« Être honnête avec soi-même pour pouvoir avancer » : les contre-utopies futuristes de Loodz

Par Michel Fily, 14 juin 2019

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Loodz est né en 1978 en Haute-Savoie, mais c’est de l’autre côté du Léman qu’il a grandi, en Suisse. Son art mural et ses toiles rappellent les dessins du Maitre Philippe Druillet et les toiles du grand Vassily Kandinsky. Depuis septembre 2017, Loodz est représenté par Superposition à Lyon. L’artiste participe à la 5ème édition de l’Urban Art Jungle, qui s’ouvre aujourd’hui et a lieu à la friche l’Autre Soie, à Villeurbanne, jusqu’au 16 juin 2019. Urban Street Art Urbain l’a rencontré à cette occasion.

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Bonjour Loodz, peux-tu te présenter aux lecteurs ?

Je m’appelle Loodz, j’ai 41 ans, je fais du graffiti depuis une vingtaine d’années. Je suis originaire du pays de Gex, près de Genève, où il y a une scène de dingue et où le style et la qualité sont beaucoup mis en avant. C’est une autre mentalité qu’en France, plus proche de la mentalité allemande… Je n’ai jamais fait d’études d’art, je suis complètement autodidacte. Je n’étais pas du tout fait pour l’école. J’ai appris seul à utiliser les différentes techniques et logiciels comme Photoshop et certains collègues qui ont étudié s’étonnent de ma maitrise et des « process » que j’utilise. Le graffiti, pour moi, plus qu’un mode de contestation, a été un moyen d’expression. J’ai commencé par le tag. Au début, on faisait ça dans les garages, on se cachait des aînés, parce qu’on avait honte de ne pas être assez bons, puis petit à petit on a commencé à maitriser les bombes et nos styles, on a pris de l’assurance et on a commencé à sortir. On taguait sur des autoroutes et sur des spots. Ensuite, j’ai eu envie d’aller plus loin. Faire de la rue, c’est bien, mais tu es limité en termes de temps et tu ne peux pas faire d’énormes murs, ce que j’ai commencé à faire relativement tardivement, dans des friches et des usines désaffectées. J’ai entamé une démarche d’atelier en 2006, à Villeurbanne. J’ai commencé par y peindre surtout des portraits, parce que je voulais explorer cette technique. Ensuite j’ai progressivement pu synthétiser mes influences. J’ai exposé à Lyon, à Genève, à Hambourg, à Dubaï, et je vais bientôt exposer à Paris.

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Quels sont tes techniques et supports ?

Je peins sur murs à la bombe et sur toiles à l’acrylique. J’ai peint quelques modules en bois. Je vis de ma peinture aujourd’hui, mais je ne gagne pas énormément d’argent, alors le graffiti est devenu plus rare. J’essaie d’en faire autant que possible, mais mon travail à l’atelier me coûte beaucoup d’argent… Et puis, Lyon est une ville où le Street Art est peu pérenne. La plupart des murs sont en rotations constantes et les œuvres n’y restent que quelques mois, alors qu’en Espagne, par exemple, une œuvre sur mur peut durer 5 ou 10 ans. C’est assez démotivant pour les artistes qui ont moins envie de s’investir. J’aime la toile pour son aspect qualitatif et l’acrylique pour la même raison. Le spray a ses limites. Ce que je fais sur mur ne sera jamais aussi propre que ce que je peins à l’atelier. C’est pour cela que je fais souvent mes contours de fresques au pinceau. Mais globalement, je n’ai pas d’apriori sur les supports. Mon style est un peu différent en studio, comparé à mon travail mural. Je fais plus de persos sur mes toiles. A la base il y a toujours du lettrage. Moi, je fais des vaisseaux en lettrage. Mon univers est très inspiré de la BD et de la science-fiction. Il est assez manichéiste, « les méchants contre les gentils », c’est ma façon de simplifier la réalité, une sorte de contre-utopie futuriste où on serait déjà passé par le chaos. Parce que quand je regarde la réalité je ne sais vraiment pas où on va… Sur toile, j’essaie d’avoir un discours plus abstrait, plus spirituel, inspiré par mes lectures et mes réflexions. L’école de graffiti à laquelle j’appartiens est une discipline qui exige beaucoup de temps, de travail et d’énergie. Elle t’enjoint à chercher des choses en toi que tu ne trouves pas tout de suite, mais que tu dois construire avec le temps. Pour moi, la toile correspond à cet aboutissement. Lorsque j’ai commencé à exposer en 2006, j’avais pris la décision de faire des portraits. Parce qu’ils sont très « digestes ». Les gens aiment tout de suite et j’ai donc tout de suite vendu. Mais cela a été la source d’une grosse remise en question pour moi. Je connaissais des artistes de grand talent, qui avaient une pure démarche, et qui ne vendaient pas. Ça m’a donné l’impression d’être « fake ». Mon travail aujourd’hui reste très technique, mais il correspond à ma recherche personnelle et me satisfait beaucoup plus, même si je vends moins. Malheureusement, trop souvent quand je fais un mur, les gens disent « Ah il est cool, le perso », mais ne regardent pas le reste. Il y a encore du travail d’éducation à faire… Sur tous supports, j’aime la couleur et les contrastes, parce qu’ils représentent la vie. J’utilise en moyenne une trentaine de couleurs différentes, sur toiles comme sur murs. Il peut m’arriver d’utiliser des teintes primaires, mais en général je fais moi-même mes mélanges.

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Quelles sont tes inspirations ?

Celui qui m’a appris toutes les techniques de l’acrylique et dont je dirais qu’il m’a vraiment appris à peindre, c’est Pro176, un ancien graffeur français, l’un de ceux qui ont fait monter le niveau du Street Art très haut. J’ai eu la chance de le rencontrer et d’être invité dans son atelier. Il m’a formé, m’a transmis tous les « tricks » pour que je développe mon travail à l’acrylique. Ça a été une opportunité extraordinaire. Parmi mes nouvelles influences, après que le graffiti et la BD ont été synthétisés, il y a la littérature. En ce moment, je lis René Guénon, Victor Hugo, des classiques de la littérature française. J’ai commencé à lire ces livres seulement après avoir quitté l’école ! Aujourd’hui, j’aimerais synthétiser toutes mes lectures dans mon art. Une autre de mes influences importantes est la musique. Des groupes de Rap, comme Assassin, ont été super formateurs. C’est eux qui ont fait office d’école pour moi, qui m’ont poussé à lire et à comprendre qui étaient les Black-Panthers, comment certains pouvoirs manipulent les masses, qu’est-ce que l’exploitation de l’Afrique par l’Occident… C’est eux qui m’ont donné envie de comprendre le monde dans lequel je vis. Enfin, pour mes inspirations graffiti, je citerais les trois Crews dont je fais partie : ID (dont sont membres Somey en Belgique et Pro176 à Madrid), PB et enfin Zed Elements, un petit groupe d’amis avec qui j’ai débuté le graff.

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Parle-nous de ta rencontre avec Superposition ?

Elle a eu lieu grâce à un ami qui a montré mon travail à Orbiane Wolff, co-fondatrice de Superposition. Elle m’a contacté et invité à les rencontrer. A cette époque, j’étais très investi dans ma démarche d’atelier, je n’en sortais pas beaucoup et n’allais pas à la rencontre des galeries. Je me disais : « Un jour, ce que tu fais sera assez bien et quelqu’un te contactera ». J’ai vite compris que je pourrais attendre indéfiniment (rires). Alors, je me suis décidé à les rencontrer et le courant est très vite passé. J’ai participé à un premier Urban Art Jungle, il y a deux ans, j’ai ensuite fait mon expo solo « Kairos », à SITIO, en 2018, et je continue à travailler avec eux aujourd’hui. J’ai participé à Collisions Urbaines en mai dernier et je participe à l’Urban Art Jungle #5. Superposition est une jeune association dont j’admire le dynamisme. A leurs âges, j’étais beaucoup plus passif, je trouve leur travail admirable et je suis très heureux de collaborer avec eux.

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Que penses-tu de l’évolution du Street Art aujourd’hui ?

Je ne me considère pas comme un artiste urbain pour la simple et bonne raison que je n’ai pas grandi dans un milieu urbain. Je viens du pied de la montagne, ce n’est même pas la campagne, c’est une zone-dortoir, sans activité culturelle. Tout se passe en Suisse et comme le coût de la vie est énorme, tu es obligé de fuir pour pouvoir te loger… Donc, j’aime peindre dans des endroits où je me sens bien et pour cela j’ai besoin d’un peu de nature. C’est la raison pour laquelle j’ai un peu de mal à m’habituer au caractère très urbain de Lyon. Mais en même temps, c’est génial, parce qu’il y a une grande convergence d’énergies dans cette ville. En ce qui concerne mon appréciation de l’évolution de l’art urbain, j’ai un peu le sentiment que le Street Art a « tué » le graffiti. C’est peut-être un passage obligé, une nécessité. Mais elle a engendré une forme de consensualité que je trouve nauséabonde. Le graffiti a par essence un caractère sauvage, en lien avec l’outil et les lieux où l’on graffe. Avant, on se cachait, on ne disait jamais son blaze. Aujourd’hui, tu fais un « chrome », tu te prends en photo devant et tu l’envoies sur Instagram… C’est surement une bonne chose que ce soit comme ça, que ce soit devenu « gentil ». Et quand je vois des gamins qui maitrisent tout de suite la technique, parce que les outils sont au point aujourd’hui, je trouve ça cool. J’ai juste encore un peu de mal à m’y faire. Il y a des artistes qui viennent du graffiti et qui méritent leur place. Il y en a d’autres qui ne font que du pochoir depuis des années et c’est autre chose pour moi. Le Street Art, c’est quoi, en fin de compte ? Une étiquette compliquée. Moi, j’ai l’impression d’être un graffeur qui fait des toiles, de temps en temps. Ou peut-être plutôt l’inverse (rires)…

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Où en es-tu de ton art et quels sont tes projets à venir ?

Je suis heureux parce que je progresse, mais j’ai dû faire le choix de me concentrer sur mon travail à l’acrylique sur toiles, qui me revient très cher. C’est plus rare aujourd’hui, pour moi, de faire des murs, parce que je ne peux pas financer entièrement les deux démarches. Mais mon style et mon discours artistiques évoluent et c’est une bonne chose. Les propositions et les opportunités augmentent aussi et c’est très positif. Pour ce qui concerne les projets, je prépare une exposition avec la galerie Guy Pensa, près du Luxembourg. Je travaille aussi avec la plateforme We Need Art. Et je vais participer à la prochaine « From Gotham » qui va débuter à Paris…

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Si j’étais le génie de la lampe d’Aladin et que tu pouvais exhausser un vœu, lequel serait-il ?

Ce serait de pouvoir faire une peinture avec tous mes potes et membres de mon Crew. Un grand mur de plusieurs jours, en Combo, tous ensembles…

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Y a-t-il une question que je n’ai pas posée et à laquelle tu aimerais répondre ?

Je voudrais dire que c’est un travail de longue haleine. Et que chacun a son propre chemin. Il n’y a qu’avec le travail qu’on peut progresser sur la bonne voie. Mais il faut être honnête avec soi-même et avec sa démarche pour pouvoir avancer.

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http://loodz.ultra-book.com

https://www.facebook.com/pg/loodz78/

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Urban Art Jungle Festival #5, 3 jours, 17 artistes locaux, nationaux et internationaux. Du 14 au 16 juin 2019, à la Friche l’Autre Soie, 24 rue Alfred de Musser, 69100 Villeurbanne (Métro arrêt Vaulx-en-Velin La Soie).

Préventes : http://bit.ly/billetterieUAJ5  

https://www.facebook.com/superposition.urban.art.value/

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« Ne renoncez pas à vos rêves ! » : la mythologie urbaine d’Etus

Par Michel Fily, 11 juin 2019

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Lorsqu’on regarde son travail, on pense à Picasso, à Keith Haring, à Joan Miró… La jeune œuvre d’Etus, au style narratif et accumulateur déjà très marqué, foisonne de nature et de personnages fantastiques, entre créatures mythologiques et figures naïves à la Jean-Michel Folon. Urban Street Art Urbain a rencontré l’artiste à Collision Urbaine, le « warm up » de la 5ème édition de l’Urban Art Jungle,  organisée par Superposition, qui aura lieu du 14 au 16 juin 2019. Etus a été choisi pour dessiner les affiches des deux évènements et il fait partie des artistes invités à l’UAJ#5 .

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Bonjour Etus, peux-tu te présenter aux lecteurs ?

Je m’appelle Etus, j’ai 26 ans, je suis né et je vis à Lyon. J’ai grandi à Miribel, dans l’Ain et je suis venu habiter dans mon propre appartement à Lyon il y a 7, 8 ans. Mon seul diplôme est un CAP Signalétique, enseigne et décor. Je suis autodidacte, je n’ai pas de qualification particulière pour l’art, mais j’ai toujours aimé dessiner, depuis mon enfance. Il n’y a pas longtemps que je fais du mur. Je peignais essentiellement sur toile et sur médium. J’ai officiellement intégré l’atelier de la Galerie Alcôve il y a deux ans. Avant cela, je travaillais chez moi.

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Qu’est-ce qui a déclenché ta carrière artistique ?

Ma rencontre avec les responsables et les artistes d’Alcôve a été décisive. À cette époque, j’exposai au Café des Artistes. Deux jeunes femmes qui travaillaient en binôme dans la galerie ont vu mon exposition et m’ont contacté en me disant que ce que je faisais pourrait intéresser Alcôve. C’est comme cela que j’ai commencé à travailler avec eux. J’ai d’abord pris part à un premier projet, en résonnance avec la Biennale d’Art Contemporain de Lyon, c’était il y a deux ans. Un ou deux mois après, j’ai reçu un message m’apprenant qu’une place se libérait à l’atelier et me demandant si j’étais intéressé. Nous sommes sept artistes à œuvrer en résidence à Alcôve. Une peintre, une artiste coréenne qui fait de la laque, une artiste chinoise qui travaille l’encre, une sérigraphiste, une illustratrice qui dessine au stylo et au feutre… Et Tang, qui est peintre depuis 25 ans et avec qui je développe pas mal de projets en binôme.

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Quels sont tes techniques et supports ?

Je peins sur murs, sur toiles, sur médium, sur skate-boards, sur vases, sur des pochettes de disques… sur tous supports. Là où je peux dessiner, je dessine. En ce moment, surtout en noir et blanc, à l’acrylique et au Posca, au marqueur et au feutre. Avant, mes pièces étaient beaucoup plus colorées, comme les affiches que j’ai réalisées pour Superposition. Aujourd’hui, je reviens vers le noir et blanc par lequel j’ai commencé, avec l’envie d’expérimenter les nuances de gris, de voir comment ça marche pour ensuite peut-être revenir vers la couleur. Je pense que je dois repasser par cette étape pour mieux l’assimiler et comprendre où mettre le gris, le foncé, le clair… Reprendre un peu les bases, en quelque sorte. Rechercher la lumière, approfondir le regard, pour enrichir la narration. Mon art est très spontané. Je sais mal décrire ce que je fais. Tout ce que je sais, c’est que cela vient de mon inconscient. Je ne planifie jamais mes œuvres. Je commence et je regarde où ça m’emmène. Parfois ça marche bien et parfois ça m’emmène trop loin, alors j’efface tout et je recommence (rires). Sur certaines de mes toiles, il y a une quinzaine de couches de tentatives avant le tableau final et sur la dernière phase, il reste seulement un petit trait en relief de la toute première peinture. Je trouve ça cool, c’est la petite histoire derrière l’histoire de mon tableau…

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Quelles sont tes inspirations ?

Tout ce qui m’entoure m’inspire. Tout ce qui me donne de l’émotion et en particulier la musique, que j’écoute constamment et sans laquelle  je ne peux pas travailler. J’écoute sans discrimination toutes sortes de musiques, du Rap à la Disco japonaise en passant par le Rock. La musique éveille des souvenirs et me transporte dans l’état émotionnel que je recherche pour créer. Parmi mes autres sources d’inspiration, il y a Tang qui m’influence beaucoup. Il représente un peu ce que j’aimerai être plus tard. Il vit entièrement de son art aujourd’hui. Je ne cherche pas à gagner des millions, je veux juste pouvoir payer mon loyer, mes repas et ma vie quotidienne, sans avoir besoin de faire autre chose que de créer.

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Quelle réaction attends-tu des personnes qui rencontrent tes œuvres ?

Ce qui m’intéresse, c’est d’observer les émotions qu’elles leur procurent et qui ne sont pas forcément les mêmes que les miennes au moment de la création. À une certaine période, mon art était plus sombre, en lien avec des angoisses que je gérais, des questionnements sur ma vie et sur mon futur en tant qu’artiste. Une jeune femme qui était passée à la galerie s’était arrêtée longtemps devant une de ces toiles et m’avait dit : « C’est flippant, parce que j’ai eu l’impression que tu avais dessiné un de mes cauchemars ». J’ai été bouleversé par cette connexion. Ce sont vraiment les réactions émotionnelles qui me touchent, plus que les commentaires ou les éloges. Il y a quelques années, j’avais peint une série de personnages inspirés de la mythologie et parmi eux une sorte de Bacchus tenant un verre de vin, qui est resté plusieurs mois sans être vendu. Je n’avais pas titré cette toile. Un jour, j’ai reçu un message sur Instagram d’un acheteur qui me disait qu’il aimait vraiment ce tableau, mais qu’il était un peu cher pour ses moyens, qu’il regrettait de ne pas pouvoir l’acheter et qu’il voulait que je sache combien il l’avait touché. En relisant son message, j’ai vu que le client s’appelait Bacchus… Je l’ai recontacté et lui ai cédé la peinture à son budget, parce que j’avais compris que ma toile avait trouvé la bonne personne.

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Peux-tu nous parler de ta rencontre avec Superposition ?

Je les ai rencontrés à l’occasion d’un concours qu’ils ont lancé l’année dernière pour l’illustration de l’affiche de la cinquième édition de l’Urban Art Jungle et auquel j’ai décidé de participer. J’ai gagné ce concours et Superposition m’a demandé de créer aussi l’affiche de Collision Urbaine et de prendre part aux deux évènements, pour réaliser des murs. Les dernières fresques que j’avais faites dataient de 2016. Je les avais peintes en vandale, seul, dans des lieux abandonnés. Cette participation m’a fait reprendre goût au travail mural et je suis très heureux de prendre part à l’UAJ#5. Au début, j’étais assez stressé parce c’est un gros évènement. Ils m’ont demandé de faire une bombe, un skate et une toile pour l’occasion. Ça m’a beaucoup motivé. J’ai aussi rencontré d’autres Street Artistes à Collision Urbaine et je me suis rendu compte que cette émulation avec plein d’univers différents me manquait. On a tous nos blocages. Ces rencontres m’aident à faire un travail sur moi-même de lâcher-prise…

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Est-ce que tu te considères comme un Street Artiste ?

Je ne me donne pas le droit de revendiquer cela, même si je fais du mur. Le Street Art a eu un impact énorme sur moi, qui venait de la campagne. Les premiers graffeurs que j’ai accompagnés la nuit pour faire du vandale ont libéré l’artiste en moi. J’ai trop d’estime pour cette discipline pour me prétendre Street Artiste… C’est pour cette raison que j’avais peur de participer aux évènements de  Superposition, au départ. Je me disais : « Tu n’es pas légitime ». Mais les organisateurs et les autres artistes n’ont fait preuve d’aucun préjugé et m’ont donné une leçon d’ouverture d’esprit.

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Est-ce que c’est plus facile d’être peintre que d’être Street Artiste ?

Je ne sais pas trop. À mes yeux, le Street Art vit beaucoup avec les réseaux sociaux. J’ai été un peu happé par ce phénomène et puis j’ai décidé de m’en détacher pour me lancer dans ma collaboration avec la Galerie Alcôve. J’ai tout quitté pour ça. J’ai fait toutes sortes de métier avant de me décider à ne faire que de l’art. J’ai été plaquiste, j’ai été vitrier, j’ai travaillé dans le bâtiment… Mais j’avais tout le temps des crises d’angoisses et je ne savais pas pourquoi. Jusqu’au jour où j’ai commencé à creuser et où je me suis dit : « En fait, je ne suis pas heureux ». Aujourd’hui, je galère pas mal et je me dis que la route va être longue. Mais j’ai toute la vie devant moi et je sais que je n’aurais pas de regrets plus tard…

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Quels sont tes futurs projets et où en es-tu de tes rêves ?

J’ai été sélectionné pour exposer au Marché de la Création à Lyon, cet été. Avec Tang, on a présenté une exposition à deux, au mois de mai, et on travaille sur un projet de fresque monumentale. Je crois sincèrement que je suis en train de réaliser mes rêves, aujourd’hui. Je me souviens que lorsque j’étais encore en études, je disais : «  Un jour, je vivrais de ma peinture ». C’est ça, mon rêve. Et je travaille dur pour le réaliser.

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Si j’étais le génie de la lampe d’Aladin et que tu pouvais exhausser trois vœux, lesquels seraient-ils ?

Je voudrais avoir un atelier à moi. Un grand lieu, comme un hangar, où je pourrais me déplacer en skate-board ou en trottinette et mettre de la peinture partout. Mes deux autres vœux, je les offre à qui les veut.

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Y a-t-il une question que je n’ai pas posée et à laquelle tu aimerais répondre ?

Je voudrais juste dire aux gens de faire ce qu’ils veulent vraiment de leurs vies. Je ne suis qu’au début du chemin, mais je peux voir clairement que j’ai fait le bon choix. Quand je travaillais en usine, il y avait des gens autour moi qui étaient là depuis 15 ans et ils n’étaient pas heureux. À quel moment avaient-ils abandonné leurs rêves d’enfants ? Les enfants n’ont pas de barrières. Il n’y a pas de limites dans leur monde. C’est en grandissant que les gens renoncent à leurs rêves. Alors, je leur dis : « Ne renoncez pas ».

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https://www.facebook.com/etusart/

http://www.alcove-lyon.com/etus/

https://www.instagram.com/etusart/

Urban Art Jungle Festival #5, 3 jours, 17 artistes locaux, nationaux et internationaux. Du 14 au 16 juin 2019, à la Friche l’Autre Soie, 24 rue Alfred de Musser, 69100 Villeurbanne (Métro arrêt Vaulx-en-Velin La Soie).

Préventes : http://bit.ly/billetterieUAJ5  

https://www.facebook.com/superposition.urban.art.value/

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«Que mon travail demeure comme l’empreinte d’une époque et d’une vérité » : MissMe, Guerrillera urbaine

Par Michel Fily, 7 juin 2019

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Elle est l’une des vandales les plus reconnues en Amérique du Nord et la renommée de ses autoportraits féministes et militants n’est plus à faire en Europe, ni nulle part ailleurs dans le monde. Les œuvres insolentes de MissMe attirent intensément l’attention. Elles traduisent les luttes de l’artiste contre les inégalités de race, de genres et de classes, tout en glorifiant les icônes du passé. MissMe était l’une des invitées majeures du festival Peinture Fraiche et avec l’accord de la Métropole de Lyon, c’était la première fois qu’on la laissait poser légalement un très grand collage, en extérieur. La partie initiale des propos de cette interview a été recueillie lors d’une conférence que l’artiste a accepté de donner, dans le cadre de Peinture Fraiche, présentée par Nadja Pobel (Le Petit Bulletin). La seconde partie est le fruit de l’entretien que MissMe a accordé à Urban Street Art Urbain.

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Bonjour MissMe, pourquoi caches-tu ton visage ?

La première raison pour laquelle je cache mon visage est la même raison pour laquelle beaucoup de Street Artistes le font, simplement parce que notre travail reste considéré comme illégal, quasiment partout dans le monde, encore aujourd’hui. Suivant où on se trouve, cela peut avoir des conséquences plus ou moins compliquées. Donc, l’idée de poser à cote de son art avec un gros smille est moyennement intelligente… C’est impossible pour moi de tomber dans le tourbillon infernal du Selfie et de l’existence par la 2D. J’ai réalisé progressivement que le masque permettait à beaucoup de gens de s’identifier plus facilement avec mon travail, parce que c’est un cartoon. En réalité, très honnêtement, ça ne m’intéresse pas tellement de parler de moi. Ce qui m’intéresse, c’est mon travail. Je ne veux pas que les gens aient à discuter de qui je suis, mais plutôt de ce j’ai à raconter. Et puis, parce que je suis femme, c’était important d’oblitérer mon visage, à cause de la fascination sociale pour les femmes, parce qu’on a toujours envie de savoir si la personne est belle. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, après des millénaires,  il y a encore des documentaires sur Cléopâtre où les intervenants débattent, non pas pour définir l’étendue de son pouvoir politique, mais pour prouver qu’elle était belle, ou le contraire. Personne, en revanche, ne s’est posé la question de savoir si César était beau gosse…

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Comment as-tu commencé à coller tes autoportraits masqués ?

Ce portrait, qui est une pièce centrale de mon art, existe depuis plusieurs années et n’a cessé d’évoluer avec le temps. Il en existe des dizaines de versions, toutes différentes. Il est en réalité né d’une censure d’Instagram. J’étais un peu insomniaque à l’époque et, pour me calmer les méninges, je peignais sur mon corps et en prenais des photos. J’ai toujours eu besoin d’utiliser mon corps pour m’exprimer artistiquement, c’est très particulier à ma pratique, cela me permet faire ressortir toutes sortes d’émotions. Cette nudité est étrange et un peu agressive, mais pas du tout sexuelle. Les gens n’ont pas l’habitude de voir le corps de la femme exploité par elle-même et en plus d’une manière non-séductrice. La toute première photographie, je l’avais mise toute petite au centre d’un grand carré blanc. Et avant de la publier sur Instagram je l’avais floutée, de telle sorte que l’on ne voyait que l’ombre d’un de mes tétons à l’image. Et j’ai été pour la première fois censurée. Avec un message d’explication qui sous-entendait que je mettais Internet en danger. C’est très violent, ce qui se passe aujourd’hui sur les réseaux sociaux, qui suppriment des voix et des existences, parce que quelque chose a été mal compris ou parce que des gens on décidé de les faire taire. Tout est automatisé et il n’y a pas de place pour dire « je ne suis pas d’accord ». J’ai vraiment très mal pris cette censure. Je me suis sentie terriblement insultée, parce qu’il n’y avait aucune intention violente ni sexuelle derrière cette photographie. Il y avait à peine mon corps. Alors, j’ai imprimé en grand exactement cette photo et j’en ai tapissé toute la ville de Montréal (rires). Ensuite, j’ai commencé de la faire évoluer. Bien avant les têtes de requins, j’avais mis des petites licornes à la place des seins, pour la blague et aussi parce que ce sont des éléments naïfs et magiques. Et puis, ça a pris des formes plus complexes, parce que le sein est « l’endroit » de la femme qui a été le plus sexualisé et qui reste encore aujourd’hui un terrain de discorde. Donc, un terrain parfait pour mon art.

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Est-ce que tu as tout de suite eu conscience de la portée politique de ton travail ?

Non, ce n’étais pas réfléchi à la base. Il n’y avait pas de pensée politique. Pourtant, j’avais bien commencé à faire ce travail parce que je n’arrivais plus à me retrouver dans ma société. Il y avait un tel décalage entre la société dans laquelle je vivais et ce que je considérais être mes valeurs que je ressentais un urgent besoin de « réparation ». C’est en collant l’intérieur de ma personne sur les murs extérieurs que j’ai tenté de me reconnecter au monde. Ces morceaux de moi ont porté naturellement beaucoup de mes malaises. Je les pensais comme des oeuvres très personnelles. Mais, en discutant avec les gens, j’ai réalisé qu’ils résonnaient en eux, révélant une réflexion sociale plus profonde que mon intention originelle. J’ai réalisé qu’ils ne m’appartenaient déjà plus, qu’ils appartenaient désormais à tout un genre et à tout un milieu social. C’est comme cela que j’ai compris que mon art était devenu politique. Et aussi à cause du rapport au pouvoir, à travers la honte et la bienséance. Je ne cherche pas à choquer. Choquer pour choquer, ça ne sert à rien. Je veux initier l’interaction et provoquer les discussions.

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Ton concept continue d’évoluer et tu l’as emmené un peu partout dans le monde…

Oui, j’ai collé mes autoportraits masqués en Amérique du nord, en Amérique centrale, en Amérique du sud, à Cuba, en Argentine, en Italie, à Hong-Kong, en Suisse, en Allemagne, en Espagne, au Portugal, au Moyen-Orient… Je pense que ça continuera encore partout et longtemps, parce que ces œuvres parlent de problèmes qui ne sont pas réglés. Elles ne sont pas juste le corps d’une femme nue face aux regards. Elles dérangent, d’abord parce que ce corps de femme n’a pas été photographié par un photographe de mode pour un magazine. Parce qu’il n’a pas été photographié dans un objectif de publicité ni d’esthétique. Parce qu’il n’a pas été photographié par un homme. Parce qu’il n’y a pas de justification sexuelle. Parce qu’il n’a pas été exploité par autrui. C’est juste une nana qui montre son corps à elle, nu, sans aucune volonté de séduction. C’est donc suspect et déstabilisant. Et en plus il y a la colère, une émotion rarement exprimée parce que rarement autorisée, encore moins aux femmes. J’ai été plus d’une fois censurée aux États-Unis. J’avais fait une rue entière à New York et quelqu’un est passé dernière moi quelques jours plus tard. Il a dessiné des culottes sur tous mes collages et écrit sur chacune d’elles « respect yourself ». C’était tristement drôle… J’ai eu aussi droit à de la récupération commerciale sans mon accord. Quelqu’un a vendu une de mes images à une compagnie, qui a imprimé des t-shirts avec, pour la vente. A Montréal, certaines personnes recouvraient les parties sexuelles de mes collages en noir, d’autres m’arrachaient le visage, les yeux, d’autres encore y ont écrit toutes sortes d’insultes. C’est très violent lorsque les gens réagissent ainsi… Heureusement, les réactions des femmes sont radicalement différentes. Certaines me prennent dans leurs bras. C’est étrange de réaliser que je suis devenue une sorte de symbole pour ces femmes…

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T’arrive-t-il de douter de ta démarche artistique ?

Oui, bien sur que je doute. C’est bizarre ce que je fais, quand on y pense. La normalité de la société me rattrape dès que je suis un peu fragile. Je suis quelqu’un d’assez anxieux. Le bon moral est comme un système immunitaire pour moi. Quand je suis un peu fatiguée, toute la sacrosainte moralité revient résonner à mes oreilles : « Ton travail n’est pas stable, tu ne sais pas de quoi demain sera fait, tu devrais te marier, avoir des enfants… ». Je travaille seule, je n’ai pas d’agent, pas d’équipe et je ne suis représentée que par une seule galerie, parce que j’ai du mal à faire confiance… Aujourd’hui, j’apprends à m’ouvrir et je trouve que c’est une bonne chose, même si ce n’est pas toujours évident…

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Tes collages sont en général noir et blanc, quelles sont tes techniques ?

Je dessine sur Photoshop, avec ajout de calques. Ça n’a pas toujours été le cas. Auparavant, je peignais sur mes portraits à la main, mais le résultat ne me plaisait pas. La raison pour laquelle j’ai commencé à faire du collage est simplement le fait que je ne savais pas graffer. J’avais besoin de m’exprimer et j’ai choisi de le faire à ma manière, sans fausse prétention. En outre, les dessins que je fais sont très complexes et comme je pose mes collages dans des endroits très passants je dois aller assez vite. C’est plus pratique de les préparer à l’avance.

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Comment ton art est-il accepté dans le milieu du Street Art ?

Je ne peux pas trop parler du milieu, parce que je suis un électron libre. Je travaille seule, je vais rarement dans les festivals, je connais donc assez peu les autres artistes. C’est vrai qu’il y a moins de femmes que d’hommes. Ça commence à changer, mais ce que moi je fais, c’est assez particulier et c’est l’une des raisons pour lesquelles on m’invite rarement dans les festivals. Parce que si on aime bien l’idée que j’existe, c’est plus compliqué d’assumer le fait de montrer ce que je fais dans un cadre légal. C’est le cas pour tous la plupart des Street Artistes qui sont très engagés. Ce genre de milieux préfèrent que je leur propose des oeuvres moins dérangeantes…

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Comme la série « Aspire to inspire » ?

Je l’ai commencée avant le mouvement « Me Too », j’écrivais souvent sur mes collages la phrase « It’s not me, it’s you ». Tout le monde me demandait ce que cela voulait dire. Aujourd’hui, plus personne ne pose la question. Tout le monde comprend ce que je veux dire : « Si tu trouves que ce corps est sexuel, ça t’appartient. Ça ne m’appartient pas. Ne me fais pas porter le poids de tes jugements ». Il s’agit donc d’une série de portraits de femmes : Maya Angelou, Frida Kahlo, Malala Yousafzai, Simone de Beauvoir, Helen Keller… J’ai aussi réalisé ces portraits en réaction au phénomène des influenceuses sur Instagram, cette sorte de raccourci qui semble être aujourd’hui, pour de nombreuses jeunes femmes, le seul moyen de réussir. Pour leur montrer, par l’exemple de « Role Models », que leur corps n’est pas ce qui fera leur valeur.

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Tu as intitulé une autre de tes séries « Fuck Politics »…

Oui, j’ai eu aussi pas mal de problèmes avec cette série là (rires). Ce sont des Statues de la Liberté que j’ai coiffées de plumes indiennes. Je les ai créées pour la première fois dans le cadre d’un festival à Québec, puis je les ai collées partout à New York, avec la phrase « I don’t know why », qui est le nom d’un mouvement des premières nations américaines , qui lutte pour la préservation de leurs cultures et de la nature. Mon intention n’a jamais été celle de critiquer la Statue de la Liberté, qui est une belle statue et un symbole important. Je comprends que chaque pays ait sa propre propagande, mais les États-Unis ont du mal avec leur histoire et il fallait démonter le mythe. Je fait confiance aux gens, ils sont capables de faire la distinction entre l’importance du symbole et les choses qui ne sont pas réglées. Ce qui se passe avec les premières nations, c’est un double assassinat, parce non seulement l’Amérique nie le fait qu’elle les a massacrées, mais en plus elle nie l’existence même de ceux qui sont encore là. Il faut être capable d’en parler et le fait de faire l’autruche ne résoudra rien.

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Qu’en est-il de ta série intitulée « Buy More !! » ?

J’ai réalisé ces affiches à la suite de l’effondrement du Rana Plaza, au Bangladesh en 2013. Le bâtiment abritait plusieurs ateliers de confection, travaillant pour diverses marques internationales. Il s’est effondré le matin, peu après l’heure de début du travail. Des consignes d’évacuation données la veille, après l’apparition de fissures, avaient été ignorées par les responsables des ateliers. 1135 personnes ont trouvé la mort dans l’incident, qui est devenu l’un des symboles des abus de la « Fast Fashion » et de la mondialisation sauvage. Cette catastrophe m’avait bouleversée. J’ai utilisé un passepartout pour ouvrir les vitrines des panneaux d’affichage et les remplacer par mes affiches. Les marques que je présente dans cette série sont des marques internationales pour lesquelles travaillaient les ateliers du Rana Plaza. J’ai utilisé de gros titres publicitaires pour les slogans, très visuels, mais lorsqu’on regarde derrière ces slogans, on voit des enfants soldats de la guerre en RDC, qui a déjà fait plus de 5 millions de morts et dont on ne parle presque pas. La violence, la surconsommation, l’obsolescence programmée, l’esclavagisme et l’indifférence, voilà ce que cette série dénonce.

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Tu as créé une œuvre pour un refuge pour femmes battues. Comment ça s’est passé ?

La maison Flora Tristan est une maison extraordinaire, tenue par des femmes incroyables. Un refuge qui prend en charge non seulement les femmes, mais leurs familles également, ce qui est rare. J’ai été approchée par une marque montréalaise, une créatrice qui dessine des costumes sur mesure pour hommes, dont les doublures intérieures sont illustrées par des artistes. Une partie du bénéfice de ses ventes est régulièrement reversée à des associations. Pour le projet de la maison Flora Tristan, l’intégralité des ventes est allée à l’association. J’ai accepté avec enthousiasme d’y participer et j’ai aussi souhaité rencontrer ces femmes. J’ai été très impressionnée et vraiment inspirée par leur travail. Elles avaient très peu de moyens et le refuge n’était pas très décoré. J’ai proposé de leur faire des fresques. Elles avaient nommé les chambres avec des noms de femmes fortes et cela m’a rappelé ma propre démarche. J’ai illustré plusieurs murs avec les portraits d’une dizaine de figures féminines. Elles m’ont dit que cela ferait une réelle différence, parce que les femmes arrivaient au refuge souvent au beau milieu de la nuit, après avoir eu le courage de partir avec leurs enfants, et que les cinq premières minutes étaient cruciales. La chaleur des couleurs et le caractère exemplaire des personnages de mes collages les aideraient à se sentir en sécurité et à rester. Je suis toujours en contact avec elles aujourd’hui et j’y anime des ateliers.

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Quelles sont tes influences ?

Je trouve mon inspiration principalement dans des exemples de courage face à des choses qui peuvent paraitre insurmontables. Ces exemples ne viennent pas forcément du monde artistique. Ce sont souvent des femmes que je dessine : Helen Keller, Joséphine Baker… Ce qu’elles ont réussi à faire, à travers l’amour et le courage, me fascine. Frida Kahlo a fait preuve d’un courage créatif extraordinaire, par exemple. Elle a peint ses propres fausses-couches, des bébés morts-nés qui lui sortaient du vagin. Aujourd’hui, si une artiste faisait cela, on dirait que c’est dégueulasse et on l’enverrait consulter. C’était une précurseuse…

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Que penses-tu de l’évolution du Street Art ?

Comme je l’ai expliqué, je regarde les choses d’assez loin, vu mon isolement volontaire. J’observe des choses extraordinaires, avec une vraie recherche artistique du beau, des choses surprenantes. Les gens ont pris conscience du mouvement qui s’est progressivement démocratisé. Mais, je vois aussi des choses moins bonnes, parce que les artistes veulent plaire au public et correspondre à cette nouvelle mode. Ils finissent par imiter des esthétiques, pour avoir l’air cool et vendre en galeries. Au Canada c’est encore assez récent, je suis l’une des premières. C’est paradoxal, parce que c’est illégal, mais la Ville de Montréal et son Office du Tourisme publient mes œuvres sur leurs réseaux sociaux…

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Si j’étais le génie de la lampe d’Aladin et que tu pouvais exhausser trois vœux, lesquels seraient-ils ?

Quand j’étais petite et qu’on me racontait cette histoire, je disais toujours que trois vœux n’étaient pas assez. Et que, donc, mon premier vœu serait d’avoir une quantité infinie de vœux (rires). Sérieusement, mon premier souhait serait de pouvoir vivre ma vie dans mon identité la plus pleine possible, sans peur. Sans le handicap de la peur. Mon second vœu serait de pouvoir voyager dans le temps, parce que j’aimerais découvrir la Grèce, l’Egypte et la Rome antique. Et surtout, j’aimerais rencontrer Jésus, Moïse et Mahomet. Pour savoir ce qui les faisait marrer. S’ils riaient à des blagues intellectuelles ou, au contraire, à de l’humour populaire. S’ils étaient réellement humbles, ou bien imbus d’eux-mêmes, comme le sont les leaders d’aujourd’hui… Mon troisième souhait, finalement, serait d’avoir vécu de manière véritable, honnête et ouverte, pour que mon travail et mon identité puissent demeurer comme les empreintes d’une vérité. Que mon travail soit présenté dans les musées ou pas n’est pas important. Mais je souhaite que l’on puisse voir ce que j’ai fait et entendre ce que j’ai dit, que cela soit le reflet d’une époque, et qu’ainsi l’on puisse me faire revivre, à travers les émotions et le désir de rencontre que j’aurais transmis.

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« I would like to paint on the wind »: the birdmen of Parvati

By Michel Fily,  May 24, 2019

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Franco-Indian artist born in the Amazon, Parvati evokes through her bird headed characters a parallel between migrants and migratory animals. The plants that surround them echo the rainforest where the artist grew up. Onirism, an essential feature of her work, is reflected in her paintings as well as on her walls. Urban Street Art Urbain met her during Collisions urbaines, the warm up of the sixth edition of the Urban Art Jungle Street Art festival, organized by Superposition.

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Hello Parvati, can you introduce yourself to the readers?

My name is Parvati, I’m a Street Artist and I’m half Indian and half French, even if it does not show at all. I look a lot like my dad, but I have the skin color of my mom who is French. My artist name is, in fact, my middle name. It’s a very common Indian name and it’s also the name of an Indian goddess. Parvati is the sacred feminine principle. I was born in French Guiana, in a hippie community, the heart of the Amazon rainforest. I have been working on the street for four years. I started exhibiting at the same time. But I draw since I was very little. I did not study art, I studied project management in sustainable development, a subject to which I remain attached. As a teenager, I took courses in academic drawings from a very good teacher who gave me a solid background, technically and artistically. I live today in Chalon-sur-Saône, I come regularly to Lyon, especially for my collaborations with Superposition, to meet artists friends and to paint.

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What triggered your career?

I did not start on the street. After finishing my studies, I could not find work and friends offered to exhibit at a small festival. Most of them did not even know I was drawing before that and I myself did not really believe in my art. I was extremely surprised when I was told that I had sold all my drawings. It was in 2012. The exhibition organizers decided to print a first book of my works. One of the printers liked it and told me that the municipality of Chalon offered start-up grants. I applied and received a scholarship, which allowed me to finance a basic material, then, thanks to several successive partnerships, I exposed at the media library and in different structures of the city. These first exhibitions and the application file that I had to prepare for the scholarship allowed me to start a real artistic reflection and to go further than my simple desire to paint, to think about what I wanted to say through my drawings and about the « why » of my art.

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How has your technique evolved?

At the opening of the third exhibition of this series, a couple of Street Artists, Chim and Za, proposed me to join their collective, the Larue workshop, allowing me to make the link between my exhibitions and my work in the public space. With them, I made my first collages on outside walls and collaborated on several exhibitions and events. Then I started to do things alone, murals, introducing myself to the techniques of the bomb and the brush, which remains today my main tools of creation. The Larue collective ceased its activities a year ago. Today, I work mainly alone, mainly by street collages and painting for « live paintings » and fresco commissions. I am quite slow in my work. The collage has the advantage of allowing me to take the time to paint my designs in my workshop. But sometimes I mix both techniques: the character with collage and the decor painted directly on the wall.

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Do you collaborate with other Street Artists today?

I’ve worked a lot – a little less now because she’s less involved – with Za who initiated Larue. I have been working for a year with Autruchet, who is a graphic designer. He incorporates digital painting decorations around my characters. I’m also connected to the Street Artist Mani, which I already knew, but really met through Superposition. We became friends, we exchange a lot about our practices, we advise each other a lot and we have ideas of projects in common. At the time when we met, we were at about the same stage of our artistic career, in full experimentation of the streets, and asking ourselves the same questions, both technical and philosophical, and I think we found a real binomial one in the other. We will be leaving at the end of May to both go in residence in Can Alià and this will be our first real artistic collaboration. It’s a hybrid place in Barcelona that invited us to participate in a Street Art project and to exhibit in their showroom.

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What are your techniques and media?

I work mainly by collage, on Kraft paper, painting in Indian ink for bodies that are black and white. I draw human characters with bird heads, on a large scale. Previously, I painted these heads, which are colored, with acrylic paint, but I decided recently to stop, because it is not in agreement with my ecological beliefs. Today, I use casein-based paint, an old technique that was abandoned with the arrival of oil and chemicals. In addition, I stick with flour glue that I make myself. This allows me to have the less destructive approach from an environmental point of view. I have plans to make my own paintings in the future. Today I work with primary and I master my mixtures by myself. The stencils I use to make my backgrounds and patterns on walls are inspired by traditional South Indian craftsmanship and patterns on women’s saris. I get these patterns, redraw them and then cut them to make my stencils. Regarding the media, I work mainly on paper, on walls and on canvas.

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What are your influences and inspirations?

My influences do not necessarily come from the visual arts, but I had a huge revelation when I discovered, as a teenager, the work of Ernest Pignon Ernest, one of the first Street Artists to have worked black chalk and charcoal on paper, with silhouettes on a human scale. I feel heir to this great artist. Among the younger artists, Levalet has also greatly influenced my work. And I really like the works of Eric Lacan (Monsieur Qui). I also draw my inspiration from my readings, science fiction books and Heroic Fantasy. When I was a child, my mother read me many traditional tales from around the world. My universe is very dreamlike and my very first artistic projects were really oriented around the dream and how the unconscious could be a source of inspiration. I experimented painting under hypnosis and I reproduced in drawing some of my dreams. I still do it today. My first character with a bird’s head is a dream memory.

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Why did you decide to make birds the central topic of your work?

I was born in the Amazon, surrounded by plants, wild animals and birds, and my relationship with nature has always been strong. The plants that surround my characters are a reminiscence of that nature in my childhood. Birds’ heads come to answer my upheaval in front of the problem of migrants. Because of my family history, geographically extended, I naturally identified with those people who are rejected everywhere they go. I am currently fighting in several associations to defend their cause. And in my art I wanted to draw parallels between migrants and migratory birds. I did not want to approach human migration in a sad or in a moralistic way, we live in a society that is already quite anxious. I wanted to imagine a utopia, where they could be perfectly integrated in our societies and where they could be passersby among the passersby. It is this idea that I try to reproduce by drawing them on a human scale before sticking them on the walls. When you take pictures on the street, it really feels like they’re part of the crowd.

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What emotions, what reflections are you trying to convey to the public who look at your works?

I try to transmit a way to the dream, clearly. An open door. The dream is, for me, the space of all possibilities, limitless, and by opening the eyes of people to this space, I try to take them out of their daily lives, of their worries. My bird-men do not summon the audience; they appear by chance and cause surprise. There are people whom they leave indifferent and others whom they move. And these are always transported to their own imaginations, to their own dreamworlds… The first bird-headed figure I had stuck in Lyon carried a briefcase in his hand. I came back the next day to photograph it as a father stopped there with his two children. The little boy called the father and said, « Look daddy! Mr. Sparrow goes to work! « . I found it fantastic to see how he made a story from my collage. It happens regularly that strangers repair my collages, after the wind and the rain have deteriorated them. One of them is stuck under some ivy and there is someone who cares to carve it around so that it does not cover the drawing. I like these interactions that prove to me that the public really appropriates my works.

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Can you talk about your meeting with Superposition?

I met the team of Superposition in 2017, after a call to artist launched on social networks for the second edition of the Urban Art Jungle. I answered the call and they selected me. It was an instant and reciprocal crush. I have not yet done a solo show at SITIO, but I participated in « One Shot« , « Mutations urbaines », « Urban Pop Up » and « Métamorphe« , in addition to « Urban Collisions« . And I’m going to participate in the next Urban Art Jungle festival, in June 2019.

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Do you consider yourself an urban artist?

I think this word means everything and does not mean anything at the same time. I grew up in nature and I have no Street or Hip Hop culture, despite my great respect for this movement. My love for the street comes from elsewhere and that poses no problem. The Street Art community is free and open. I do not know if I consider myself an urban artist, I know that I am an artist. And I happen to stick sometimes out of the city, in little corners of the countryside… I do not differentiate between Street Artists and painters and, because I work with a brush and with painting techniques I feel as much as a painter than as Street Artist, even though my favorite medium is clearly the wall.

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What do you think of the evolution of Street Art?

I think it’s a great movement, because it has no grandiloquence. And yet it has become an artistic movement in its own right and of great importance today. It has allowed many women to create. Beyond the common media that is the wall, Street Art has opened the possibility of expressing itself with different aesthetics, with many different messages. It’s a place of incredible freedom. We are far from conceptual contemporary art galleries with a need for complex and constructed artistic discourses. I do not reject this reflection, but the most important is, for me, the result work and what we see. Nothing makes me sadder than someone who says, « I can’t say if I like it or not, because I don’t know anything about the subject ». If a work touches people, I want them to be able to say it. In my opinion, there is no need to have gone to an art school or a faculty of art history to express ourselves on the subject. With Street Art, we returned to a direct relationship with beauty that had been lost with Duchamp and the contemporary art. It was necessary at that time of the history of art. With the advent of Street Art, a page turns and it’s a good thing.

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What are your current projects?

I am now exhibiting at the Lavomatik in Paris. The inauguration took place at the same time as « Métamorphes » in Lyon. I also made a mural on the wall of the Lavomatik. In June, I will participate in a project called « Boards to be solidaire » for the “Secours populaire”. I also participate in the « Venus » project, which fights for the prevention of breast cancer. My next projects will take place in rural areas, two festivals in very small villages, in Saône-et-Loire and Berry, which have asked me to come and I am delighted to do so.

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What do you think about your success and where do you stand from your dreams?

Where do I stand from my dreams? I would say « right in »! I have always tried to make my life fit with what I dreamed of being when I was a child. When I ask myself questions about life, I always ask myself this question: « Does your life look like your childhood dreams? » and I always make sure to respond positively. As for success, I would say it’s something relative. I am delighted if what I do touches people, I am delighted to be able to live from what I create. I don’t care too much about success…

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If I was the genie of Aladdin’s lamp and you could raise three vows, which would they be?

I have a thousand wows (laughs)… But if I had to choose one, it would be to be able to draw on the clouds. It would be wonderful. Painting on the wind…

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« It’s not the message that interests me, it’s the language »: Don Mateo’s sculpture-paintings

By Michel Fily, May 17, 2019

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Erudite and diligent Street Artist, Don Mateo impresses as much by the incisiveness of his cut-out portraits as by the depth of his reflections. After having painted his famous faces of women on the walls, he now creates stencil negatives that he sculpts and puts in abyss or in light. Urban Street Art Urbain met him on the occasion of his « Portrhands » exhibition, at the Epicerie Moderne, inaugurated in partnership with the Peinture Fraiche festival. Portrait of an actor-thinker of urban art.

11Hello Don Mateo, can you introduce yourself to the readers?

I am from the Jura region, in France. I studied at the Beaux Arts Academy until 2003. After my academic training, I went abroad to Spain, Sweden and Denmark. I did not come back to create in Lyon until 2010. I started by painting on canvases and I accumulated paintings. I had them all over my house. But I realized that I was missing the exchange with the public. That’s why I started painting outside again. At first, I stuck little things, portraits here and there. Then a little more, a little higher, a little bigger. It was a real discovery in the early 2010’s, a boulevard to explore…

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I have, from the beginning, oriented my research around the representation of the figure, associated with the urban space, both on canvases and on walls, cyclically. Each one feeding the other. What I like is to paint; on canvas, on wood, on walls, I am very free with this desire. There were times when I only wanted to work in the streets. And other times when I wanted to work only on media. I do not constrain myself. My workshop is located on the slopes of the Croix-Rousse neighborhood in Lyon. I integrated it five years ago.

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What was the main trigger of your desire to create on the street?

It basically answered my need for freedom and my desire to be totally independent. This may seem contradictory, considering the illegal character of Street Art, but the street has indeed given me a form of freedom, to the extent that with it I was no longer obliged to go through a galleries or exhibitions – with all the constraints that they implie – to carry out my projects. I was able to share my work in an immediate and direct way with the public, without intermediaries nor owing anything anyone. Before the Street Art movement, when an artist had an idea, it had to be presented to gallery owners, exhibition venues, and he had to seduce them, to sell his project. It’s something I don’t know how to do and I don’t like to do. I freed myself from it, thanks to the street. One of the main components of Street Art, in my opinion, is, above all, freedom. Then it’s an infinite creative space. I play with the walls, with their grains, with the colors of the coatings… Finally, there’s a playful aspect in this form of art, related in my opinion to childhood. We all upholstered our rooms with drawings and posters when we were younger. Street art is the same thing, on a larger scale. You start with your neighborhood, then, gradually, your city becomes your playground… I also painted in Paris, in Latin America and in Jordan…

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How has your technique evolved?

I always worked the portrait, but I went from stencil to painted paper cut. It’s a kind of upside down stencil, in relief. This evolution happened because I had reached the end of my technique and I was missing something. I lacked gesture and soul. The stencil erases the imperfection and prevents accidents. It allows, certainly, to paint quickly something effective, but for me who comes from the drawing, it lacks the « instinctive » aspect. I did my first paper cut portrait four or five years ago. The postulate is that of « contradicting » the stencil, bringing back the movement, the drawing, the accident, and also preserving what others usually throw away. Then, playing with the light, with fullness and emptiness. I slightly distance the cutouts from their supports, to create an effect of shadow and depth. The act of creation interacts with the cutting. It’s a bit like a second drawing, with a scalpel. And then they are unique pieces, unlike stencil works that can be multiplied.

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You mainly paint women…

What centralizes my work is the portrait, the figure. Mainly the female figure. Each piece is different and each has an emotion of its own. It’s a language, a perpetual search. You could think of a systematic aspect, but that is not the case at all. I work emotions, looks. Right now I’m using hands to work the movement and the line. The portrait is actually a pretext. What interests me is the curve, the color… I find in the feminine motive much more interesting information than in the male motive. But that remains a motive. Cezanne said that he painted a model as he painted an apple. For me, it’s a little bit the same. I find more information in the feminine motive, among others, because they have hair, and the hair allows me to work the line.

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Your works are white, black, red… A small number of colors, but very much contrasted…

It is to go against what is found elsewhere. Graffiti is often saturated in color. I wanted to do the opposite, to purify and let the work breathe. The emptiness is very important in my art. But it doesn’t mean it’s empty. It gives breath, it allows the eye to circulate… I paint mainly with primary colors, which are often there to bring soul to the characters. These colors placed on the canvas or on the wall allow me to « contradict » a little the paper cut, to create more relief. The line is hyper instinctively posed, so that it becomes a kind of DNA to my character. Like a footprint, like the soul, which are unique…

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What message do you want to convey to people who discover your works?

This is not the message that interests me. I’m not saying that I do not want to convey anything to the public. But I do not want to control it. After much research, I realized that what interests me is not the message, but the language. It’s fundamentally different. I understood recently that it is a mistake to focus on the message. The messages, there are not a hundred thousand. Art speaks of love, of life, of death, of religion, of sex… Take the history of art: what do we retain mainly today of a painter like Picasso ? Not his messages, but his language. What could be the message behind the « Demoiselles d’Avignon »? Prostitution? No, there’s no message. What’s important in this picture is Cubism!

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And if there’s a message, it must serve the language?

Absolutely. Otherwise it’s just illustration. The work is only there to illustrate a subject. To make art is to create something that escapes us. Léo Ferré said: « When I write, I do not know where it comes from. It falls on me, it’s not me who writes. It’s my hand. » I feel the same when I create. When I cut and at all stages of my creation. If I have a clear idea of what I want to do, the result is usually bad. But when I let go of my mind, when I « let go », without asking questions, there are always very interesting things that happen and surprise me.

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You recently started doing monochromes…

These are recent pieces, not quite monochrome, rather black on anthracite gray. The objective was to question the light, getting closer to Soulages issues… To « disturb » the look and to ask the viewer to make an effort to find the line, to recompose, to look for the forms, which are also close to the abstract, for these new works. Glances are also hidden there. One must take the time to observe well… These are the premises of a new stage, in which I want to take this portraits, from something hyper figurative to something closer to the abstract. Unfortunately this disappointed a certain part of my public, the one who likes to be reassured, to see what they can recognize. In urban art, when a work pleases, everybody wants to see its copy everywhere. I find it crazy that people are surprised when an artist evolves…

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What are your inspirations?

There are several of them. I have no particular reference in terms of urban artists. I would rather cite classical artists, those who have always guided my work. Those who comfort me when I’m in doubt. Among those, there is Georges Brassens, his texts and his thoughts… He is one of my pillars. Among visual artists, there are, of course, the paintings of Alberto Giacometti, where this notions of movement and line are found. Gérard Fromanger, less known, is a French artist who started with narrative figuration, in the sixties, and who has evolved a lot today. He works on photosynthesis, pictures he projects and on which he paints. He uses photography as a basis to draw form it its essence. Today he works on lines… I’m also a fan of Mark Rothko and his abstractions, works which explore the accident, the vibration of the color, uncontrolled and unmaintained. There’s Pierre Soulages, of course. There’s also Robert Rauschenberg, who in the 1960s transformed his paintings into sculptures, like in his most famous piece where a stained eagle is placed on the painting. My painting is also a kind of a path between painting and sculpture. It is neither painting nor sculpture, it is both of them at once, and at the same time it is neither of them. The master Giacometti gave a great interview five or six years before he died, in his workshop, during which he explained, with his Italian accent: « I sculpt, these men on the move, these characters, and I say to myself: one day I will find… For now I am just looking for…” He said these words at a time when his career had been long established. At the end of his life, he still doubted. I keep this sentence as an important safeguard in my moments of uncertainty. If this genius searched all his life as I am searching, then I am in good company…

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What do you think of the evolution of Street Art?

It is the continuation of contemporary art. I mean, it’s an art movement in its own right. And what’s great is that it’s the first movement in the history of art that has appeared simultaneously all around the world. The births of the great artistic movements have always been linked to economic situations in certain countries or on certain continents. Surrealism in Paris and Europe, Pop Art in the United States… It’s not the case with Street Art because, from the beginning of the movement, Street Artists started to create in Australia, in France, in Ireland, in Lebanon … As for its origins, can we really compare the walls of Diego Rivera and the first tags of Jean-Michel Basquiat or of Taki 183? The movement may have been born in New York with the gangs, but we can also go back to the Lascaux caves…

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What are your last and future projects?

I was very recently in residence in Jordan, for a festival of ten days, the « Baladk Project« , in Amman. We were six international artists from Sweden, Colombia, Germany, mainly Europeans. When I came back, I p        ainted a wall at the Peinture Fraiche Street Art festival and I also hosted a Workshop at “l’Epicerie Moderne”, an alternative culture center next to Lyon, in partnership with the festival. I will soon realize the new “Marianne” of the city of Chenôve, near Dijon. This mural will become the symbol of the city. It’s a modern and mixed Marianne that a painted crowd comes to build. And one cannot decide if her hat is a Phrygian cap or a simple woolen hat… I will finish this wall project on the occasion of the “Heritage Days”, in September 2019.

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If I was the genie of Aladdin’s lamp and you could raise three vows, which would they be?

I do not have the madness of fame and money… I would like just to keep on the passion… My dream has always been to do what I love, to paint, to paint from morning till night. My wish is to keep on doing that. To paint everywhere around the world. I would also like to publish a book. I write a lot at the moment, I have lots of notebooks; it’s a way of expression that I like, but which remains intimate. I would like to illustrate my thoughts as an artist with images of my paintings. We, Street Artists, do not often have the opportunity to talk about art. It’s quite rare…

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Is there a question I did not ask you that you would like to answer?

What seems primordial to me is this questioning of the language. For years, I wasted time trying to find messages and it took me a long time to realize that I was wrong. We must not think of the message, we must think of the language and the message must come to serve this language. It’s my truth, maybe it’s only mine, but it is that truth which feeds my art.

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« Je voudrais peindre sur le vent » : les hommes-oiseaux de Parvati

Par Michel Fily, 20 mai 2019

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Artiste franco-indienne née en Amazonie, Parvati évoque à travers ses personnages à têtes d’oiseau un parallèle entre oiseaux migrateurs et migrants. Les végétaux qui les entourent sont un écho à la forêt qui l’a vue naître. L’onirisme, caractéristique essentielle de son travail, se retrouve tant sur ses peintures que sur ses murs. Urban Street Art Urbain l’a rencontrée lors de Collisions urbaines, le warm up de l’Urban Art Jungle Festival #6 de Superposition.

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Bonjour Parvati, peux-tu te présenter aux lecteurs ?

Je m’appelle Parvati, je suis Street Artiste, je suis à moitié indienne et à moitié française, même si ça ne se voit pas du tout. Je ressemble beaucoup à mon papa, mais j’ai la couleur de peau de ma maman qui est française. Mon nom d’artiste est, en fait, mon deuxième prénom. C’est un prénom indien très courant et c’est aussi le nom d’une déesse. Parvati, c’est le principe sacré féminin. Je suis née en Guyane française, dans une communauté hippie, dans la forêt au cœur de l’Amazonie. Je travaille dans la rue depuis quatre ans. J’ai commencé à exposer à la même période. Mais je dessine depuis que je suis toute petite. Je n’ai pas fait d’études d’art, j’ai étudié le management de projet dans le développement durable, un sujet auquel je reste attachée. Dès l’adolescence, j’ai pris des cours de dessins académiques auprès d’un très bon professeur qui m’a prodigué des bases solides techniquement et artistiquement. J’habite aujourd’hui à Chalon-sur-Saône, je viens régulièrement à Lyon, notamment pour mes collaborations avec Superposition, pour rencontrer des amis artistes et pour coller dans la rue.

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Qu’est-ce qui a déclenché ta carrière ?

Je n’ai pas commencé dans la rue. Après avoir terminé mes études, je ne trouvais pas de travail et des amis m’ont proposé d’exposer sur un petit festival. La plupart d’entre eux ne savaient même pas que je dessinais avant cela et moi-même je n’y croyais pas particulièrement. J’ai été extrêmement surprise lorsqu’on m’a annoncé que j’avais vendu tous mes dessins. C’était en 2012. Cette première exposition m’a décidé à faire imprimer un premier book de mes travaux. L’un des imprimeurs a aimé mon travail et m’a dit que la municipalité de Chalon proposait des bourses de lancement. J’ai candidaté et obtenu une bourse, ce qui m’a permis de financer un matériel de base, puis, grâce à plusieurs partenariats successifs j’ai exposé à la médiathèque et dans différentes structures de la ville. Ces premières expositions et le dossier de candidature que j’avais du préparer m’ont permis d’entamer une réelle réflexion artistique et d’aller plus avant que mon simple désir de peindre, de penser à ce que je voulais dire à travers mes dessins et au « pourquoi » de mon art.

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Comment ta technique a-t-elle évolué ?

Au vernissage de la troisième exposition de cette série, un couple de Street Artistes, Chim et Za, m’a proposé de rejoindre leur collectif, l’atelier Larue, me permettant de faire le lien entre mes expositions et mon travail dans l’espace public. Avec eux, j’ai fait mes premiers collages sur murs extérieurs et collaboré à plusieurs expositions et évènements. Ensuite, j’ai commencé à faire des choses seule, des fresques murales, en m’initiant aux techniques de la bombe et du pinceau, qui reste aujourd’hui mon outil principal de création. Le collectif Larue a cessé ses activités il y a un an. A présent, je travaille essentiellement seule, par collages dans la rue et à la peinture pour les « live painting » et les commandes de fresques. Je suis assez lente dans mon travail. Le collage présente l’avantage de me permettre de bien prendre le temps de peindre mes motifs en atelier. Mais parfois je mixe les deux techniques. Le personnage sur collage et le décor peint directement sur mur.

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Collabores-tu avec des artistes aujourd’hui ?

J’ai beaucoup collaboré – un peu moins maintenant parce qu’elle est moins présente – avec Za qui avait monté l’atelier Larue. Je travaille depuis un an avec Autruchet, qui est graphiste. Il intègre des décors en digital painting autour de mes personnages. Je suis aussi en lien avec le Street Artiste Mani, que je connaissais déjà, mais que j’ai retrouvé par le biais de Superposition. Nous sommes devenus amis, nous échangeons beaucoup sur nos pratiques, nous nous conseillons l’un l’autre et nous avons des idées de projets en commun. A l’époque où nous nous sommes rencontrés, nous étions à peu près au même stade de notre parcours artistique, en pleine expérimentation de la rue, et nous nous posions les mêmes questions, autant techniques que philosophiques, et je crois que nous avons trouvé un vrai binôme l’un dans l’autre. Nous partons fin mai tous les deux prochainement en résidence à Can Allà et ce sera notre première véritable collaboration artistique. C’est un lieu hybride à Barcelone qui nous a proposé de venir participer à un projet de Street Art sur tout un quartier et d’exposer parallèlement dans leur salle d’exposition.

7.jpgQuels sont tes techniques et supports ?

Je travaille essentiellement au collage, sur du papier kraft, en peignant à l’encre de chine pour les corps qui sont en noir et blanc. Je dessine des personnages à têtes d’oiseaux, à échelle humaine. Auparavant, je peignais ces têtes, qui sont colorées, avec de la peinture acrylique, mais j’ai décidé récemment d’arrêter, parce que ce n’était pas du tout en accord avec mes convictions écologistes. Aujourd’hui, j’utilise de la peinture fabriquée à base de caséine, une technique ancienne qui a été abandonnée avec l’arrivée du pétrole et des produits chimiques. De plus, je colle avec de la colle de farine que je fabrique moi-même. Cela me permet d’avoir une démarche peu destructive d’un point de vue environnemental. J’ai le projet de fabriquer mes propres peintures à l’avenir. Aujourd’hui je travaille avec des primaires et je maitrise moi-même mes mélanges. Les pochoirs que j’utilise pour faire mes fonds et mes motifs sur murs sont inspirés de l’artisanat traditionnel du sud de l’Inde et des motifs sur les saris des femmes. Je récupère ces modèles de motifs, je les redessine puis les découpe pour fabriquer mes pochoirs. Pour les supports je travaille essentiellement sur papier, sur murs et sur toiles.

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Quelles sont tes influences et tes inspirations ?

Mes influences ne viennent pas nécessairement des arts plastiques, mais j’ai eu une énorme révélation lorsque j’ai découvert, adolescente, le travail d’Ernest Pignon Ernest, l’un des premiers Street Artistes à avoir travaillé la pierre noire et le fusain sur papier, avec des silhouettes à échelle humaine. Je me sens héritière de ce grand artiste. Parmi les artistes plus jeunes, Levalet a lui aussi beaucoup influencé mon travail. Et j’aime beaucoup les œuvres d’Eric Lacan (Monsieur Qui). Je tire aussi mon inspiration de mes lectures, des ouvrages de science-fiction et d’Heroic Fantasy. Lorsque j’étais enfant, ma mère me lisait beaucoup de contes traditionnels du monde entier. Mon univers est très onirique et mes tout premiers projets artistiques étaient vraiment orientés autour du rêve et de comment l’inconscient pouvait être une source d’inspiration. J’ai expérimenté la peinture sous hypnose et je reproduisais en dessin certain de mes rêves. Je le fais toujours aujourd’hui. Mon premier personnage à tête d’oiseau est un souvenir de rêve.

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Pourquoi as-tu décidé de faire des oiseaux le sujet central de ton travail ?

Je suis née en Amazonie, entourée de plantes, d’animaux sauvages et d’oiseaux, et ma relation avec la nature est très forte depuis toujours. Les végétaux qui entourent mes personnages sont une réminiscence de cette nature qui a bercé mon enfance. Les têtes d’oiseaux viennent répondre à mon bouleversement face au problème des migrants. À cause de mon histoire familiale géographiquement étendue, je me suis très vite identifiée à ces personnes que l’on refuse d’accueillir. Je milite aujourd’hui au sein de plusieurs associations pour défendre leur cause. Et dans mon art j’ai souhaité établir un parallèle entre les migrants et les oiseaux migrateurs. Je n’avais pas envie d’aborder la migration humaine sous un aspect triste ou moralisateur, nous vivons dans une société déjà bien assez anxiogène. J’ai voulu plutôt imaginer une utopie où ils pourraient être parfaitement intégrés dans nos sociétés et où ils pourraient être passants parmi les passants. C’est cette idée que j’essaie de reproduire en les dessinant à échelle humaine en train de marcher dans les rues avant de les coller sur les murs. Et lorsqu’on les photographie dans la rue, on a vraiment l’impression qu’ils font partie de la foule des passants.

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Quelles émotions, quelles réflexions cherches-tu à transmettre au public qui regarde tes oeuvres?

Une ouverture au rêve, clairement. Une porte ouverte. Le rêve est, pour moi, un espace de tous les possibles, sans limites, et en ouvrant le regard des gens sur cet espace, je tente de les faire sortir de leur quotidien, de leurs soucis. Mes hommes oiseaux ne convoquent pas le public, ils arrivent par hasard et provoquent la surprise. Il y a des gens qu’ils indiffèrent et d’autres qu’ils émeuvent. Et ceux-là sont toujours transportés vers leur imaginaire, vers leurs propres univers oniriques… Le premier personnage à tête d’oiseau que j’avais collé à Lyon portait une petite mallette à la main. J’étais revenue le lendemain pour le photographier et un père de famille s’est arrêté devant avec ses deux enfants. Le petit garçon a interpelé son père et lui a dit : « Regarde papa ! Monsieur moineau part au boulot ! ». J’ai trouvé fantastique d’observer comment il s’était fabriqué une histoire à partir de mon collage. Il arrive régulièrement que des inconnus réparent mes collages, après que le vent et la pluie les aient détériorés. L’un d’entre eux est collé sous un lierre et il y a quelqu’un qui s’occupe de le tailler autour pour ne pas qu’il recouvre mon dessin. J’aime ces interactions qui me prouvent que le public s’approprie réellement mes œuvres.

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Peux-tu évoquer ta rencontre avec Superposition ?

J’ai rencontré l’équipe de Superposition en 2017, après un appel à artiste lancé sur les réseaux sociaux pour la seconde édition de l’Urban Art Jungle. J’avais répondu à l’appel et ils m’ont sélectionné. Ça a été un coup de cœur immédiat et réciproque. Je n’ai pas encore fait d’exposition solo à SITIO, mais j’ai participé à « One Shot », « Mutations Urbaines », « Urban Pop Up » et « Métamorphe », en plus de « Collisions urbaines ». Et je vais particviper au prochain Urban Art Jungle, en juin 2019.

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Te considères-tu comme une artiste urbaine ?

Je trouve que ce mot veut tout dire et ne veut rien dire. J’ai grandi dans la nature et je n’ai aucune culture Street ni Hip Hop, malgré mon grand respect pour ce mouvement. Mon amour de la rue vient d’ailleurs et ça ne pose aucun problème. Le milieu du Street Art est hyper libre et ouvert. Je ne sais pas si je me considère comme une artiste urbaine, je sais que je suis une artiste. Et il m’arrive de coller hors de la ville, dans des petits coins de campagne… Je ne fais pas de différence entre les Street Artistes et les peintres et, du fait que je travaille au pinceau, avec des techniques de peinture je me sens autant peintre que Street Artiste. Même si mon support préféré reste clairement le mur.

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Que penses-tu de l’évolution du Street Art ?

Je trouve ce mouvement formidable, parce qu’il n’a pas de grandiloquence. Et pourtant il est devenu un mouvement artistique à part entière et de grande importance aujourd’hui. Il a permis à de nombreuses femmes de créer. Au-delà du support commun qui est le mur, le Street Art a ouvert la possibilité de s’exprimer à plein d’esthétiques différentes, avec plein de messages différents. C’est un espace de liberté incroyable. On est loin des galeries d’art contemporain hyperconceptuel avec une nécessite de discours artistiques complexes et construits. Je ne rejette pas cette réflexion, mais le plus important est, pour moi, l’œuvre et ce que l’on voit. Rien ne me rend plus triste que quelqu’un qui dit : «  Je ne peux pas dire si j’aime ou je n’aime pas, parce que je n’y connais rien ». Si une œuvre touche les gens, je veux qu’ils puissent le dire. A mes yeux, il n’y a aucun besoin d’avoir fait une école d’art ou une faculté d’histoire de l’art pour s’exprimer sur le sujet. Avec le Street Art, on est revenu à une relation directe, à une relation au beau qui s’était perdue avec Duchamp et l’art contemporain. C’était hypernécessaire à ce moment-là de l’histoire de l’art. Avec l’avènement su Street Art, une page se tourne et c’était nécessaire.

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Où en es-tu de ton art et de tes projets ?

J’expose en ce moment au Lavomatik à Paris, jusqu’au 25 mai.  L’inauguration à eu lieu en même temps que « Métamorphes » à Lyon. J’ai également fait une fresque sur le mur du Lavomatik. En juin, je participerais à un projet qui s’appelle « Boards to be solidaire » pour le secours populaire. Je participe aussi au projet « Venus », qui lutte en faveur de la prévention du dépistage du cancer du sein. Mes projets suivants auront lieu en milieu rural, deux festivals dans des tout petits villages, en Saône-et-Loire et dans le Berry, qui m’ont demandé de venir participer et je suis ravie de le faire.

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Que penses-tu de ton succès et où en es-tu de tes rêves ?

Où en suis-je de mes rêves ? Je dirais « en plein dedans » ! De manière générale, j’ai toujours essayé de faire en sorte que ma vie corresponde à ce que je rêvais d’être quand j’étais petite. Quand je me pose des questions sur la vie, je me pose toujours cette question-là – « Est-ce que ta vie ressemble à tes rêves d’enfant ? » – et je fais toujours en sorte d’y répondre par la positive. En ce qui concerne le succès, je dirais que c’est quelque chose de relatif. Je suis ravie si ce que je fais touche des gens, je suis ravie de pouvoir vivre de ce que je crée. Le succès je m’en fous un peu…

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Si j’étais le génie de la lampe d’Aladin et que tu pouvais exhausser trois vœux, lesquels seraient-ils ?

J’en ai mille (rires)… Mais si je devais en choisir un, ce serait de pouvoir dessiner sur les nuages. Ce serait trop beau. Peindre sur du vent…

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« To carry my dreams as far as possible and to always be surprised »: Methyl’Mnê, Street Artist and Art researcher

By Michel Fily, May 18, 2019

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Visual artist trained in a drawing academy, publisher, Street Artist, Methyl’Mnê explores the fields of resonance and transmission between several artistic disciplines, between different cultures and mythologies, between matters and beings. This atypical creator, represented by the Pandorart Gallery, has compiled an iconographic and spiritual memory since the beginning of her career. Meeting with a traveling artist, who investigates the tribes of men…

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Hello Methyl’Mnê, can you introduce yourself to the readers?

My name is Adeline, I’m 33 years old, I am an artist in the broadest sense of the term. Coming from the illustration field, I am today a muralist who is friendly with performing arts. I draw since childhood and professionally for over ten years. I started my apprenticeship at the age of twelve, with a painter, Jocelyne Montagnon, in her studio. This first learning outside of the school environment saved my adolescence and I knew from the age of fifteen that art would become my job. A friend’s older brother was studying at the Émile Cohl art school in Lyon, specialized in illustration and cartoon. I chose to study there and I received a fairly academic training. I finished my studies in 2010 and I immediately started independent creation. A little before the end of my studies, I had already begun to work as a muralist with the “Cité de la Creation”, with whom I collaborated on several projects. Then, I did a lot of illustrations and graphics, posters, press drawing, theaters decoration, while continuing to make murals.

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What does Methyl’Mnê mean?

My artist name is more of a signature. And it has evolved over time. Methylaine, its starting point, comes from the methylene blue, which is the color of femininity and of artistic and spiritual research. Methylene blue is frequently used as a marker to test the permeability of a structure. This usage reminded me of my relationship to management and my need for independence. So, my first signature was « Methylaine Urban Illustration ». It has evolved into the current Methyl’Mnê. This new suffix refers to Mnemosyne, the mother of the muses, who are the guardians of the arts in Greek mythology. And the arts themselves are custodians of the memory, which is a central topic, both in my personal research and in most of my current activity, a work of handover.

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What are your techniques and media?

Originally, I come from publishing and therefore from the paper, but this medium became very quickly too small for me and the walls started to call me. External walls, because of their patinas and their “living” aspects, interested me a lot. I also experimented, between the paper and the walls, other media presenting the qualities of the one and the others, that is to say objects with a matter, but also a history… I used, of course, canvases, with which I try, till today, however, to keep a special relationship : I wear them myself, I make my own frames on which I tend the canvases myself and I uses a transparent Gesso, to keep the raw material visible. I also use recycled Forex, a specific choice for outdoor works made to give them relative durability. I finally use threads, fabrics and recycled metal items such as bicycle parts, fan elements, lights… Rather than a simple painting placed on a white wall, I want people to penetrate into a dynamic world when they meet my work. I borrow this from the performing arts with which I collaborated a lot. The choice of mechanical objects that I recycle comes from the « steampunk » universe which also influenced me a lot. These are mostly moving parts. Some of my creations contain objects related to the magical world of « mana ». The notion of mana, a Polynesian concept that is found under different names in other peoples, is the emanation of the spiritual power of the group, which helps to bring it together. These objects are, for example, dream catchers that I make myself, with in their centers mouths of sea urchins, or Amazonian ants caught in amber stones… It can be compared to paganism and primary cultures. These topics are very much rooted in my current research.

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Regarding my techniques, I use acrylic, stencils, bombs, Posca, pencils, patchworks, photo montage… I received a very classical education, so I master more or less all artistic tools, whether it is pastel, oil, watercolors… I learned to use everything. I worked a lot in photography with the matter, especially with patterned fabrics. At one point, I broke away from all the techniques I learned to work only on composition. I still think a lot today about which technique to associate with which motive, because both must make sense together.

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What are your inspirations?

As I explained previously, I am very much influenced by the « steampunk » universe, but also by retrofuturistic themes. I like to associate subjects in offset. Hugo Pratt is often thought of when observing my art. This anthropology character finds its origine in my training as a comic artist and cartoonist. I admire many artists for their graphics, such Atlas that influences my current work on the subject of labyrinths. I began to concentrate my research on the subject of the crossing of myths. I study what I call « the dream of humanity », that is to say the fact that similar iconographies have emerged at both ends of the world and from people who have never met. This phenomenon is observed in very ancient mythologies, on the primary themes that are the cult of the stars, the plants, nature and animals. To represent the moon and the sun, for example, the same traditional images are found in South America and North Africa.

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One of my last works represents three weavers, the three Parques of Greek mythology, who spin the destiny of men. This triptych is part of one of my projects, related to the Brazilian musicians André Luiz de Souza and Celio Mattos, called “De terre en couleurs à l’arbre à palabres”, whose roots are at the same time European, African and Amerindian. I wanted to translate this phenomenon visually. My first weaver is from the French area of Bresse, to pay tribute to Bourg-en-Bresse for which this project was created. But the colors she wears are very intense and closer to the South American traditional colors. On her chest are Native American motifs that contrast with the European traditional spinning wheel she uses. I represented the second weaver as a witch, whose universe is between Mongolia and Peru with the Nazca lines that I used to represent her body. I painted it with very raw lines, in contrast with some details that I worked very finely. Then I put a cage on her belly, with dangling filaments, feathers, cogs and a pressure gauge, elements clearly inspired by the « steampunk » universe. There are also dream traps I made with recycled items. A mixture between the Old and the New. The third spinner is a little Berber granny, a representation of the Eastern wisdom …

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I recently exhibited these three spinners at the Sofffa, a hybrid bar-gallery in Lyon. Their blue patio hosted a series of framed serigraphs from one of the books I edited, very square and sharp pieces. I installed in the middle space blue and red pieces, a color code inherent to my art and which represents the outside and the inside, the world and the soul. Finally, the main room was illustrated by the collages that I make in the streets. I always work my exhibitions according to the places trying to distinguish and qualify the different rooms. I would add that among the artists who inspired my work, Frida Kahlo has an important place, both as an artist and as a personality.

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Do you consider yourself a feminist artist?

My characters are female, for the most part, that’s part of my identity. I do not know if I would call myself a feminist artist. That word is heard and understood in different ways right now. But I think that the feminine has an important role to play today. Parallel to my work as an artist, a big part of my activity is in broadcasting and transmission. It is embodied in cultural and social projects that I organize and through which I try to understand how bridges can be built, between people and between structures. These are not feminist projects, but simply human projects, to which I think that the feminine can bring a lot, in the field of doing together, of cohesion and coordination of skills. It is a central research topic in all my fields of activity today.

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You have just joined « L’Atelier au 46 » in Lyon…

Yes, I finally found the place that suits me. At the end of my studies, I settled in a workshop called Mezz, in Pierre-Bénite. It was a group of craftsmen, visual artists, graphic artists, live performance artists… This experience enriched my practice in terms of learning, because I went through classical studies and I had no experience in developing an activity. I stayed seven years in Mezz before integrating, a year ago, this new place, with the objective of really developing my personal practice. This new painting space allows me to work on a larger scale. It is also an important artistic meeting place, because I have come closer to people who share similar issues to mine, humanly, artistically and socially. It generates a remarkable emulsion, which results in shared exhibitions that we present in the entrance of our gallery. In the current one, we tried to see how we could position intelligently drawings next to metal and plaster sculptures; how, using the natural light, we could superimpose sculptures and painted works, all with a narrative developed in common. My meeting with this place is a happy coincidence of life.

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What is your definition of urban art?

Urban art is the one that takes place in my street, outside and free to look at. I started this practice because of my artist’s relationship to the material, the roughness of the walls that interested me technically as a medium. I did my first collages driven by personal desire, without really thinking of them as a communication bias with the public. This is no longer the case today. My current urban projects are common projects, participative projects, made by the common and for the common. They take place in sites that make sense to people, who will mark a common history and leave a trace. Here is the meaning of my identity as an artist. Urban art is an art of memory and I believe that the purpose of all Street Artists is to leave their traces in the urban space. I share this idea and I support it by adding my own trace. The characters of my triptych will be part of a large participatory fresco in Bourg-en-Bresse, a project conducted for almost two years between amateur and professional artists. The idea is that of an « amalgam », in the culinary sense of the word. Children participated as much as old people and we played the conductors so that their joint creation would become appreciable and coherent.

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What do you think of the evolution of Street Art and its place in the art world today?

I find this evolution very positive, because it opens up many possibilities. This form of art is becoming more and more accepted, the tagged walls are no longer systematically erased and it is a very good thing. This growing tolerance for expression also opened the door to people who may never have dared to make art, because they have not studied it or because they were afraid to start a financially unstable career. The democratization of Street Art represents the possibility of a new field of expression. As far as the evolution towards the art market is concerned, it is an inevitable path, except for those who wish to remain marginalized against all odds. This is a consequence of the fashion effect that this discipline enjoyed in recent years and which has inevitably generated profit ambitions. But the artists themselves share, for the most part, the desire that what they create would be seen, that their ideas would spread and finally that their work would allow them to make a living. Personally, I do not take the monetary aspect as a priority. What is important for me is to be seen, heard and shared, which is why I avoid shackles. The bottom line is to be right in what I do. It’s my leitmotif, the « course » I try to always stay…

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This idea of sharing seems very important for you…

Sharing and accessibility. Some people do not care to go to museums, not only for financial reasons, but sometimes just because of the museum environment. Museums are often « far away » from artists’ studios, and a painting on a white wall does not tell us the whole story. Here at the workshop, we organize intimate events, to allow more qualitative visits and exchanges. I think it is important to have a clear intention behind the organization of an exhibition, be it mercantile or otherwise, and that this line of conduct must be maintained. As far as I am concerned, it is a kind of a personal astrolabe, aligned with the stars: if I deviate from my intention, I know that I am lost…

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What are your future projects?

The big fresco in Bourg-en-Bresse that I mentioned and another one in Jassans. The two inaugurations will take place in June and July. These two parallel projects are related to live performance arts and they required between one and two years of preparation. They involved a large number of people of all ages, and both are about the myths of the Amazon. They were created in parallel with twelve musical stories that will result in the publication of a CD. And they will also give rise to the publication of a travel diary, because these Amazonian mythologies are the starting point of a trip that I will make next November to South America. A journey of four months in Peru, Mexico and perhaps Cuba, with the objective of artistic residencies to support my research and further investigate these myths that I have been inspired by for several years. The travel diary that I will write will be constructed as a resource and iconography book about the crossing of all these ethnic legends. I will meet, in Mexico, sculptors of Alebrijes (see article « Cities of gold… »). I will join, in Peru, the artist Sponer, who has been working for a year with Amerindian communities about the survival of their cultures and their know-how…

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In the field of publishing, I collaborate with a political magazine, the « Foutou’art », which deals with people struggles and at this moment I illustrate for them texts about Native North American Indians fighting for their rights. There is much to learn from its communities, in terms of pacifist resistance, festive resistance, built and based on culture and on the etiquette of this culture.

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If I was the genie of Aladdin’s lamp and you could raise three vows, which would they be?

If I had to paint a place, I would choose a traveling workshop boat. A sailboat. Calls to residences of this type attract me, especially when they are about accompanying scientific teams to work with them on research topics. I also dream to sail one day on the Hermione. I called the associative structure that I created to carry my projects « O pavilions », it’s not a hazard. My second wish is to always have the means to continue to create, that is to say to have the means to carry my dreams very far and to have no limits to creation. Finally, my last wish would be to always remain surprised in my life…

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www.methyln-art.com

https://www.facebook.com/MethylN.illustration/

www.pandorart.com

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