où ça me vient. Ça me tombe dessus, ce n’est pas moi qui écrit, c’est ma main ». Je ressens la même chose lorsque je crée. Lorsque je découpe et à toutes les étapes de ma création. Si j’ai une idée trop précise de ce que je veux faire, le résultat est généralement mauvais. Mais lorsque je laisse aller mon esprit, lorsque je « laisse faire », sans me poser de questions, il se passe toujours des choses très intéressantes et qui me surprennent.

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Tu as commencé à faire des monochromes…

Ce sont des pièces récentes, pas tout à fait monochromes, plutôt noires sur gris anthracite. L’objectif était celui de questionner la lumière, en me se rapprochant des problématiques de Soulages… De « déranger » le regard et que le spectateur fasse l’effort de retrouver la ligne, de la recomposer, d’aller chercher les formes, qui sont d’ailleurs proches de l’abstrait pour ces oeuvres nouvelles. Il y a des regards qui y sont cachés. Il faut prendre le temps de les observer… Ce sont les prémisses d’une nouvelle étape, dans laquelle j’ai envie d’emmener ce portrait, depuis quelque chose d’hyperfiguratif vers quelque chose de plus proche de l’abstrait. Cela déçoit malheureusement une certaine partie du public, celle qui aime être rassurée, voir ce qu’elle peut reconnaitre. Dans l’art urbain, lorsqu’une oeuvre plait, tout le monde veut voir sa copie partout. Je trouve ça dingue que les gens soient surpris quand un artiste évolue…

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Quelles sont tes inspirations ?

Il y en a plusieurs. Je n’ai pas de référence particulière en termes d’artistes urbains. Je citerais plutôt des artistes classiques, ceux qui guident depuis toujours mon travail. Ceux qui me réconfortent quand je suis dans le doute. Parmi ceux-là, il y a Georges Brassens, que ce soit ses textes ou ses pensées… Il fait partie de mes piliers. Chez les plasticiens, il y a, bien sûr, les peintures d’Alberto Giacometti, où se retrouve cette notion de mouvement et de ligne. Gérard Fromanger, moins connu, est un artiste français issu de la figuration narrative, dans les années soixante, et qui a aujourd’hui beaucoup évolué. Il travaille la photosynthèse, des photos qu’il projette et sur lesquelles il peint. Il utilise la photo comme base pour en tirer l’essence. Aujourd’hui il travaille la ligne… Il y a des artistes dont je suis « fan », comme Mark Rothko et ses abstractions, qui sont des travaux sur l’accident, sur la vibration de la couleur, non contrôlée et non maitrisée. Il y a Pierre Soulages, évidemment. Il y a Robert Rauschenberg, dans les années 1960, qui transformait ses peintures en sculptures, comme sa pièce la plus connue, où un aigle empaille est posé sur la peinture. Ma peinture elle aussi est a mis chemin entre la peinture et la sculpture, d’une certaine manière. Elle n’est ni peinture, ni sculpture, elle est les deux à la fois, elle n’est aucune des deux. Le maitre Giacometti, a donné une grande interview cinq ou six ans  avant de mourir, dans son atelier, lors de laquelle il a expliqué, avec son accent italien : « je sculpte, ces hommes en marche, ces personnages, et je me dis : un jour je vais trouver… Pour l’instant je cherche ». Il a dit ces mots alors que  sa carrière était depuis longtemps établie. Alors qu’il était à la fin de sa vie, il doutait encore. Cette phrase est un garde-fou important à mes moments d’incertitude. Si ce génie a cherché toute sa vie comme je cherche, alors je suis plutôt en bonne compagnie…

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Que penses-tu de l’évolution du Street Art ?

C’est la suite de l’art contemporain. Je veux dire que c’est un mouvement à part entière. Et ce qui est formidable, c’est que c’est le premier mouvement de toute l’histoire de l’art qui soit apparu simultanément dans le monde entier. Les naissances des grands mouvements artistiques ont toujours été liées à des situations économiques dans certains pays ou sur certains continents. Le surréalisme à Paris et en Europe, le Pop Art aux états unis… On ne peut pas dire cela pour le Street Art, parce qu’on a trouvé, dès le début du mouvement, des Street Artistes au fin fond de l’Australie, dans le Jura, en Irlande, au Liban… Quant à ses origines, peut-on réellement comparer les murs de Diego Rivera et les premiers tags de Jean-Michel Basquiat ou de Taki 183 ? Le mouvement est peut-être né à New York avec les gangs, mais on peut aussi remonter jusqu’aux grottes de Lascaux.

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Où en es-tu de ton art et de tes projets ?

Je suis parti très récemment en Jordanie en résidence, pour un festival d’une dizaine de jours, le « Baladk Project » à Amman. Nous étions six artistes internationaux, une Suédoise, des Colombiens, des Allemands, principalement des Européens. À mon retour, j’ai fait un mur à Peinture Fraiche et j’ai aussi animé un Workshop à l’Epicerie moderne, en partenariat avec le festival. Je vais prochainement réaliser la nouvelle Marianne de la ville de Chenôve, près de Dijon. Il s’agit d’une façade qui va devenir le symbole de la ville. C’est une Marianne moderne et métissée qu’une foule peinte vient construire. On ne sait pas si son bonnet est un bonnet phrygien ou un simple bonnet en laine… Ce projet devrait s’achever pour les journées du Patrimoine, en septembre 2019.

59840335_2457609854273688_5788403626128965632_n.jpgSi j’étais le génie de la lampe d’Aladin et que tu pouvais exhausser trois vœux, lesquels seraient-ils ?

Je n’ai pas la folie des grandeurs. Je voudrais simplement continuer à garder la passion… Mon rêve a toujours été celui de faire ce que j’aime, peintre, et de le faire du matin au soir. Mon souhait est que cela continue. Je voudrais peindre partout dans le monde. J’aimerais peut-être publier un livre, j’écris beaucoup en ce moment, j’ai plein de carnets, c’est un moyen d’expression qui me plait, mais qui reste pour l’instant intime. Ça me plairait d’illustrer mes réflexions d’artiste avec des images de mes peintures. On n’a pas souvent l’occasion de parler d’art, en tant qu’artiste urbain. C’est assez rare…

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Y a-t-il une question que je ne t’ai pas posée et à laquelle tu aimerais répondre ?

Ce qui me parait primordial, c’est ce questionnement du langage et du message. Pendant des années, j’ai perdu de l’énergie du temps à essayer de trouver des messages et j’ai mis du temps à réaliser que je faisais fausse route. Il ne faut pas penser au message, il faut penser au langage et le message doit venir servir ce langage. C’est ma vérité, ce n’est peut-être que la mienne, mais c’est elle qui nourrit désormais mon art.

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« Porter ses rêves très loin et être toujours en surprise» : Méthyl’Mnê, chercheuse d’art

Par Michel Fily, 13 mai 2019

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Dessinatrice de formation, artiste plasticienne, éditrice, Street Artiste, Méthyl’Mnê explore les champs de résonances et de transmission entre plusieurs disciplines artistiques, entre différentes cultures et mythologies, entre les matières et entre les êtres. Cette créatrice atypique, représentée par la galerie Pandorart, compile depuis le début de son parcours une mémoire croisée iconographique et spirituelle. Rencontre avec une artiste voyageuse, à la rencontre des tribus de l’Homme… 

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Bonjour Méthyl’Mnê, peux-tu te présenter aux lecteurs ?

Je m’appelle Adeline, j’ai 33 ans, je suis artiste au sens large du terme, issue de l’illustration, aujourd’hui muraliste qui copine avec le spectacle vivant. Je dessine depuis l’enfance et de façon professionnelle depuis plus de dix ans. J’ai commencé mon apprentissage à l’âge de douze ans chez une artiste peintre, Jocelyne Montagnon, dans son atelier. Ce premier apprentissage en dehors du cadre scolaire à sauvé mon adolescence et j’ai su dès l’age de quinze ans que je ferais de l’art mon métier. Le grand frère d’une amie étudiait à l’école Émile Cohl de Lyon, une école spécialisée dans l’illustration et le dessin animé. J’ai choisi d’y faire mes études et y ai reçu une formation assez académique. J’ai terminé mes études en 2010 et je me suis tout de suite lancée dans la création indépendante. Un peu avant la fin de mes études, j’avais déjà commencé à travailler avec la cité de la création en tant que muraliste, avec laquelle j’ai collaboré dès le début sur plusieurs  projets. Puis, j’ai fait pas mal d’illustration et de graphisme, de l’affiche, du dessin presse, du décor… Tout en continuant de faire des fresques murales.

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Que veut dire Méthyl’Mnê ?

Mon nom d’artiste est plus une signature qu’un blaze. Et c’est une signature qui a évolué avec le temps. Méthylaine, son point de départ, vient du bleu de méthylène qui est pour moi la couleur du féminin et de la recherche, artistique et spirituelle. Ce bleu est fréquemment utilisé comme marqueur, pour tester la perméabilité d’une structure. Cet usage me renvoyait à mon rapport aux cadres et à mon besoin d’indépendance. Ainsi, ma première signature a été « Méthylaine illustration urbaine ». Elle a évolué pour devenir l’actuelle Méthyl’Mnê. Ce nouveau suffixe fait référence à Mnémosyne, la mère des muses gardiennes des arts, dans la mythologie grecque. Les arts sont eux-mêmes gardiens de la mémoire à mes yeux et la mémoire est un sujet central, tant dans mes recherches personnelles que dans la majeure partie de mon activité actuelle, qui est un travail de passation.

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Quels sont tes techniques et tes supports ?

À l’origine, je viens de l’édition et donc du papier, mais ce support est devenu très rapidement trop petit pour moi et les murs se sont imposés. Des murs plutôt extérieurs, parce que leurs « vécus », leurs patines, m’intéressent beaucoup. J’ai aussi expérimenté, entre le papier et les murs, d’autres supports présentant les attraits de l’un et des autres, c’est-à-dire celui d’objets avec une matière, mais aussi une histoire… J’utilise, bien sûr, le support neuf de la toile, avec lequel j’essaie toutefois de garder un rapport particulier : j’enduis mes toiles moi-même, je fabrique mes propres châssis sur lesquels je tends les toiles moi-même et j’utilise un Gesso transparent, pour garder la matière de la toile brute visible. J’utilise aussi du Forex de récupération, un choix spécifique pour les œuvres en extérieur essayer de leur donner une pérennité relative. J’utilise enfin du fil, des tissus, des objets de récupération en métal comme des pignons de vélos, des grilles de ventilateurs, des rouages, des lumières… Plutôt qu’une œuvre posée sur un mur blanc, je veux que les gens pénètrent dans un univers dynamique lorsqu’ils rencontrent mon travail. J’emprunte cela au spectacle vivant, avec lequel j’ai beaucoup collaboré. Le choix des objets mécaniques que je recycle vient de l’univers « steampunk » qui m’a aussi beaucoup influencée. Ce sont pour la plupart des objets du mouvement. On trouve dans certaines de mes créations des objets liés à l’univers magique de « mana ». La notion de mana, concept polynésien que l’on retrouve sous différentes appellations dans d’autres peuples, est l’émanation de la puissance spirituelle du groupe, qui contribue à le rassembler. Ces objets sont par exemple des attrapes-rêves que je fabrique moi-même, avec en leurs centres des bouches d’oursins, ce sont des fourmis amazoniennes prises dans l’ambre… On peut rapprocher cela du paganisme et des cultures primaires. Ces sujets sont très ancrés dans ma recherche actuelle.

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En ce qui concerne mes techniques, j’utilise de l’acrylique, de la bombe au pochoir, du feutre, du Posca, du crayon, du tissage, de l’assemblage, du collage, du photomontage… J’ai reçu un apprentissage très classique, donc je maîtrise plus ou moins toutes les techniques artistiques, que ce soit le pastel, l’huile, l’aquarelle… J’ai appris à tout utiliser. J’ai beaucoup travaillé avec la matière en photographie, en particulier avec des tissus à motifs. À un moment donné, je me suis détachée de toutes les techniques apprises pour ne travailler que sur la composition. Je réfléchis toujours beaucoup aujourd’hui à quelle technique associer à quel motif, parce que les deux doivent faire sens.

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Quelles sont tes inspirations ?

Comme je l’ai expliqué précédemment, je suis très inspirée par l’univers « steampunk », mais aussi par les thématiques rétrofuturistes. J’aime associer des sujets en décalage. On pense souvent à Hugo Pratt en observant mes œuvres. Ce caractère anthropologie prend sa source dans ma formation de bédéiste et de dessinatrice. J’admire de nombreux artistes pour leur graphisme, tel Atlas qui influence mon travail actuel sur le sujet des labyrinthes. J’ai commencé à orienter mes recherches sur le croisement des mythes. J’étudie ce que j’appelle « le rêve de l’humanité », c’est-à-dire le fait que des iconographies similaires ont émergé aux extrémités du monde, issues de peuples qui ne se sont jamais rencontrés. On observe ce phénomène au sein de mythologies très anciennes, sur les thématiques primaires que sont le culte des astres, du végétal, de la nature et des animaux. Pour représenter la lune et le soleil, par exemple, les mêmes motifs traditionnels se retrouvent Amérique du Sud et au nord de l’Afrique.

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L’une de mes dernières œuvres représente trois tisseuses, les trois Parques de la mythologie grecque, qui filent le destin des hommes. Ce triptyque fait partie de l’un de mes projets en lien avec les musiciens brésiliens André Luiz de Souza et Celio Mattos,  « De terre en couleurs à l’arbre à palabres », dont les racines sont à la fois européennes, africaines et amérindiennes. J’ai souhaité traduire visuellement ce phénomène. Ma première tisseuse est bressane, pour rendre hommage à Bourg-en-Bresse, pour laquelle ce projet a été créé. Mais les couleurs qu’elle arbore sont très intenses et se rapprochent plutôt des couleurs sud-américaines. Sur sa poitrine on retrouve des motifs amérindiens qui contrastent avec le rouet traditionnel européen qu’elle utilise. J’ai représenté la seconde tisseuse comme une sorte de sorcière, dont l’univers se situe entre la Mongolie et le Pérou avec les lignes de Nazca que j’ai utilisées pour représenter son corps. Je l’ai peinte avec des lignes très brutes, en contraste avec certains détails que j’ai travaillés très finement. Ensuite, j’ai posé une cage sur son ventre, avec des filaments qui pendent, des plumes, des rouages et un manomètre, des éléments clairement inspirés de l’univers « steampunk ». Il y a aussi des pièges à rêves que j’ai fabriqués avec des objets de récupération. Un mélange entre l’Ancien et le Nouveau. La troisième fileuse est une petite mamie berbère, représentation de la sagesse orientale…

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J’ai exposé récemment ces trois fileuses au Sofffa, une galerie-bar hybride à Lyon. Leur patio bleu a accueilli une série de sérigraphies encadrées tirée de l’un des ouvrages que j’ai édités, des pièces très carrées, très nettes. J’ai installé dans l’espace intermédiaire des pièces bleues et rouges, un code couleur inhérent à mon art et qui représente le dehors et le dedans, le monde et l’âme. Enfin, la salle principale du lieu a été illustrée par les collages que je fais dans la rue. Je travaille toujours mes expositions en fonction du lieu en essayant de distinguer et de qualifier les différents espaces. J’ajouterais enfin que, parmi les artistes qui inspirent mon œuvre, Frida Kahlo à une place importante, autant en tant qu’artiste qu’en tant que personnalité.

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Te considères-tu comme une artiste féministe ?

Mes personnages sont féminins, pour la plupart, cela fait partie de mon identité. Je ne sais pas si je me qualifierais d’artiste féministe. Ce mot-là est entendu et compris de façons différentes, en ce moment. Mais je pense que le féminin a un rôle important à jouer aujourd’hui. Parallèlement à mon travail d’artiste, une grosse partie de mon activité consiste dans la diffusion et la transmission. Elle s’incarne dans des projets culturels et sociétaux que j’organise et au travers desquels je tente de comprendre comment les passerelles peuvent se construire, entre les êtres et entre les structures. Il ne s’agit pas de projets féministes, mais simplement de projets à caractère humain, auxquels je pense que le féminin peux apporter beaucoup, dans le domaine du faire ensemble, de la cohésion et de la coordination de compétences. C’est un sujet central de recherche dans tous mes domaines d’activité aujourd’hui.

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Tu viens d’intégrer « l’Atelier au 46 » à Lyon…

Oui, j’ai enfin trouvé l’endroit qui me correspond. À la fin de mes études, je m’étais installée dans un atelier qui s’appelait la Mezz, à Pierre-Bénite. C’était un regroupement d’artisans, de plasticiens, de graphistes, d’artistes du spectacle vivant… Cette expérience a beaucoup étayé ma pratique en termes d’apprentissage, parce que je sortais d’études classiques et n’avais aucune expérience dans le fait de développer une activité. Je suis restée sept ans dans cet atelier avant d’intégrer, il y a un an, ce nouveau lieu, avec l’objectif de développer vraiment ma pratique personnelle. Ce nouvel espace de peinture me permet de travailler à plus grande échelle. Il représente aussi une importante rencontre artistique, parce que je me suis rapprochée de personnes qui partagent des enjeux similaires au mien, humainement, artistiquement et sociétalement. Il génère une émulsion remarquable, qui se traduit par les expositions partagées que nous présentons dans l’entrée de notre galerie. Pour l’exposition actuelle, nous avons essayé par exemple de voir comment on pouvait positionner intelligemment dans l’espace du dessin à côté de pièces en métal et de sculptures en plâtre ; comment, par l’intermédiaire de la lumière, nous pourrions faire se superposer sculptures et des œuvres peintes, tout cela avec une narration élaborée en commun. Ma rencontre avec ce lieu a été un heureux hasard de la vie.

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Quelle est ta définition de l’art urbain ?

L’art urbain, c’est celui qui se trouve dans ma rue, mis à l’extérieur et libre au regard. J’ai débuté cette pratique à cause de mon rapport d’artiste à la matière, à l’aspérité des murs qui m’intéressaient techniquement comme supports. J’ai réalisé mes premiers collages par envie personnelle, sans réellement les penser comme un biais de communication avec le public. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Mes projets urbains actuels sont des projets du commun, des projets participatifs, faits par le commun et pour le commun. Ils prennent place dans des lieux qui ont du sens pour les gens, qui vont marquer une histoire commune et laisser une trace. Ici se retrouve tout le sens de mon identité d’artiste. L’art urbain est un art de mémoire et je crois que le propos de tous les Street Artistes est celui de laisser leurs traces dans l’urbain. Je partage cette idée et je l’étaye en ajoutant à ma propre trace celle d’autrui. Les personnages de mon triptyque vont s’intégrer au sein d’une grande fresque participative à Bourg-en-Bresse, d’une rencontre, conduite depuis près de deux ans entre des pratiques amateures et professionnelles. L’idée est celle d’un « amalgame », au sens culinaire du mot. Des enfants y ont autant participé que des personnes âgées et nous avons joué les chefs d’orchestre pour que leur création commune soit appréciable et cohérente.

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Que penses-tu de l’évolution du Street Art et de la place qu’il prend dans le monde de l’art ?

Je trouve cette évolution très positive, parce qu’elle ouvre de nombreuses possibilités. Cette forme d’art est de mieux en mieux acceptée, les murs tagués ne sont plus systématiquement effacés et c’est une très bonne chose. Cette tolérance à l’expression qui se développe ouvre aussi la porte à des personnes qui n’auraient peut-être jamais osé faire de l’art, parce qu’ils n’ont pas fait d’études ou ont eu peur de se lancer dans une carrière financièrement aléatoire. La démocratisation du Street Art représente la possibilité d’un nouveau champ d’expression. Pour ce qui concerne l’évolution vers le marché de l’art, c’est une chose inévitable, sauf pour ceux qui souhaitent demeurer marginaux envers et contre tout. C’est une conséquence de l’effet de mode dont cette discipline bénéficie depuis quelques années et qui a engendré immanquablement des ambitions de profit. Mais les artistes eux-mêmes ont, pour la plupart, le désir que ce qu’ils créent soit vu, que leurs idées soient diffusées et enfin que leur travail leur permette de vivre. Personnellement, je ne fais pas de l’aspect monétaire une priorité. Ce qui est important pour moi est d’être vue, entendue et partagée, c’est la raison pour laquelle j’évite les carcans. L’essentiel est d’arriver à être juste dans ce que je fais. C’est mon leitmotiv, le « cap » que j’essaie de toujours garder…

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Cette idée de partage semble très importante pour toi…

De partage et d’accessibilité, surtout. Certaines personnes n’ont pas envie d’aller dans les musées, pas seulement pour des raisons financières, mais parfois aussi à cause du cadre muséal. Les musées sont souvent « éloignés » des ateliers des artistes et une toile posée sur un mur blanc ça ne dit pas tout. Ici, à l’atelier, nous organisons des événements plutôt intimistes, afin de permettre des visites et des échanges plus qualitatifs. Je pense qu’il est important de poser une intention claire derrière l’organisation d’une exposition, qu’elle soit mercantile ou autre, et qu’il faut maintenir cette ligne de conduite. Pour ce qui me concerne, c’est une espèce d’astrolabe personnel, aligné sur les étoiles : si je dévie de mon intention, je sais que je me suis perdue…

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Quels sont tes projets à venir ?

La grande fresque à Bourg-en-Bresse que j’ai évoquée et une autre à Jassans. Les deux inaugurations auront lieu aux mois de juin et juillet. Ces deux projets parallèles sont en lien avec le spectacle vivant, ont demandé entre un et deux ans de préparation, ont impliqué un grand nombre de personnes, tous âges confondus, et sont liés à la thématique des mythes de l’Amazonie. Ils ont été créés en parallèle avec douze contes musicaux qui donneront lieu à la publication d’un CD. Et ils donneront aussi lieu à la publication d’un carnet de voyage, car ces mythologies amazoniennes sont le point de départ d’un voyage que je vais effectuer en novembre prochain en Amérique du Sud. Un périple de quatre mois au Pérou, au Mexique et peut-être aussi à Cuba, avec un objectif de résidences artistiques pour étayer mes recherches sur place et investiguer plus avant ces mythes dont je m’inspire depuis plusieurs années dans mon travail. Le carnet de voyage que je vais rédiger sera construit comme un cahier de ressources et d’iconographie du croisement de toutes ces légendes ethniques. Je vais rencontrer, au Mexique, des sculpteurs d’Alebrijes (voir article « Cités d’or… »). Je vais rejoindre, au Pérou, l’artiste Sponer, qui travaille depuis un an auprès de communautés amérindiennes pour œuvrer à la survie de leurs cultures, de leur savoir-faire et de leur savoir-être…

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Dans le domaine de l’édition, je collabore avec un fanzine engagé, « le Foutou’art », qui traite des luttes de manière générale et en ce moment j’illustre pour eux des textes à propos des combats pour leurs droits des autochtones d’Amérique du Nord. Il y a beaucoup à apprendre de ses communautés, en termes de résistance pacifiste, de résistance festive, construite et basée sur la culture et sur le faire-valoir cette culture.

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Si j’étais le génie de la lampe d’Aladin et que tu pouvais exhausser trois vœux, lesquels seraient-ils ?

Si je devais peindre un lieu, je choisirais un bateau-atelier itinérant. Un voilier. Les appels à résidences sur ce type de bateau me font particulièrement rêver, en particulier lorsqu’il s’agit d’accompagner des équipes scientifiques pour travailler avec elles sur des sujets de recherche. Je rêve aussi de partir un jour sur l’Hermione. J’ai d’ailleurs appelé la structure associative que j’ai créée pour porter mes projets « O pavillons ». Mon second vœu serait celui d’avoir toujours les moyens de continuer à créer, c’est-à-dire avoir les moyens de porter ses rêves très loin et de ne pas avoir de limites à la création. Enfin, mon dernier souhait serait celui d’être toujours étonnée et d’être toujours « en surprise »…

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« I don’t care if they say I’m a good painter, I want people to say I’m a beautiful person »: IMPACKT, the “Dude” of graffiti

By Michel Fily, May 12, 2019

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Being a Street Artist for more than 25 years, Impackt is one of the « Dads » of Street Art in France. Child of pure graffiti, this extraordinary self-taught artist has developed a technique that allows him to address all topics, from lettering to characters, through historical frescoes and optical illusions. This pure street artist, who has always defended urban art in its original essence, was at the Peinture Fraiche festival in Lyon, represented by the Pandor’art gallery. Urban Street Urban Art met him there.

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Hello Impackt, can you introduce yourself to the readers?

My name is Franck, I’m 49 years old, it’s been 25, 26 years that I do graffiti. I am from Saint-Priest, in the suburbs of Lyon, a « nice neighborhood » (laughs). I started Peinture shortly after my return from the Gulf War, in 1994. I was a commando marine rifleman, sent to Kuwait during the first session of combats against Saddam Hussein… Before the army, as a teenager, I was already a good graffiti spectator in the city and I liked what I saw. While I was at war, Hip Hop began to develop in France, giving birth to electro music. When I came back, some of my friends before the army had chosen electro and all that it implied… I did not see myself having to consume products to love one particular kind of music, so I stayed in my little neighborhood to listen to NTM, IAM and Assassin on my Walkman. And as soon as there was a concert, I went there. It was the beginnings of the “fanzines” magazines and there was always a leaflet at the end of those who talked about Hip Hop culture, with 3 or 4 pages of graffiti. I was very impressed to see what artists were able to do with sprays.

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Did you draw a little when you were younger?

I didn’t really drew as a child. I rather scribbled. In college I started drawing more, but out of obligation, because I was always punished… I lived on the 7th floor of a building. I could not escape by the window. My father punished me, locked the door, removed the antenna cable from the TV and gave me double pages of divisions and multiplications to do. When I finished, I had nothing to do but scratch paper… I was doing abstract stuff. I will not even pretend it was drawing. But I liked that. Without having any skills or training for it.

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How did you start graffiti?

As soon as I saw a field where there were graffiti, I used to come back on weekends, to see others works and, gradually, they offered me to try. I told them that I did not know how to draw and they answered « if you can write your name, you know how to do graffiti. It’s not more complicated than that ». It was my meeting with BRUSK that was the trigger. He told me « In 6 months we will know if it’s a passion or a passade ». We painted together for 16 years. There was never him without me, never me without him. Yet he had done Fine Arts, obtained diplomas and post-degrees… Other artists had given up Peinture with him because he was too talented. Me, I said to myself « there is no reason for him to get there and not me ». And I persevered, despite my inexperience and facing young people who were all between 15 and 17, when I was already 24 when I started. I worked all week long and on weekends I bought bombs and I went to paint walls. And 25 years later, it’s still a passion. It’s even a virus, I must say. I don’t do any more « vandals » because I have children, but I always think about it. Every time I’m on the highway or seeing a « spot », I look at the walls instead of looking at the road (laughs).

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The choice of your alias has a special story…

Indeed. The word « impact » really appealed to me. It’s a term that defines me well, because I’m  an impulsive man. I am actually a « nice guy » but when I have something to say I say it. This word also characterizes my Peinture quite well. But at the time, there was already a guy who was part of the CP5 crew (a very famous one), who was named Impact. He had died. I made the move to call the members of the crew in Paris and I asked if I could choose this alias. They accepted because I had been respectful. The graffiti community is a highly codified one, with its own rules. From the start, I was very interested in the history of this movement and about its codes of behavior. I educated myself with these codes and I have never departed from them since then. Today, my artist’s name characterizes me perfectly. Everybody always tells me « every time you paint, it looks like you’re portraiting yourself. » Last year, for the Zoo Art Show, I painted a bear throwing its big paw in the air, and I was told, « Ah, that’s all you: the soft side of the fur, but the good slap that goes off anyway « (laughs).

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Did you have a hard time believing in your own talent?

As soon as I started Peinture, I knew I had found my way. It’s not so much that I had something to prove to others. It was mostly to me that I wanted to prove things. I wanted to get there. I’m a construction worker, that’s what I learned at school. And I think that my learning of rigor and professional seriousness has been a weighty tool in my learning process of graffiti. When we met during the weekends to paint large frescoes, it was I who called the other graffiti artists to remind them of the appointments, to tell them what colors to bring… This rigor was useful to all and we surpassed ourselves with each new project. After two years, I became the first graffiti artist invited to Jams in Lyon and elsewhere in France. I think it’s also because I talk very easily with people. I have no appriori vis-à-vis the public, I can discuss easily with a 14 year old or a senior. I gained a lot of contacts like that. At the first Jam, I met the whole « Old school » scene : RESO, DER, the 3HC crew, SHOCK, WELS of Nantes, MISS VAN of Toulouse, TILT, the TRUSKOOL, ABEL (313), SEEK (313) of Marseilles, just all the artists who were known when I started. We became friends because I I take care of the people I like. When someone does not remember my name, they call me « the nice guy ». I’m like that with everyone, whether in the graffiti field or not… So I participated in many graffiti events. I discovered an extraordinary world where I could flourish artistically and meet dozens of artists that I had never met, to create works with them for several days, sometimes several weeks, and they became my friends. A real human experience.

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This is not always the case in festivals today…

One must know who he invites. Bringing stars is good, but if the result is that they don’t talk to anyone and they require assistants to push their rolls… I don’t have that kind of requirement. We do not save lives, we’re not cardiac surgeons. We are just painters. We don’t need helpers. I spread paint on the walls because I like it, I do it first for myself. If it pleases people, I’m happy. If they give me money, it’s the icing on the cake. But I do not claim any privilege. I continue to work on construction sites until today.

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When did you move from graffiti to characters?

From the moment BRUSK got tired of drawing « characters » for everyone (laughs). At first, he liked it because I had great ideas for compositions. And then, one day, he told me « my man, I love you, but if you want a character on your wall you’re going to do it by yourself ». At the time I wasn’t happy, but today I know that he did a good thing for me that day. Because that forced me to go beyond. I painted my first character at the RVI wasteland in Lyon in 2000. At the time I was only doing 3D lettering, because I found the « wildstyle » too difficult. I was learning to master the tools. We used « Montana Hardcore » bombs at the time, poor quality material compared to what they have today, and with just basic « caps » on them. I do not understand how we managed with it… Since I did not master the drawing, I started using pictures to paint my characters. We painted in disused areas. We had no stencils, no spotlights… I still work with photos today, but it’s more to reassure me, as a kind of safety net… I involve a lot of technique in my Peintures because I don’t feel creative enough sometimes. So I try to be creative in the composition, in the idea behind my works.

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What are your techniques and media?

I only paint with bombs, on walls or on canvas. No stencils. If I draw something on paper, I leave it on paper. I even make my own stencils. What Molotow sells today at 28 euros price, it’s been 15 years that I paint with it, homemade. I made stencils of different sizes from corks that I got from other sprays and it allowed me to make extremely fine features, so well done that people couldn’t believe it was paint.

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That’s your rigorous side.

Yes, my military side … It took me a long time to stop 3D because I was trying, all the time, to make it more complicated than the day before, so that during the time that took me a single lettering my buddies were doing 5 of them. So, I finally stopped 3D and started « Wild ». Since then I have never redone 3D.

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Who are your inspirations?

We all have more or less our influences. I admire SHORT 79, which makes beautiful lettering entirely by hand, whereas one would swear them made on computers. It’s been 25 years that I do graffiti, but I still admire other artists. Nothing is acquired, nothing is achieved, I will never stop progressing. When I started, I saw a red and yellow self-portrait of Alex MAC and I thought « the day I get to do that, I would have reached my goal ». A few years ago, ZEYO told me « you know Dude, it’s been a long time since you achieved this goal. » Well, I am an obstinate. If someone comes to me and says « No, you will not be able to paint this » I will go on till I prove to him that I can. I never give up…

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Are you a superhero?

You know, today, if you don’t cheat on your wife, if you don’t get drunk every weekend and if you don’t hit your kids, you’ve become someone exceptional… People have forgotten a little too quickly the values ​​that make a real man. I think I’m just normal. Yesterday, I posted a picture of my children on Facebook and, behind them, RESO is Peinture a wall. Well, I can paint for 100 years and I will never make nothing greater than my children. Graffiti is just paint. We are in this world to take care of our children and our families, nothing matters more. And before being a graffiti artist, I’m a man …

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What events did you participate in before Peinture Fraiche?

In 1999, with BRUSK, DUSK and NIKODEM, we met a graffiti association from Grenoble called « Urban Force », who organized the « Month of graffiti » in Grenoble. 5 weeks of graffiti, 5 artists of different crews, one opening per week, in completely different places, each one related with the identity of the artist that came to exhibit. We integrated Urban Force and we organized the Month of graffiti with them. Later, a friend who was an architect contacted me to paint a mural for a party in a disused industrial area in Lyon. It was the wasteland of the RVI factory. After this first evening, I returned to the place alone and I did some work there, during a whole year, with my personal money. I changed the locks, I repaired the windows, the toilets, the showers… But I forbade the entrance to all graffiti artists, before I finished the work. I wanted to make it an artistic place. When I finished, I went to the City Hall to explain what I had done. The municipality came and everybody was so impressed that they gave us an occupancy right for 10 years. Then, I made the call. Graffiti artists, musicians, dressmakers, photographers, theater companies, everyone came! We welcomed 250 artists, for free, we helped them set up their workshops. I was offered 4.5 tons of paint, free, by a supplier who paid to have it destroyed… The « Meeting of Styles » managers heard about the project and they contacted us to organize the French edition of the event, In Lyon. For this event I invited the whole Old Scool scene. I reiterated the meeting for 4 years and, unintentionally, we became one of the largest graffiti gatherings in Europe. It was a beautiful sharing experience.

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Is sharing important for you?

I gave courses in youth centers, in some difficult neighborhoods around my home, and I animated graffiti initiations in all kinds of prisons: men, women, minors, adults, in Lyon and Saint Etienne. Transmission is essential to me. I don’t care if people say I’m a good painter, I want them to say that I’m a beautiful person.

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What do you think about the evolution of Street Art today?

Last year, at the « Zoo Art Show », a client who wanted to buy a canvas came to compliment me. She said to me « It’s beautiful what you do, it’s not like all those little idiots who paint shit on the streets… » But those little idiots were us. So, I told her, « you know why it’s shit? Because they paint at night, in 3 minutes, in the dark and at full speed in order not to get caught. We are the same people you talk about, who have been given time to do beautiful stuff. We renamed our discipline to be able to enter the galleries. The word « graffiti » scared people, so we called it « Street Art ». If I eat a ham in the street, between noon and 2 pm, does it become Street Food? (Laughs). I’m sorry, but I do not want to rename my alias in order to be accepted. People did not understand that we were doing this in the streets because we didn’t have no other place to create! We offered free art to people. And the “vandal” mode is above all a way of communication between us graffiti artists. I have been doing “vandal” for over 15 years, but I’ve never tagged the house of a guy who paid a heavy credit for a nice beige stucco! I did it on the highways, but I never tagged the brand new truck of a carpenter. If you want people to accept your art, annoying them will not help. If you want respect, you have to give it first. And regarding the fact that graffiti has entered the galleries, I beleive it’s a good thing. The artists who criticize this are often those who cannot enter the galleries. A great specialist in contemporary art said « do not spit too fast on graffiti artists, because you are lucky to be able to live at the same time as a future Dali or a future Picasso ». Our discipline comes from Hip Hop and from the street, but what people have to understand is that we are just painters with new brushes. The aerosol technique is the very first wall painting technique in history! In the caves, before drawing animals, men took pieces of bamboo, put their hands on the walls, put clay in their mouths, spit the clay through the bamboo. It was aeropulsed! It was graffiti!

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If I was the genie of Aladdin’s lamp and you could make a wish, which one would it be?

It’s stupid, what I’m going to tell you, but we have lots of friends who died while doing “vandal” graffiti. Every time we are painting, we can’t help thinking about them. I would just like to be able to bring them back and paint a wall with them… No prestigious names. Just simple guys I met, and some I only heard about. I was told that they had gone under a train. Painting is made to embellish life, not to punish it. It’s not normal to die because you wanted to express your passion. Who would risk to die for dancing? Who would risk his life to write a song? No one. The guys I’m talking about endangered themselves, 30 meters above the ground, hanging on bridges, just to write their names and tell everyone « Look at me, I exist ». Frankly, I do not know what tomorrow will bring. I do not have a career plan, I do not have any calculations. But I would be glad to paint a wall with all those we lost. And I think it would please a lot of artists who are here at Peinture Fraiche

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www.instagram.com/impacktoner/

https://www.facebook.com/franck.asensi

www.pandorart.com

“Peinture Fraiche” (Fresh Paint) Festival, 10 days, 70 artists, 12 countries. 3rd to 12th of May 2019, Halle Debourg, 45-47 Avenue Debourg, Lyon (Metro, Tramway, station Debourg).

 https://www.peinturefraichefestival.fr

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« Je m’en fiche qu’on dise que je suis un bon peintre, je veux qu’on dise que je suis une belle personne» : IMPACKT, le tonton du graff

Par Michel Fily, 9 mai 2019

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Street Artiste depuis plus de 25 ans, Impackt est l’un des « Papas » du Street Art en France. Enfant du pur graffiti, cet extraordinaire autodidacte a développé une technique qui lui permet d’aborder tous les sujets, du lettrage aux personnages, en passant par les fresques historiques et le trompe-l’oeil. Ce Street Artiste « pur et dur », qui défend depuis toujours l’art urbain dans son essence originelle, était au festival Peinture Fraiche à Lyon, représenté par la galerie Pandor’art. Urban Street Art Urbain l’y a rencontré.

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Bonjour Impackt, peux-tu te présenter aux lecteurs ?

Je m’appelle Franck, j’ai 49 ans, ça fait 25, 26 ans que je graffe. Je suis originaire de Saint-Priest, dans la banlieue lyonnaise, les « beaux quartiers » comme on dit (rires). J’ai commencé à peindre peu après mon retour de la Guerre du Golfe, en 1994. J’étais fusiller marin commando, envoyé au Koweït pendant la première session des combats contre Saddam Hussein. Je devais être le seul marin en treillis sur un bateau à l’époque… Avant l’armée, adolescent, j’étais déjà bon spectateur des graffitis dans la ville et j’aimais ce que je voyais. Pendant que j’étais  à la guerre, le Hip Hop a commencé à se développer en France, pour donner naissance à la musique électro.  À mon retour, les jeunes que je fréquentais avant l’armée avaient choisi l’électro et tout ce que ça implique… Moi, je ne me voyais pas être obligé de consommer des produits pour aimer une musique, alors je suis resté dans mon petit quartier à écouter NTM, IAM et Assassin sur mon Walkman. Et dès qu’il y avait un concert, j’y allais. C’était les débuts des fanzines et, sur ceux qui parlaient de la culture Hip Hop, il y avait toujours un feuillet en fin de magazine avec 3 ou  4 pages de graffs. J’étais très impressionné de voir ce que certains étaient capables de faire avec des sprays.

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Tu dessinais un peu, lorsque tu étais plus jeune ?

On ne peut pas dire que je dessinais étant enfant.  Je gribouillais, plutôt. Puis, au collège, j’ai commencé à dessiner souvent, mais par obligation, parce que j’étais tout le temps puni… J’habitais au 7e étage d’un immeuble. Je ne pouvais pas m’évader par la fenêtre. Mon père me punissait, fermait la porte à clef, enlevait le câble d’antenne de la télé et me donnait des pages doubles de divisions et de multiplications à faire. Quand j’avais fini, je n’avais rien d’autre à faire que gratter du papier… Je faisais des trucs abstraits, je n’avais même pas la prétention de dire que c’était du dessin. Mais j’aimais ça. Sans avoir aucune compétence ni aucune formation en dessin.

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Comment as-tu commencé à graffer ?

Dès que je voyais un terrain où il y avait du graffiti, j’y revenais le week-end pour voir les autres travailler et progressivement ils m’ont proposé d’essayer. Je leur ai dit que je ne savais pas dessiner et ils m’ont répondu « si tu sais écrire ton nom, tu sais graffer, ce n’est pas plus compliqué que ça ». C’est ma rencontre avec BRUSK qui a été le déclencheur. Il m’a dit « au bout de 6 mois, on va vite voir si c’est une passion ou une passade ». On a peint ensemble pendant 16 ans. Il n’y avait jamais lui sans moi, jamais moi sans lui. Pourtant, il avait fait les Beaux Arts, obtenu diplômes et post-diplômes… D’autres artistes avaient renoncé à peindre avec lui parce qu’il était trop talentueux. Moi, je me suis dit « il n’y a pas de raison que lui y arrive et pas moi ». Et j’ai persévéré, malgré mon inexpérience et face à des jeunes qui avaient tous entre 15 et 17 ans alors que j’en avais déjà 24 quand j’ai débuté. Je travaillais toute la semaine et le week-end j’achetais des bombes et j’allais faire des murs. Et 25 ans après, c’est toujours une passion. C’est même un virus, j’ai envie de te dire. Je ne fais plus de « vandales », parce que j’ai des enfants, mais j’y pense toujours, chaque fois que je suis sur l’autoroute ou que je vois un « spot ». Tu vois, je regarde les murs au lieu de regarder la route (rires).

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Le choix de ton « blaze » a une histoire particulière…

En effet. Le mot « impact » me plaisait vraiment. C’est un terme qui me définit bien, parce que je suis impulsif. Je suis ce qu’on appelle un « gentil », mais quand j’ai un truc à dire, je le dis. Ce mot caractérise aussi assez bien ma peinture. Mais à l’époque, il y avait déjà un gars qui faisait partie du collectif CP5 (un « crew » très célèbre), qui portait ce nom et qui était décédé. Alors, j’ai fait la démarche d’appeler les membres du collectif à Paris, je leur ai expliqué ma situation et j’ai demandé si je pouvais choisir ce blaze. Ils ont accepté parce que j’avais été respectueux. Le milieu du graffiti est un milieu très codifié, avec ses propres règles. Dès le départ, je me suis intéressé à l’histoire de ce mouvement et à ses codes de conduite. Je me suis éduqué à ces codes et je n’y ai jamais dérogé. Aujourd’hui, mon nom d’artiste me caractérise parfaitement. Tout le monde me dit tout le temps « à chaque fois que tu fais une peinture, on dirait que c’est toi que tu peins ». L’année dernière, pour le Zoo Art Show, j’ai fait un ours en train de mettre un grand coup de patte dans l’air. On m’a dit « ah, c’est tout toi ça. Le côté doux du poil, mais la bonne gifle qui part quand même » (rires).

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Est-ce que tu as eu du mal à croire en ton talent ?

Dès que j’ai commencé à peindre, j’ai su que j’avais trouvé ma voie. Ce n’est pas tant que j’avais quelque chose à démontrer aux autres. C’était surtout à moi-même que je voulais prouver des choses. Je voulais y arriver. Moi, je suis un ouvrier du bâtiment, c’est ce que j’ai appris à l’école. Et je pense que mon apprentissage de la rigueur et du sérieux professionnel a été un outil de poids dans mon apprentissage du graffiti et de la peinture. Lorsqu’on devait se retrouver le week-end pour peindre de grandes fresques, c’est moi qui appelais les autres graffeurs pour leur rappeler les rendez-vous, pour leur dire quelles couleurs prendre… Et cette rigueur a été utile à tous et nous a servi à nous dépasser à chaque nouveau projet. Au bout de deux années, je suis devenu le premier graffeur lyonnais invité à des « Jams », à Lyon et ailleurs en France. Je pense que c’est aussi dû au fait que je parle beaucoup et facilement avec les gens. Je n’ai pas d’apriori vis-à-vis du public, je peux discuter aussi facilement avec un jeune de 14 ans ou une personne âgée. J’ai initié beaucoup de contacts comme ça et dès le premier Jam, j’ai rencontré toute la scène « Old School » : RESO, DER, l’équipe des 3HC, SHOCK, WELS de Nantes, MISS VAN de Toulouse, TILT, toute la TRUSKOOL, ABEL(313), SEEK(313) de Marseille, enfin tous ceux qui étaient connus quand moi je débutais. On est devenus amis, parce que je suis quelqu’un de bienveillant et je prends soin des gens que j’aime. Tu vois, quand on ne se souvient pas de mon prénom on m’appelle « le gentil ». Après, je suis comme ça avec tout le monde, que ce soit dans le graffiti ou pas… De fil en aiguille, j’ai participé à beaucoup d’évènements de graffiti. Je découvrais un milieu extraordinaire, où je pouvais m’épanouir artistiquement et en plus me retrouver pendant plusieurs jours, parfois plusieurs semaines, à réaliser des œuvres avec des dizaines d’artistes que je n’avais jamais rencontrés et qui devenaient mes amis. Un truc vraiment humain, quoi.

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Ce n’est plus toujours le cas, dans les festivals aujourd’hui…

Oui. Il faut savoir qui on invite. Faire venir des stars, c’est bien, mais si c’est pour qu’ils ne parlent à personne et qu’ils exigent des assistants pour mettre leurs coups de rouleaux… Je n’ai pas ce genre d’exigence. Je ne sauve pas de vies humaines, je ne suis pas chirurgien cardiologue. On est juste des peintres, on n’a pas à exploiter des bénévoles. J’étale de la peinture sur les murs parce que j’aime ça, je le fais d’abord pour moi. Si ça plait aux gens, tant mieux. Si on me donne de l’argent, c’est la cerise sur le gâteau. Mais je ne réclame aucun privilège. Je continue jusqu’à aujourd’hui de travailler sur des chantiers.

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À partir de quand es-tu passé du graffiti aux personnages ?

À partir du moment où BRUSK en a eu marre de dessiner des « persos » pour tout le monde (rires). Au début, il aimait bien ça parce que j’avais de belles idées de compositions. Et puis, un jour, il m’a dit « mon gars, je t’aime bien, mais si tu veux un perso, tu vas le faire toi-même ». Sur le moment je n’étais pas content du tout, mais je sais aujourd’hui qu’il m’a rendu un grand service ce jour-là. Parce qu’il m’a obligé à aller au-delà de ce que je savais faire. J’ai peint mon premier personnage à la friche RVI à Lyon, en 2000. À l’époque je ne faisais que de la 3D en lettrage, parce que je trouvais le « Wildstyle » trop difficile. J’apprenais à maitriser l’outil. On utilisait des bombes « Montana Hardcore », de la très mauvaise qualité par rapport à celles d’aujourd’hui, avec des « caps » basiques dessus. Je ne comprends pas comment on faisait pour peindre avec… Comme je ne maitrisais pas le dessin, j’ai commencé par utiliser des supports photo pour peindre mes personnages. On peignait dans des zones désaffectées, on n’avait ni cartons, ni pochoirs, ni projecteurs. Je travaille d’ailleurs toujours avec des photos aujourd’hui, mais c’est plus pour me rassurer, comme une sorte de filet de sécurité… J’investis beaucoup de technique dans ma peinture, parce que je n’ai pas le sentiment d’être créatif. Alors j’essaie d’être créatif dans la composition, dans l’idée qu’il y a derrière mes œuvres.

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Quels sont tes techniques et tes supports ?

Je ne peins qu’à la bombe, sur murs ou sur toiles. Pas de pochoirs. Si je dessine quelque chose sur du papier, je le laisse sur le papier. Je pousse la technique jusqu’à réaliser mes propres stencils. Ce que Molotow vend aujourd’hui à 28 euros, moi ça fait 15 ans que je peins avec. Je fabrique mes stencils de différentes tailles, à partir de bouchons que je récupère sur d’autres bombes et qui me permettent de faire des traits aussi fins que du critérium, tellement fins que les gens n’arrivent pas à croire que c’est entièrement fait à la bombe.

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Ça, c’est ton côté rigoureux.

Oui, mon côté militaire… J’ai mis pas mal de temps à arrêter la 3D, parce que j’essayais tout le temps de faire plus compliqué que la veille, ce qui fait que pendant le temps que me prenait  un seul lettrage, mes potes en faisaient 5. Alors, je me suis mis au « Wild », et depuis je n’ai plus jamais refait de 3D.

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Quelles sont tes inspirations ?

On a tous plus ou moins nos influences. J’admire SHORT 79 qui fait des lettrages magnifiques entièrement à la main, alors qu’on les jurerait faits sur ordinateurs. J’ai 25 ans de métier, mais je continue d’admirer des artistes. Rien n’est acquis, rien n’est abouti, je ne m’arrêterais jamais de progresser. Quand je débutais, j’avais vu un autoportrait rouge et jaune de Alex, des MAC, et je m’étais dit « le jour où j’arrive à faire ça, j’aurais atteint mon but ». Il y quelques années, ZEYO m’a dit « tu sais tonton, ton but, ça fait longtemps que tu l’as dépassé ». Je suis un obstiné. Si quelqu’un vient me dire « non, ça, tu n’arriveras pas à le peindre », je vais m’acharner jusqu’à ce que je lui prouve que c’est possible. Je n’abandonne jamais…

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Tu es un super héros ?

Tu sais aujourd’hui, si tu ne trompes pas ta femme, si tu ne te bourres pas la gueule tous les weekends et si tu ne frappes pas tes gosses, tu es devenu quelqu’un d’exceptionnel… Les gens ont un peu trop vite oublié les valeurs qui font un homme. Moi je trouve que je suis juste normal. Hier, j’ai posté une photo de mes enfants sur Facebook et derrière eux sur la photo il y a RESO qui peint un mur. Eh bien, je peux peindre encore pendant 100 ans, je ne ferais jamais deux plus belles pièces que mes enfants. Le graffiti ce n’est que de la peinture. On n’est là pour nous occuper de nos enfants de notre famille, il n’y a rien d’autre qui compte dans la vie. Le reste, c’est du gras. Et avant d’être un graffeur, je suis un bonhomme…

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Quels sont les évènements auxquels tu as participé avant Peinture Fraiche ?

En 1999, avec BRUSK et DUSK  et NIKODEM, on a rencontré une association de graffeurs de Grenoble qui s’appelait « Force Urbaine » et qui organisait le « Mois du graffiti » à Grenoble. 5 semaines de graff, 5 artistes de collectifs différents, un vernissage par semaine, dans des lieux complètement différents, chacun à l’identité du peindre qui venait exposer. On a intégré Force Urbaine et organisé le « Mois du graffiti » avec eux. Plus tard, une amie architecte m’a contacté pour peindre une fresque pour une soirée dans une friche industrielle désaffectée à Lyon. C’était la friche de l’usine RVI. Après la soirée, je suis revenu dans cette friche et j’y ai fait des travaux, pendant un an, sur mes fonds personnels. J’ai changé les serrures, j’ai réparé les fenêtres, les toilettes, les douches, mis un cumulus, mais j’ai interdit à tous les graffeurs d’y rentrer avant d’avoir atteint l’objectif. Je voulais en faire une friche artistique. Quand j’ai eu fini les travaux, je suis allé faire une déclaration en Mairie. La municipalité est venue et a été tellement impressionnée qu’elle nous a donné un droit d’occupation pendant 10 ans. Alors, seulement, j’ai fait un appel. Graffeurs, musiciens, couturiers, photographes, compagnies de théâtre, tout le monde est venu ! On a accueilli 250 artistes, gratuitement, on les a aidés à monter leurs ateliers. Je me suis fait offrir 4.5 tonnes de peinture, gratuite, par un fournisseur qui payait pour la faire détruire… Les responsables du « Meeting of Styles » ont entendu parler du projet et ils nous ont contactés pour organiser l’étape française de l’évènement à Lyon. Pour la première édition, j’ai invité toute la scène Old Scool. J’ai réitéré le Meeting pendant 4 ans et, sans le vouloir, on est devenus l’un des plus grands rassemblements de graffiti en Europe. C’était une belle expérience de partage.

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C’est important pour toi ?

J’ai donné des cours dans les MJC, dans les quartiers difficiles autour de chez moi, et j’ai animé des initiations au graffiti dans toutes les prisons : hommes, femmes, mineurs, majeurs, Mont Luc, Saint Paul, Saint Jo, La Thalaudiere et Saint Étienne. La transmission, c’est essentiel pour moi. Je m’en fiche qu’on dit que je suis un bon peintre, je veux qu’on dise que je suis une belle personne.

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Qu’est ce que tu penses de l’évolution du Street Art aujourd’hui ?

Tu vois, l’année dernière, à « Zoo Art Show » une cliente qui voulait acheter une peinture est venue me voir pour me faire des éloges. Elle m’a dit  « c’est beau ce que vous faites, ce n’est pas comme tous ces petits cons qui font de la merde dans la rue… ». Mais ce petit con, c’était moi. Alors, je lui ai dit « vous savez pourquoi c’est de la merde ? Parce qu’ils font ça la nuit en 3 minutes, dans le noir et à toute vitesse pour ne pas se faire attraper. Nous sommes ces mêmes personnes dont vous parlez, à qui on a laissé le temps de faire du beau ». On a rebaptisé notre discipline pour pouvoir nous faire entrer dans les galeries. Le mot « graffiti », ça  fait peur aux gens, alors on l’a appelé « Street Art ». Si je mange un jambon beurre dans la rue, entre midi et deux, ça devient du Street Food ? (rires). Je suis désolé, mais je n’ai pas besoin de rebaptiser mon blaze pour qu’on m’accepte. Les gens n’ont pas compris qu’on faisait ça dans la rue parce qu’on n’avait pas d’autre support pour créer ! Nous, on a offert de la peinture gratuite aux gens. Et le mode vandale, c’est surtout une façon de communiquer entre graffeurs. J’ai fait du vandale pendant plus de 15 ans, je n’ai jamais tagué la maison d’un type qui a payé un crédit pour avoir un joli crépi beige ! J’ai fait de l’autoroute, mais je n’ai jamais tagué le camion d’un menuisier. Si tu veux que les gens acceptent ton art, ce n’est pas en allant les ennuyer que tu vas les persuader. Si tu veux du respect, il faut que tu en donnes. Quant au fait que le graffiti soit entré dans les galeries, je trouve que c’est une bonne chose. Les artistes qui critiquent cela sont souvent ceux qui n’arrivent pas à en vivre. Un grand spécialiste de l’art contemporain a dit « ne crachez pas trop vite sur les graffeurs, parce que vous avez la chance de pouvoir vivre à la même époque qu’un futur Dali ou qu’un futur Picasso ». Notre discipline vient du Hip Hop et de la rue, mais ce que les gens doivent comprendre, c’est que nous sommes juste des peintres, avec de nouveaux pinceaux. La technique de l’aérosol, c’est la toute première technique de peinture murale de l’histoire ! Dans les grottes, avant de dessiner des animaux, les hommes ont pris des morceaux de bambou, posé leurs mains sur les murs, mis de l’argile dans leurs bouches, craché l’argile à travers le bambou. C’était aéropulsé ! C’était du pochoir !

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Si j’étais le génie de la lampe d’Aladin et que tu pouvais exhausser un vœu, lequel serait-il ?

C’est con, ce que je vais te dire, mais on a plein de potes qui sont morts en peignant. Des gens à qui on ne peut pas ne pas penser dès qu’on peint. J’aimerai juste pouvoir les faire revenir et faire une peinture avec eux… Pas de noms prestigieux. Des mecs que j’ai croisés, et un autre dont j’ai seulement entendu parler. Dont on m’a dit qu’il était passé sous un train. La peinture, elle est faite pour embellir la vie, pas pour la sanctionner. Ce n’est pas normal de mourir parce qu’on a voulu vivre sa passion. Qui donc irait mourir pour faire de la danse ? Qui donc irait mourir pour écrire une chanson ? Personne. Ceux dont je parle sont allés se mettre en danger a 30 mètres du sol, suspendus à un pont, juste pour écrire leur nom et dire à tout le monde «j’existe ». Franchement, je ne sais pas de quoi sera fait demain. Je n’ai pas de projet de carrière, je n’ai pas de calculs. Mais j’aimerai bien refaire un mur avec tous ceux qu’on a perdus. Et je pense que ça plairait aussi à pas mal d’artistes qui sont ici à Peinture Fraiche

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Festival Peinture Fraiche, 10 jours, 70 artistes, 12 pays. Du 3 au 12 mai 2019, à la Halle Debourg, 45-47 Avenue Debourg, 69007 Lyon (Métro,Tramway, arrêt Debourg).

 https://www.peinturefraichefestival.fr

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My art is my signature »: the Geek mosaics of IN THE WOUP

By Michel Fily, May 5th 2019

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Street Artist for over 10 years, IN THE WOUP has always been inspired in his work by the Geek universe and its infinite wealth. As a child, he quenched his thirst for imagination with literature, cinema, mangas and board games … Mosaicist,  he practices Pixel Street Art, working in France, but also in Mexico, New York, Canada, Spain, Italy, Kazakhstan, Kyrgyzstan, and even the Himalayas! Urban Street Art Urbain met him at the Peinture Fraiche Street Art festival in Lyon.

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Hello, can you introduce yourself to the readers?

My name is IN THE WOUP, I’ve been doing street art for fifteen years, I started stenciling before learning mosaic and Pixel Art, which are my favorite discipline today. I played a lot in my youth on the Nintendo and the super Nintendo that totally permeated my art. I like everything that’s very colorful. I make Paper Art, collages, illustrations, balloons, stencils and mainly mosaic. I have not studied art, but I have been drawing since I was very young. I have always loved plastic art. I like working with my hands and that has naturally translated into the choice to become a mosaicist. My discipline is a slow and laborious process.

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Sometimes I envy graffiti artists who spray directly on the walls, because of the direct aspect of their art, while my work requires a lot of preparation time, hours or even days if we take into account the drying time. I buy my tiles, I underlay them with a special tiling paint, then I prepare my creation upstream to the drawing, to define the number of tiles I need per color. Then I color them, one by one, before assembling them and sticking them on a net with a special glue. Finally I stick the work with cement, a special mixture of powder and water that I prepare myself. It is a very pleasant process, but sometimes a little frustrating, because the pose itself lasts between 30 seconds and 2 minutes, whereas a whole work preceded it … My studiop is in Lyon, on the slopes of the “Croix Rousse” area. It is a shared studio, with other artists who practice different disciplines: stained glass, leather, etc. It is very rewarding to confront myself with their creations, it stimulates my ideas, I have many of them that I try to implement gradually.

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I do not sign my works. I never give my name and I show my face as little as possible. My art is my signature. I want people to be interested only in my creations. IN THE WOUP comes from the name of a folder I had on my computer, where I stored all the pictures of my work. The folder was called “WOUP” and all my art was in it, so I chose IN THE WOUP for alias. Over time, this name has made sense for me, it represents my universe and its evolution.

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Have you tried other media than the walls?

I published a book a year ago, called « Once Upon a Geek ». It’s a little nod to « once upon a time », because I love stories. It is a work between the world of science fiction and fantasy, illustrated with small black and white drawings, with many nods to the Geek universe, but also to literature, comics, mangas…

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What are your inspirations?

The world of video games, especially Super Mario World Z and other « crossovers » by Mario Bross. I think I made more than 140 tiled Marios, until today, each time characterized by a different universe.

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What formats do you work on?

I usually use 2.5 cm square tiles. For Peinture Fraiche, I did a big work, for which I used tiles of 5 by 5. But as I’m not a millionaire and everything comes from my pocket, I can’t aim greater for now… And also, the Street Art being always illegal in France, the principle is that to linger as little as possible on a spot. So, I disguise myself with a constructor vest and a hard site helmet and I prefer small formats that I can stick quickly. I am rather lucky, so far, because my works are not destroyed. On the contrary, people clean around so they stay visible…

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Do you prepare your Pixel Art on software?

I am pretty unskilled in this area. A friend made a computerized grid for me, that I fill in with “Paint” and it is very laborious. I spend hours doing color tests, the result is not always very « clean » and I use the help of people who master these tools better than me. Initially, I drew on sheets with small squares before scanning them. It’s only been 2 or 3 years that I’m working with “Paint”. I would like to learn how to use “Illustrator”, but I have not started yet … The tools I use are not necessarily the simplest, but they are the ones I master best.

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For Paper Art, I do manual cutting with a scalpel. My collages are based on visuals that I find on the Internet. I contextualize them to pretend that fantastic characters came to visit our world. I also practiced Street Flaking (artistically repairing the defects of the streets: cracks, potholes, etc.), like Ememem and Samsofy who works with Legos and Playmobil. I stuck on bus shelters, I have the project to customize lamps … I am open to everything.

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What are your influences ?

Mainly, the Geek universe, the Nintendo, but also literature, cinema, animated films and Heroic Fantasy… I read a lot of Franco-Belgian comics and mangas. I like board games, they enrich my logical mind and give me a lot of good ideas. I even created two board games! The idea of the first one is to survive and to explore new worlds. The other one is called Geek Master, it’s a Geek version of “Burger Quiz”. I do not only deal with the graphic part, I create the whole game systems, the rules, the number of players… Among the artists who inspire me, I must quote Invader, the « boss » of my discipline. I would really like to meet him someday.

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Mosaic Street Art is a discipline still little known by the public…

Invader opened the way. Today, we are quite numerous in the world, each with its own technique. And our art is more and more easily accepted and appreciated, because it is more affordable for people and its appearance is less aggressive to them. Someone told me recently that, according to him, it is because of the « square » character of this discipline. It is well defined, the contours are clear, it reassures people. Children with their parents, the elderly, everyone stops easily to take pictures. My works convey a very colorful universe. And then, everyone knows Mario, it brings back passers-by to their childhood. It makes them smile and gives them joy.

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What reaction do you expect from people who see your works in the street?

My message is a positive one. I do that because I like it and I want to please people. If I succeed in giving them happiness, I won my bet. One day, I passed by a Mario I had stuck on a wall the day before and a little old woman stopped in front and said « Oh, it’s Mickey Mouse! (Laughs). She did not recognize the character, but it did not matter, because she was happy. I have never had a negative feedback on what I create. Sometimes, it is the children who explain the characters to their parents, because they know them better…

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Do you consider yourself as a Street Artist?

Yes, of course, although I do not think too much about these things. It’s always weird to say « I’m an artist ». But if an artist is someone who creates things, then yes, I am completely an artist. I have already done a dozen exhibitions since I started. Peinture Fraiche is not the first festival I participate in, but it’s clearly the biggest one. The invitation of Cart1 delighted me and it is a great pride for me to be among the big names that participate in this festival. To this day, I do not yet make a living out of my art and it costs me more than what I earn, because the materials are so expensive… The prices of my works in the galleries are still low but I hope someday I can work only in my art. I have several ways to make it evolve towards something better. When I exhibit, I build everything from A to Z: the mosaics, of course, but also the wooden frames, the hooks… I would like to try to make detoured works, so that the support follows their contours, to make larger formats, which are very visual. I sell prints, Paper Art, but also objects decorated at low prices, because everyone can not afford to pay big money and I want everyone to leave with a little piece of my art. Even if I earn almost nothing. In the past I was pretty savage, like some other Street Artists, who do not want to be present during festivals. Today, I am happy to be able to interact with the public and with other creators.

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What are your dreams ?

I would like to receive a letter of convocation from Hogwarts to enter the first year of the school of witchcraft; I tried to apply, but I have not received any response so far (laughs). Seriously, I just became a dad, it’s a wonderful event that happened to me. And a lot of good things accompanied it. I will perhaps sign soon to do a big wall for a company in Lyon, a huge Mario… I would like to travel in Asia, North America, Japan (I am very interested in the history of this country).

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If I were the genie of Aladdin’s lamp and you could raise three vows, which would they be?

I’ve been waiting for this question for all my life! My first wish would be to be able to speak all languages, that of plants, of all men and all animals. My second wish would be to be able to clean the whole Earth from the pollution that destroys it. And also bad guys, if it’s not asking too much (laughs). Finally, my last wish would be to be able to possess at will the powers of all the heroes I love, just by thinking of them. Seriously, like all Street Artists, I’d love to be able to create anywhere in the world, starting with New York, then Tokyo in the iconic neighborhood of the video games.

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Is there a question that I did not ask you and that you would like to answer?

I’m thinking about the concept of transmission. When young people contact me on Messenger for me to explain my techniques to them, I do it gladly. I believe in sharing information and I see this as my contribution to the future generation of Street Artists. In my youth, I was a children animator and I taught them how to make stencils. Several years later, I learned that one of them became a high-level stencil artist. I am happy to have lit the spark in him. I like the fraternal side of the urban art. We are a family.

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www.inthewoup.com

www.instagram.com/inthewoup/

www.facebook.com/In-the-Woup-713557535426431/?fref=ts

“Peinture Fraiche” (Fresh Paint) Festival, 10 days, 70 artists, 12 countries. 3rd to 12th of May 2019, Halle Debourg, 45-47 Avenue Debourg, Lyon (Metro, Tramway, station Debourg).

 https://www.peinturefraichefestival.fr

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« Mon art, c’est ma signature» : les mosaïques Geek d’IN THE WOUP

Par Michel Fily, 7 mai 2019

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Street Artiste depuis plus de 10 ans, IN THE WOUP a toujours été inspiré dans son travail par l’univers Geek et son infinie richesse. Élevé à la NES et au Club Dorothée, il a étanché sa soif d’imaginaire avec la littérature, le cinéma, les mangas, les boardgames… Ce mosaïste adepte du Pixel Street Art a œuvré en France, mais aussi au Mexique, à New York, au Canada, au Mexique, en Espagne, en Italie, au Kazakhstan, au Kirghizistan, et jusque dans l’Himalaya ! Urban Street Art Urbain l’a rencontré au festival Peinture Fraiche à Lyon.

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Bonjour, peux-tu te présenter aux lecteurs ?

Je m’appelle IN THE WOUP, je fais du Street Art depuis quinze ans, j’ai débuté au pochoir avant de m’initier à la mosaïque et au Pixel Art, qui est ma discipline de prédilection aujourd’hui. J’ai beaucoup joué dans ma jeunesse sur la Nintendo et sur la super Nintendo qui ont totalement imprégné mon art. J’aime tout ce qui est très coloré. Je fais du Paper Art, des collages,  des illustrations, des ballons, du pochoir et principalement de la mosaïque. Je n’ai pas fait d’études d’art, mais je dessine depuis que je suis tout petit. J’ai toujours adoré l’art plastique. J’aime travailler de mes mains et ça s’est naturellement traduit par le choix de devenir mosaïste. C’est un processus lent et laborieux.

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Parfois j’envie les graffeurs qui bombent directement sur les murs pour le côté direct de leur art, alors que mon travail demande un de temps de préparation conséquent, des heures voire des jours, si on prend en compte le temps de séchage. J’achète mes carreaux, je les sous-couches avec une peinture spéciale carrelage, ensuite je prépare ma création en amont au dessin, pour définir le nombre de carreaux dont j’ai besoin par couleur. Puis je les colore, un par un, avant de les assembler et de les coller sur un filet avec une colle spéciale. Enfin je colle l’oeuvre au ciment, un mélange spécial de poudre et d’eau que je prépare moi-même. C’est un processus très agréable, mais parfois un peu frustrant, parce que la pose elle-même dure entre 30 secondes et 2 minutes, alors que tout un travail l’a précédé… Mon atelier est à Lyon, sur les pentes de la Croix Rousse. C’est un atelier partagé avec d’autres artistes qui pratiquent différentes disciplines : vitraux, cuir, etc. C’est très enrichissant de me confronter à leurs créations, ça stimule mes idées, j’en ai beaucoup que j’essaie de mettre en œuvre progressivement.

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Je ne signe pas mes travaux. Je ne donne jamais mon nom et montre le moins possible mon visage. Mon art est ma signature. Je veux que les gens s’intéressent seulement à mes créations. IN THE WOUP vient du nom du dossier que j’avais créé sur mon ordinateur et où je stockais toutes les photos de mes travaux. Le dossier s’appelait WOUP et tout mon art était dedans, donc j’ai choisi IN THE WOUP pour alias. Avec le temps, ce nom a pris du sens pour moi, il représente mon univers et son évolution.

10C.JPGAs-tu expérimenté d’autres supports que les murs?

Oui, j’ai publié un livre, il y a un an, que s’intitule « Once Upon a Geek ». C’est un petit clin d’œil à « once upon a time » (il était une fois), parce que j’adore les histoires. C’est un ouvrage entre l’univers de la science-fiction et de la Fantasy, illustré de petits dessins noir et blanc, avec plein de clins d’œil à l’univers Geek, mais aussi à la littérature, la BD, les mangas…

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Quelles sont tes inspirations ?

L’univers des jeux vidéo, en particulier Super Mario World Z et d’autres « crossovers » de Mario Bross. Je crois que j’ai fait plus de 140 Marios en mosaïque, jusqu’à aujourd’hui, à chaque fois caractérisés par un univers différent.

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Sur quels formats travailles-tu ?

J’utilise généralement des carreaux de 2.5 cm de côté. Pour Peinture Fraiche, j’ai fait une grande œuvre pour laquelle j’ai utilisé des carreaux de 5 par 5. Mais comme je ne suis pas millionnaire et que tout vient de ma poche, je ne peux pas pour l’instant viser plus grand… Et puis, le Street Art étant toujours illégal en France, le principe est celui de s’attarder le moins longtemps possible sur un spot. Donc, je me déguise avec un gilet et un casque de chantier et je privilégie plutôt des petits formats que je peux poser rapidement. Je suis plutôt chanceux, jusqu’à présent, parce que mes œuvres ne sont pas détruites. Au contraire, les gens nettoient autour pour qu’on les voie mieux…

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Prépares-tu ton Pixel Art sur logiciel ?

Je suis assez médiocre dans ce domaine. Un ami m’a fabriqué une grille informatisée que je remplis sur le logiciel Paint et c’est très laborieux. Je passe des heures à faire des tests de couleurs, le résultat n’est pas toujours très « propre » et je m’aide de personnes qui maitrisent ces outils mieux que moi. Au départ, je dessinais sur des feuilles à petits carreaux avant de les scanner. Ça ne fait que 2 ou 3 ans que je travaille sur Paint. Je voudrais apprendre à utiliser Illustrator, mais je ne suis pas encore lancé… Les outils dont je me sers ne sont pas forcément les plus simples, mais ce sont ceux que je maitrise le mieux.

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Pour le Paper Art, c’est de la découpe manuelle au scalpel. Mes collages sont basés sur des visuels que je récupère sur Internet. Je les contextualise pour faire comme si des personnages fantastiques venaient visiter notre monde. J’ai aussi pratiqué un peu le Street Flaking (le fait de réparer artistiquement les défauts du bitume : fissures, nids de poule, etc.) comme Ememem et Samsofy, qui œuvre avec des Légos. J’ai collé sur des abribus, j’ai le projet de customiser des lampes… Je suis ouvert à tout.

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Quelles sont tes influences ?

Principalement, l’univers Geek, la Nintendo, mais aussi la littérature, le cinéma, les films d’animation et l’Heroic Fantasy… Je lis beaucoup de BD franco-belges, des mangas. J’aime les jeux de société qui enrichissent mon esprit logique et me donnent beaucoup de bonnes idées. J’en ai même créé deux! Un genre de Mille Bornes ou l’idée est de survivre et d’explorer de nouveaux mondes, puis un autre, que j’ai appelé Geek Master, un genre de Burger Quizz version Geek. Je ne m’occupe pas uniquement de la partie graphique, je crée tout le système de jeu, les règles, le nombre de joueurs…  Parmi les artistes, je vais forcément citer Invader, le « taulier » de ma discipline, que j’adorerais rencontrer un jour.

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Le Mosaic Street Art est une discipline encore peu connue du public…

Invader a ouvert la voie. Aujourd’hui, nous sommes assez nombreux dans le monde, avec chacun sa propre technique. Et notre art est de plus en plus facilement accepté et apprécié parce qu’il est plus abordable pour les gens et que son aspect est moins agressif à leurs yeux. Quelqu’un m’a dit il y a peu que, selon lui, c’est à cause du caractère « carré » de cette discipline. C’est bien délimité, les contours sont nets, ça rassure les gens. Les enfants avec leurs parents, les personnes âgées, tous s’arrêtent facilement pour prendre des photos. Mes œuvres véhiculent un univers très coloré. Et puis, tout le monde connait Mario, ça ramène les passants à leur enfance. Ça les fait sourire et leur apporte un peu de plaisir.

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Quelle réaction attends-tu des personnes qui rencontrent tes œuvres dans la rue ?

Ce qui est important, c’est que le message est positif. Je fais ça parce que j’aime ça et je veux faire plaisir aux gens. Si je réussis à leur donner du bonheur, j’ai gagné mon pari. Un jour, je passais près d’un Mario que j’avais posé la veille et une petite vieille s’est arrêtée devant et à dit : « Oh, c’est Spirou ! » (rires). Elle n’avait pas reconnu mon personnage, mais ça n’avait aucune importance, parce qu’elle était contente. Je n’ai jamais eu de retour négatif sur ce que je crée. Parfois, ce sont les enfants qui expliquent les personnages à leurs parents, parce qu’ils les connaissent mieux…

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Est-ce que tu te considères comme un Street Artiste ?

Oui, bien sûr, bien que je ne réfléchisse pas trop à ces choses. C’est toujours bizarre de se dire « je suis un artiste ». Mais si un artiste c’est quelqu’un qui créé des choses, alors oui, complètement. J’ai déjà fait une dizaine d’expositions depuis de que j’ai commencé. Peinture Fraiche n’est pas le premier festival auquel je participe, mais c’est clairement le plus gros. L’invitation de Cart1 m’a enchanté et c’est une grande fierté pour moi de figurer parmi tous les grands noms qui participent à ce festival. Au jour d’aujourd’hui, je ne vis pas encore de mon art, qui me coute plus cher que ce que j’en gagne, parce que mes matériaux coutent cher. Les prix en galerie sont encore bas, mais j’espère un jour pouvoir vivre de mes créations. J’ai plusieurs pistes pour le faire évoluer vers quelque chose d’encore plus abouti. Lorsque j’expose, je construis tout de A à Z : les mosaïques, bien sûr, mais aussi les cadres en bois, les accroches… Je voudrais essayer de fabriquer des œuvres détourées, pour que le support suive leurs contours. Faire des plus grands formats, qui soient très visuels. Je vends aussi des impressions, du Paper Art, mais aussi des objets décorés à des prix abordables, parce que tout le monde n’a pas les moyens de payer de grosses sommes et que je tiens à ce que tous puisse repartir avec un petit bout de mon art. Même si je n’y gagne presque rien. Par le passé j’étais assez sauvage, comme certains Street Artistes qui ne veulent pas être présents pendant les festivals. Aujourd’hui, je suis heureux de pouvoir échanger avec le public et avec les autres créateurs.

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Où en es-tu de tes rêves ?

J’aimerais bien recevoir une lettre de convocation de Poudlard pour entrer en première année à l’école de sorcellerie ; j’ai essayé de postuler, mais je n’ai reçu aucune réponse jusqu’à présent (rires). Non, sérieusement, je viens d’être papa, c’est un évènement merveilleux qui vient de m’arriver. Et beaucoup de bonnes choses l’ont accompagné. Je vais peut-être signer pour faire une grande façade pour une entreprise lyonnaise, un Mario immense qui envoie du lourd… J’aimerais bien voyager, en Asie, en Amérique du Nord, au Japon (je m’intéresse beaucoup à l’histoire de ce pays).

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Si j’étais le génie de la lampe d’Aladin et que tu pouvais exhausser trois vœux, lesquels seraient-ils ?

Ça fait des années que j’attends cette question ! Mon premier vœu serait de pouvoir parler tous les langages, celui des plantes, ceux de tous les hommes et de tous les animaux. Mon second vœu serait d’être capable de nettoyer toute la Terre, de la pollution qui la détruit. Et aussi des méchants, si ce n’est pas trop demander (rires). Enfin, mon dernier vœu serait de pouvoir posséder à volonté les pouvoirs de tous les héros que j’aime, juste en pensant à eux. Plus sérieusement, J’aimerais, comme tous les Street Artistes, pouvoir créer partout dans le monde, en commençant par New York, puis Tokyo, dans le quartier des jeux vidéo, si emblématique.

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Y a-t-il une question que je n’ai pas posée et à laquelle tu aimerais répondre ?

Je voudrais juste parler de la notion de transmission. Lorsque des jeunes me contactent sur Messenger pour que je leur explique mes techniques, je suis ravi. Je suis pour le partage de l’information et je vois cela comme ma contribution à faire une nouvelle génération de Street Artistes. Dans ma jeunesse, j’étais animateur pour enfants et je leur ai appris à faire des pochoirs. Plusieurs années plus tard, j’ai appris que l’un d’entre eux était devenu pochoiriste de haut niveau. Je suis heureux d’avoir allumé cette petite étincelle en lui. J’aime le côté fraternel du milieu urbain, nous sommes une famille.

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Festival Peinture Fraiche, 10 jours, 70 artistes, 12 pays. Du 3 au 12 mai 2019, à la Halle Debourg, 45-47 Avenue Debourg, 69007 Lyon (Métro,Tramway, arrêt Debourg).

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« Street Art is a dam snub to the history of art »: Cart1, artistic director of the Festival Peinture Fraiche

By Michel Fily, May 4th 2019

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He is one of the oldest representatives of urban art in Lyon and in France. Street Artist for almost 30 years, Cart1 (pronounce « cart one ») is the new artistic director of the Peinture Fraiche (fresh paint) festival, whose first edition opened to the public on May 3rd. Urban Street Urban Art met him, to discuss his career as an artist, his new role of artistic direction and the vision that composed his festival.

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Hello Cart1, you have been a Street Artist for many years and you have painted many walls around the world. What led you to become artistic director of projects like this one?

It’s a bit like acquiring an artistic style. I often say it’s not graffiti artists who find their styles, but rather their styles that find them. I became an artistic director this way, a little by necessity…

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It’s been thirty years that you make walls. There are not many Street Artists who can say that!

It is true. This year, I’m celebrating my thirtieth year of hand spray. Initially, it was just a suburban activity of bored youngsters who went to paint walls because they liked to draw. Then, without thinking, it became a job. It was not at all premeditated and if it had been announced to me at the time, I would have laughed.

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« I decorated a lot of toilets, like everyone else at the beginning. We all started in the toilets”

Are you a suburb child?

I am an Auverge immigrant, I was born in Aurillac. My family came to the big city, like many others, to find work. I was six months old when I arrived in Lyon. I grew up in the Moulin à Vent neighborhood. I am part of the second generation of Street Artists in Lyon. Those who gave me the desire to do graffiti were the TWA collective in Lyon, with DON, whom I also invited here to “Peinture Fraiche”. They were painting in my neighborhood at the time, and there was a new emerging musical style called hip-hop. We all fell in… Once again, nothing was premeditated. It became a trade of thread. I decorated a lot of toilets, like everyone else at the start. We all started in the toilets… Until I started to get orders for my first decorations. It grew crescendo. In 1996, I met a guy who worked for the brand Rossignol. They were launching their first snowboards and they needed a « young look », because Rossignol was a little « the brand of dad’s skis ». They booked an electronic DJ, a hip-hop DJ and me, as graffiti artist. We did a lot of tours in the ski resorts. After a while, they wanted a little more animation, so I started to book my friends and we worked for them for six years. This is how I became, unintentionally, a booker of national and international Street Artists. Then I helped to build several Street Art projects. I traveled to Slovakia where I met the creator of the Street Art Communication Festival, in Košice. He needed a professional guy for the Slovak Ministry of Culture and he asked me to be their sponsor. I wrote a letter in English to the Ministry and I became co-artistic director of the project. Then I built a few events, until I started my own project, in 2008. It was in Honduras.

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When was your first event in Lyon?

It was the Wall Drawings Festival, in 2016, in resonance with the Museum of Contemporary Art. Then there was the Trublyon Festival in 2017, and today, the first edition of Peinture Fraiche, in coproduction with the group Unagi – Le Petit Bulletin.

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What did this new job make you discover in yourself?

In fact, like many others, before, I groaned at certain festivals saying « this is not complementary what I would like to see ». After a while, I told myself that instead of waiting for things to happen, for others to do what I would like to see in a festival, I only had to do it by myself. Give my own vision. This selection which is mine is surely not exhaustive and is totally subjective. It’s a vision with which one can agree or not, but that’s the whole point of an artistic direction. It’s going in one specific direction, and not another.

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Is Lyon an easy or a hard city, for such an event?

Both, captain! I have always heard that the people from Lyon were complicated, but I realize that it’s not true. People are much more open than their reputation. I actually studied a little about the history of this city, and I found out that Lyon has always been open to new ideas. At each new event, we tested the reactions of the public. In 2016, for the first event, we had 3500 people in one day, despite a thunderstorm at 5 pm. The second festival, which lasted two days, welcomed 7600 people. These first successes allowed us to think about something bigger. On the other hand, in France (and not only in Lyon), people have often been among the last, in all Europe, to adopt new laws, like with euthanasia and with the medically assisted procreation… That’s why I went away for a while. I went to live in London at the end of the 1990s, then a year in Paris, then in Honduras, in the Ukraine and lately in Colombia. But I love my city and that’s why I came back to create this project here.

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« We started being taken seriously when Banksy sold his first stencil for a big amount, in 2001 « 

What changed, compared to the 90s? How do you feel about the evolution of Street Art?

When I started doing lettering, in 1989, we were stared at, we were called « cardboard zulus ». People were saying « anyway, your thing is just a fashion thing, it will not last more than two years ». We had bombs of poor quality and the guy that could manage to make a line without any paint-run was a « King ». It was complicated to do interesting things. Today, graffiti artists have “Rolls Royce” sprays. At the time, we were painting to be known and to recognize each-others, to develop our styles and also to master the tools. Personally, I have never been very good at lettering. I often forgot to even sign my walls. That’s how I started drawing characters. The graffiti culture has evolved a bit like the hip-hop music, which with some artists has turned into Rap and with others turned into RnB. It’s been separating into several ramifications. While 99.9% of the artists hate this term, I like very much the word « Street Art ». First, because it allows defining a creation that cannot be defined, apart from its common denominator : the fact of being in the streets. This creation is multiple, but it’s the same family. If I was asked to condemn the graffiti, I would refuse. It’s not my practice, but it’s the same family. Going back to the evolution of this movement, when we started, what we wanted was another culture, created by ourselves. A hyper-urban culture behind which we all stood, despite our social and origin differences. Today, as this culture finally begins to be recognized, I do not understand that some artists play the « frightened maidens », claiming to be « perverted ». I do not accept this kind of speech. What I like in the word « Street Art » is the philosophy behind this double word. If you remove one of the two words, it’s not the same thing anymore. We started being taken seriously because of Banksy, in 2001, when he sold his first stencil for a huge amount. After that, galleries owners and critics started to think « they may not be cardboard zulus, after all ».

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How do you explain that some Street Artists are afraid of being « perverted »?

It certainly reflects fear, but, guys, we do not have to be poor to create! It’s funny, because this phenomenon exists only in the plastic arts. Try to tell a rock band, « I will not pay you for a concert ». Why would it be different for a Street Artist? It is also a very French phenomenon. Abroad, the artists are very poor, it will not make them run away if they are offered money. I have friends in Bogota who do business. It does not stop them from continuing to create. I think this fear comes from the idea that if someone pays them, it’s in order to make them « stop their bullshit ». In fact, it is the artist’s problem with himself. It is not necessary to project one’s own fears onto others. You just have to be able, sometimes, to say « no ». It actually happened to me. A Russian billionaire who wanted me to decorate her helicopter tried to treat me as her lackey, during an exchange of emails. So, I told her to go elsewhere. She told me that she had never been spoken to like this and I said that maybe I had no money, but I had my dignity and therefore, we would never work together…

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You are at the beginning of the Peinture Fraiche festival. How do you feel?

It’s been two years since we started preparing this project. There was a lot of work, but today it feels a bit like a summer camp. This is one of the reasons why we create this kind of festivals. The guest artists are, for the most part, friends, with whom I have painted walls elsewhere in the world, whom I have already invited to previous events and with whom things are always going well. They all agreed to invest themselves in this first edition: Bordalo II, which I had already booked for a festival in Thailand, Lor K, that I did not know, but that I’ve been following for years, Satr … These are the artists I wanted to see painting. They are not and will not be here all at the same time, especially for logistical reasons, because we want to be able to welcome them properly. And also because our elevation equipment is limited, so we had to juggle, in terms of planning. Today, just after the opening, things are pretty cool, although I always say that an event without trouble is suspicious (laughs). We had some small problems, such as during the wind alert, when one of the doors of the hall was damaged. But at the end, we managed to repair it…

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There will be an exhibition space for artists’ paintings?

Yes, we will put exhibition stands along the wharf to hang works and sell them.

Will we see your works of you among them?

No, it is not planned. « The one who is in his house and who receives guests is the last sitting at the table ». The bottom line is that the guests are well received…

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« The idea is to present to the public a snapshot of what the current creation is »

Did being an artistic director hamper your career as an artist?

It slowed it down, because I have less time to produce. But a festival is also a work. I mean, it’s the realization of a vision. I have not only invited friends, I have invited very talented artists whom I have the good fortune to be friendly with. I invited graffiti artists like Der, from the legendary Toulouse « Truskool » movement, to whom I was in total admiration when I started. In front of whom I am always in awe, by the way. If I had to define this artistic direction, I would say that I tried to make « my ideal festival ». And his precise artistic line is to present to the public a snapshot of what the current creation is. It’s showing that today when you talk about Street Art, it’s more than just lettering, it’s not just about graffiti. There are artists who do collage, there are some others who use technology, or virtual reality … The idea is to gather all these ramifications and say « at this moment, this is what‘s happening », although it can never be completely exhaustive.

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There will be video art?

Of course, I invited Inert, who will present video-mapping, and the Franc Colleurs, who will do augmented reality.

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Will there be a sequel to Peinture Fraiche?

We are already working on the second edition, which will take place next year, at the same time. The idea is to create a regular meeting with the public. For now, it’s on track ; we will readjust after this first experience, if necessary. I will not camp on my positions if they are wrong. The most important thing is to understand that when people come back to an event, they want to find the same state of mind. And we will also try to surprise them by proposing, each year, new ideas.

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Do you have personal projects in preparation?

I am preparing an anniversary exhibition of my 30 years of graffiti, a project I have been working on for six years. I will present this exhibition at the “Demeure du Chaos” (House of Chaos), with which I have been collaborating for 15 years. It is scheduled for September 2019.

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« The most important thing is to understand that when people come back to an event, they want to find the same state of mind »

Is there a question I did not ask you that you would like to answer?

What I would like to say is that when I started in this artistic movement, it was the Zulu Nation. We did not know where we were going. Today, I see that this movement is the image of its time, that is to say that it has extremist tendencies sometimes. There are people who come and say, « That’s Street Art; that’s not Street Art ». I cannot stand people who say « this is not possible » or « you do not have the right to do that ».

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Is it important to maintain this freedom?

Yes, the creation must be totally free and without limits. I move away from extremists as far as possible. I like people who open doors, not people who close them.

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Do you believe Street Art is the future of contemporary art…

I’m sure it is. When I started, we were in the middle of postmodernism. Everybody was saying that painting was finished. Well, Street Art is the big return of painting! It is a damn snub to the history of art.

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If you could realize a crazy artist’s dream, which one would it be?

I have only one dream and it is to finish my life painting, and wearing flip flops, in a hot country somewhere in the world. I have simple dreams…

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https://www.facebook.com/cart1.france/

https://www.instagram.com/cart1one/

“Peinture Fraiche” (Fresh Paint) Festival, 10 days, 70 artists, 12 countries. 3rd to 12th of May 2019, Halle Debourg, 45-47 Avenue Debourg, Lyon (Metro, Tramway, station Debourg).

https://www.peinturefraichefestival.fr

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